L’ébouissante collection Lindenau

Lippo Memmi, Vierge à l'enfant, vers 1320/22. Détrempe sur panneau de bois. Musée Lindenau, Altenbourg (c) Bernd Sinterhauf / Lindenau Museum, Altenburg, 2008De Sienne à Florence – Les Primitifs italiens – La collection d’Altenbourg

Jusqu’au 21 juin 2009

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Musée Jacquemart-André, 158, bd Haussmann 75008, 10€

Jamais présentée en France, la collection du baron allemand Bernard von Lindenau (1779-1854), rassemblée au sein du musée d’Altenbourg, gravit le perron du musée Jacquemart-André. Redécouverte depuis la réunification allemande, elle a bénéficié de deux grandes expositions en Italie. Aujourd’hui, Paris lui rend hommage.


Luise Seidler, Portrait de Bernhardt August von Lindenau, 1811. Huile sur toile. Musée Lindenau, Altenbourg (c) Bernd Sinterhauf / Lindenau Museum, Altenburg, 2008Homme politique, initiateur d’une nouvelle constitution libérale (1831), scientifique (travaux sur l’astronomie), philanthrope et amateur d’art, B. von Lindenau a réuni entre 1840 et 1850 quelque 180 panneaux italiens, grâce à l’appui d’Emil Braun, premier secrétaire de l’Institut allemand d’archéologie de Rome.

Cet ensemble unique d’oeuvres peintes entre la fin du XIIIe siècle et le début du XVe siècle correspond à la peinture du Moyen-Age, rarement exposée en France. Elles reflètent deux écoles influentes de l’époque – Sienne, Florence – et possèdent la particularité d’être signées de leur auteur.

L’exposition propose un parcours chronologique des années 1280 au début du XVe siècle, qui reflète notre “temps des cathédrales”. A la sauce italienne.

Guido da Siena, L'adoration des mages, vers 1270/80. Détrempe sur panneau de bois. Musée Lindenau, Altenbourg (c) Bernd Sinterhauf / Lindenau Museum, Altenburg, 2008La collection d’Altenbourg rassemble en majorité des oeuvres de l’école siennoise.
Guido da Siena est représenté par six panneaux illustrant des épisodes de la Vie du Christ – La Nativité (vers 1270), L’Adoration des Mages (vers 1270), La présentation de l’enfant Jésus au temple (vers 1270), La Fuite en Egypte (ves 1270), La Flagellation (vers 1270) et La Crucifixion (vers 1270) -. L’ensemble formait le décor d’un retable d’autel, dans la cathédrale de la ville. Son style reflète l’influence grecque ou byzantine qui prédomine dans les années 1280.

Un siècle plus tard, Sienne subit le courant gothique international. Un style caractérisé par sa préciosité, la représentation de personnages gracieux et graves et des couleurs primaires qui rappellent les enluminures. Lippo Memmi et son beau-frère Simone Martini incarnent ce nouveau style, avec Andrea Vanni et Paolo di Giovanni Fei. A l’inverse de Pietro Lorenzetti (Christ de pitié, vers 1340/45) qui propose une vision alternative, illusionniste: on a l’impression que son Christ sort du tombeau avec le corps à l’intérieur du sépulcre tandis que sa tête et son auréole sont déjà au-dehors.

Sano di Pietro, Maria revenant du Temple, 1448/52. Détrempe sur panneau de bois. Musée Lindenau, Altenbourg (c) Bernd Sinterhauf / Lindenau Museum, Altenburg, 2008Si le début du XVe siècle reste religieux – de Giovanni di Paolo à Sano di Pietro -, marqué par l’exubérance des couleurs et des expressions, un tournant s’opère à partir de 1450. Une nouvelle génération d’artistes recherche plus de réalisme et de profondeur narrative. Parmi ces peintres figurent Pietro di Giovanni di Ambrogio (1410-1449), dont le polyptyque autour de Saint Augustin est ici partiellement reconstitué. Liberale da Verone et Michele di Michele Ciampanti illustrent la fin de l’école siennoise, dont les innovations s’épuisent face à sa rivale florentine.

Comme Sienne, Florence connaît une renaissance au XIIe siècle, avec le développement de la banque et de l’industrie de la laine. Le pouvoir se concentre aux mains des Médicis.

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Agnolo Gaddi, La Cène, vers 1395. Détrempe sur panneau de bois. Musée Lindenau, Altenbourg (c) Bernd Sinterhauf / Lindenau Museum, Altenburg, 2008Dans la collection Lindenau, les premiers peintres florentins représentés sont Bernardo Daddi et Giotto, décimés par la grande peste (1348). La seconde moitié du XIVe siècle est illustrée par Nardo du Cione et Agnolo Gaddi, dont La Cène (vers 1395) reflète une influence gothique par son sens du détail et sa représentation de l’espace – la notion de perspective fait une timide entrée.

Lorenzo Monaco, La Fuite en Egypte, vers 1405/10. Détrempe sur panneau de bois. Musée Lindenau, Altenbourg (c) Bernd Sinterhauf / Lindenau Museum, Altenburg, 2008Le XVe siècle est marqué par Dom Lorenzo Monaco (La Fuite en Egypte, vers 1405/10) qui exprime à son extrême le raffinement du style gothique international, empreint d’idéal courtois. A l’opposé du réalisme de l’école flamande contemporaine. Les derniers exemples de l’école florentine dans la collection d’Altenbourg sont Neri di Bicci et Filippo Lippi, (prochainement exposé au musée du Luxembourg).

Fidèle à sa réputation, le musée Jacquemart-André rassemble des oeuvres d’une beauté à couper le souffle. Or fin, variété des coloris alternant effets de camaïeux et contrastes entre les vert amande, rose “terre de sienne”, mordoré, bleu profonds et rouge vif. Puissance narrative et spiritualité des oeuvres font de cette exposition une petite merveille.

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3 réponses à L’ébouissante collection Lindenau

  1. WOLFF dit :

    Nous sommes bien d’accord avec le texte ci-dessus, l’exposition est une merveille installée dans un cadre tout aussi intéressant
    Bravo et merci

  2. Ping :La Renaissance à Prato - exposition filippo filippino lippi musee luxembourg

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