Le maître de l’énigme

Fernand Khnopff

Jusqu’au 17 mars 2019

Achetez le catalogue de l’exposition : 

Petit Palais, avenue Winston Churchill, Paris 8e

Le Petit Palais consacre une rétrospective au peintre belge Fernand Khnopff (1858-1921). Un des maîtres du symbolisme européen, proche des préraphaélites Edward Burnes-Jones (1833-1898) et Dante Gabriel Rosetti (1828-1882) ou de Gustav Klimt (1862-1918). Mais sa peinture imaginative et rêveuse revêt une dimension encore plus mystérieuse que chez ses contemporains.

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Né dans une famille bourgeoise, Fernand Khnopff devient peintre, dessinateur, graveur, sculpteur et metteur en scène de son oeuvre.

Le parcours reproduit sa maison-atelier – véritable “temple-du-Moi”- aux couleurs bleu, noir, blanc et or, disposant de diffuseur de parfum d’ambiance. La scénographie reprend cette particularité et propose de sentir des parfums, tout en écoutant simultanément une musique ou un poème associé aux oeuvres exposées. Afin de “recréer cette atmosphère de résonances entre les arts et les sens, chères aux symbolistes”, commente Michel Draguet (directeur des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique), co-commissaire de l’exposition.

Les premières salles témoignent du penchant de l’artiste à l’introspection et à la solitude par ses paysages de Fosset, petite ville dans les Ardennes belges où Khnopff passait ses étés en famille. Dans de petits formats, il peint ces “étendues roses de bruyère et jaunes de fougère et vertes de genêt”, exécutés probablement sur le vif. Rares sont les personnages. Ce lien avec la nature lui permet de garder un pied dans la réalité, lui qui “s’enfonce dans le grand rêve” (Emile Verhaere, écrivain).

Les portraits de ses proches, en particulier de sa soeur, Marguerite, muse et modèle, gardent encore un semblant de réalité. Bien que l’on sente que l’artiste souhaite leur conférer une valeur intemporelle par un cadrage serré, des figures féminines aériennes dans leurs tenues blanches et gantées, et des morphologies androgynes.

Puis viennent les photographies rehaussées de couleurs et les sculptures dédiées à Hypnos, dieu du Soleil, à qui Khnopff dédie un autel votif dans sa maison-atelier. Il le représente une première fois en 1891 dans I Lock My Door Upon Myself : la petite tête à l’aile teintée de bleu – couleur du rêve – est placée dans une niche, à droite de la figure féminine à la chevelure rousse du premier plan. Trois ans plus tard, Hypnos apparaît au premier plan dans Une aile bleue. En 1902, Khnopff reprend cette composition pour Blanc, noir et or, mais il remplace la figure d’Hypnos par celle d’Antinoüs, favori de l’empereur Adrien. Comme d’autres peintres symbolistes, l’artiste réactive des mythes antiques et consacre plusieurs oeuvres à Méduse ainsi qu’à Oedipe, représenté touchant un sphinx sensuel, à la chevelure rousse et au corps de guépard.

Khnoppff met en scène la figure féminine, là encore à travers des mythes. Il s’inspire de La Tentation de saint Antoine de Flaubert pour faire affronter l’ermite du désert à la reine de Saba, décrite comme une femme séductrice et tentatrice (1883). Dans son triptyque L’Isolement (1890-1904), la femme incarne à la fois la débauche à travers Acrasia (à gauche) et la chasteté via Britomart (à droite). Au centre, la Solitude tient son épée tel un sceptre. Cette dernière incarne les idéaux de l’artiste qui “aspire à fondre en un seul être androgyne les caractéristiques masculines et féminines”, analyse Christophe Leribault (directeur du Petit Palais), co-commissaire de l’exposition. “Malgré leur regard insistant, leurs lèvres peintes et leurs chevelures rousses, les femmes de Khnopff ne paraissent aucunement en proie aux tourments de la chair, contrairement aux héroïnes de Klimt, qui, dessine, dans le même temps, des êtres de désir et de passion par une ligne brisée et saccadée”.

La dernière salle évoque la ville de Bruges où l’artiste a vécu jusqu’à l’âge de six ans. Il associe souvent une vue de la ville  à un objet symbolique ou à un portrait de femme. Y règne une atmosphère mélancolique et désenchantée qui rappelle le roman de Rodenbach, Bruges-la-Morte, pour lequel Khnopff dessine le frontispice et dont les 35 photographies touristiques l’inspireront pour plusieurs compositions.

Des oeuvres vaporeuses, mises en parallèle avec celles de ses contemporains comme Robert Demachy ou des artistes du XXIe siècle tel le photographe Hiroshi Sugimoto. Une exposition envoûtante !

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