“Ma profession, c’est la peinture”

Gerhard Richter – Panorama

Jusqu’au 24 septembre 2012

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Centre Pompidou, niveau 6, galerie 1, Paris IV

 

“Je n’ai rien à dire et je le dis” (John Cage). Si la phrase favorite du peintre Gerhard Richter, dont le Centre Pompidou célèbre les 80 ans par une rétrospective d’ampleur, lui va comme un gant, sa peinture se révèle prolixe.

Gerhard Richter (né en 1932 à Dresde) est Allemand jusque dans sa façon de s’exprimer. Point de paroles inutiles, surtout en conférence de presse, où sa présence est surtout physique. Pas la peine de le titiller pour savoir ce qu’il pense de l’art français, de cette rétrospective parisienne, ou encore de qui a le droit d’entrer dans son atelier pour le regarder travailler. “Demandez-vous à un médecin de regarder comment il opère? C’est la même chose pour un peintre.”, répond-t-il. A question idiote, réponse cinglante et il a bien raison!

Ses oeuvres parlent pour lui. Elles communiquent une multitude d’émotions et de pensées, regorgent de références artistiques, du Titien à Duchamp. Depuis 50 ans, G. Richter a le don de relire l’histoire de l’art et de la réinventer. Surtout dans le champ de la peinture dont “c’est la profession. De toute façon, je ne sais rien faire d’autre. Je reste cependant persuadé que la peinture fait partie des aptitudes humaines les plus fondamentales, comme la danse ou le chant, qui ont un sens, qui demeurent en nous, comme quelque chose d’humain”, confie-t-il dans l’une des rares interviews qu’il accorde à Nicholas Serita, directeur de la Tate Modern de Londres. Où l’exposition a débuté son parcours avant la Neue National Galerie de Berlin et enfin le Centre Pompidou.

“Panorama” évoque la forme de l’attraction éponyme de la fin du XVIIIe siècle, ancêtre du cinéma. Les visiteurs accédaient par une plateforme dans une salle plongée dans la pénombre et étaient environnées d’une image, souvent un paysage urbain ou une scène de bataille.

La scénographie de l’exposition s’articule ainsi autour d’une pièce triangulaire autour de laquelle se décomposent de petites salles thématiques: photos-peintures, oeuvres abstraites aux couleurs acides, portraits de famille intimes, scènes d’actualité (18 octobre 1977, 11 septembre 2001) émouvantes. Elle se clôt sur ses dernières oeuvres : un travail d’émaux sous verre et Strip (2011), qui explore les procédés numériques. L’artiste a divisé verticalement une oeuvre abstraite (présentée en salle 5) en 2, 4, 8, 16, etc., jusqu’à obtenir 8190 bandes de la hauteur de la peinture initiale.

La pièce centrale, assimilée au promontoire du panorama, présente quant à elle les monochromes gris et les panneaux de verre déjà montrés lors de la première exposition du peintre au Centre Pompidou en 1977. Très sombres, ces oeuvres contrastent avec le grand panneau jaune canari traversé par un grand trait de peinture rouge vif. En s’approchant on s’aperçoit que cette ligne continue n’est qu’illusion ; la peinture s’écoule en gouttes.

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L’ensemble de l’oeuvre de Gerhard Richter est ainsi faite de faux semblants. Même  ses toiles figuratives, toujours entourées d’une brume vaporeuse, qu’il s’agisse de représentations florales, nuageuses, humaines ou urbaines. On reconnaît de loin une entité urbaine mais de près, on se rend compte que la ville est déconstruite. Très marqué par les bombardements de Dresde, le peintre inverse le processus qui a consisté à reproduire des images de villes “debout” après les éboulis de la Seconde Guerre mondiale.

Au fond,  l’artiste ne cesse d’interroger la peinture face à la multiplication des images, arrêtées (photographie) ou en mouvement (cinéma). “Mettez un écran dans un musée, et plus personne ne regarde les tableaux”…  Si Richter pense que les artistes contemporains ne peuvent égaler le Titien, il sait poser la bonne problématique (cf. son traitement du 11 septembre dans une oeuvre à la fois profonde et aérienne) et l’exprimer picturalement avec dextérité. Rendant à la peinture ses lettres de noblesse et se portant garant de sa place primordiale dans le monde du XXIe siècle.

A voir aussi au musée du Louvre (aile Denon, 1er étage, salles 9 et 10) : les dessins mais, surtout, les aquarelles et encres de Chine de Richter (jusqu’au 17 septembre 2012.

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