L’art du paysage revisité par M. Kenna

Michael Kenna. Lijiang River, Study 4, Guilin, China, 2006. BnF, dép. Estampes et Photographie (c) Michael KennaMichael Kenna – Rétrospective

Jusqu’au 24 janvier 2010

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BnF Richelieu, Galerie de photographie, 58, rue de Richelieu 75002, 7€

Cieux à la Constable, mers à la Turner, forces de la nature selon les théories de Ruskin. L’oeuvre du photographe britannique Michael Kenna, dont la BnF (Richelieu) expose une rétrospective, rend indéniablement hommage à ses compatriotes du XIXe siècle. Ses paysages se caractérisent par leur nudité – la présence de l’homme ne subsistant que par les traces de son activité. Longueur des temps de pose et recours au noir et blanc éloignent l’artiste de la pratique photographique contemporaine. Il n’en a cure. Michael Kenna s’affirme avant tout comme un voyageur solitaire.


Michael Kenna (né en 1953 à Widnes, Lancashire, nord-ouest de l’Angleterre) concentre son intérêt sur le paysage dans tous ses états. Qu’il s’agisse de ses premières oeuvres “romantiques” sur le nord industriel de l’Angleterre. Des mégalopoles mondiales (Etats-Unis, Brésil, Hong-Kong, Shanghai) animées par la Fée électricité. Ou de son dernier voyage en Asie du Sud-Est qui rend compte de la puissance des éléments naturels.

Ce choix lui a été inspiré après l’exposition “The Land” (1975), organisée par le grand photographe anglais Bill Brandt, qui rassemblait des oeuvres de Brassaï, Atget, Cartier-Bresson, Lartigue mais aussi Giacomelli ou Uelsmann. Alors étudiant en photographie à Londres, Michael décide de se consacrer au genre du paysage.

S’il a commencé par vivre de commandes publicitaires, M. Kenna a développé en parallèle un travail personnel sur son sujet de prédilection.
En 1977, il s’installe à San Francisco et devient l’assistant de Ruth Bernhard (1905-2006), célèbre pour ses nus et ses natures mortes.
Après dix années de collaboration, il s’émancipe, s’installe à Portland puis à Seattle, où il vit actuellement.

Michael Kenna. Desert Clouds, Study 2, Merzouga Sahara, Morocco, 1996. BnF, dép. Estampes et Photographie (c) Michael KennaMichael Kenna construit son oeuvre par séries, se plongeant dans des lieux où il aime revenir plusieurs années après. Il inscrit son travail dans la durée. Une manière d’observer la marque du temps sur l’univers, qu’il accompagne d’une technique appropriée: des temps de pose longs. Il en résulte un contraste des matières et des dégradés de gris, tout en conférant à l’oeuvre une atmosphère atemporelle.

Ce qui a permis à Anne Biroleau, commissaire de l’exposition (conservateur général au département des Estampes et de la photographie, BnF), de faire cotoyer des oeuvres anciennes et passées, sans que l’harmonie générale en soit brisée.
Autre caractéristique marquante de l’accrochage: la recherche de rapprochement formel entre les différents paysages. Comme Ratcliffe Power Station mise en parallèle avec la skyline new-yorkaise ou les statues du parc de Vaux-le-Vicomte avec la perspective d’arbres de Tsarskoe Selo (Russie).

Michael Kenna. Moai, Study 16, Ahu Tongariki, Easter Island, 2000. BnF, dép. Estampes et Photographie (c) Michael KennaLe choix du petit format (20 x 20 cm en général) rend d’autant plus fort le contraste entre le contenant et le contenu. Car les paysages sont loin d’être seulement contemplatifs. L’atmosphère brumeuse des montagnes chinoises, sacrée de l’Ile de Pâques, déchaînée du Mont Saint-Michel donnent à voir à l’observateur curieux, obligé de s’approcher pour apprécier les détails, la force qui se détachent des images. Les paysages photographiés, dont le format carré bloque la composition latérale, font prendre conscience qu’ils sont des constructions culturelles.
Ce que confirme l’artiste, immédiatement repérable à sa chemise flamboyante qui contraste avec le noir et blanc de ses clichés! “Une photographie est une illusion en deux dimensions qui se réfère à une réalité en trois dimensions”.

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Michael Kenna. Mont Saint-Michel, 1998. BnF, dép. Estampes et Photographie (c) Michael KennaJ’avais découvert l’oeuvre de Michael Kenna au hasard d’une promenade londonienne dans une galerie du quartier de South Kensington. L’exposition de 2004 présentait les oeuvres de son dernier voyage au Japon, marquées par un graphisme particulièrement épuré. Aujourd’hui, j’ai ressenti le même envoûtement en découvrant d’autres pans de son travail, notamment les paysages architecturaux. Ils mettent en valeur l’ingéniosité de ses compositions qui intègrent un jeu essentiel sur les lignes – verticales abaissées, horizontales réhaussées, lignes de fuite distordues depuis le point focal -, sans nuire à l’équilibre général de l’image.
Parallèlement, la force des éléments naturels invite à une contemplation active du spectateur, qui ressort sublimé de cette exposition.

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