“Une belle statue vit comme un être organisé”, Henri Gaudier-Brzeska

Henri Gaudier-Brzeska. Samson et Dalilah, L'étreinte. Marbre (c) Adam RzepkaHenri Gaudier-Brzeska – Collection du musée national d’Art moderne

Jusqu’au 14 septembre 2009

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Centre Pompidou
, musée national d’Art moderne, galerie d’art graphique, niveau 4, Place G. Pompidou 75004, 10 à 12€

Fauché à la fleur de l’âge pendant la Première Guerre mondiale, Henri Gaudier-Brzeska (1891-1915) n’en a pas moins laissé une oeuvre sculpturale primordiale pour l’histoire de l’art, participant au renouveau du medium au début du XXe siècle. Grâce à une parfaite synthèse entre le primitivisme et le cubisme. L’exposition que lui consacre le musée national d’art moderne entend également mettre en avant la force de ses dessins, oeuvres souvent abstraites, détachées de ses études dessinées pour ses sculptures.

Nom imprononçable, carrière londonienne qui a occulté sa reconnaissance en France, courte vie – ces trois facteurs expliqueraient pourquoi Henri né Gaudier (à Saint-Jean-de-Braye, près d’Orléans) est resté méconnu dans son pays natal alors qu’il bénéficie d’une solide réputation outre-Manche et outre-Atlantique.

Son père, menuisier-charpentier, lui apprend à travailler le bois et à manipuler les outils. Plus tard, le jeune homme taillera lui-même ses outils de sculpture.

A l’âge de 16 ans, il part étudier le commerce en Angleterre. C’est là qu’il commence à dessiner. Il s’installe ensuite en Allemagne avant de rentrer à Paris où il fréquente la jeunesse anarchiste et bohème du Quartier Latin.

En 1910, il rencontre Sophie Brzeska, romancière inconnue de vingt ans son aînée, à la Bibliothèque Sainte-Genviève. Henri se tourne vers la sculpture, qui représente avec le dessin, ses deux moyens d’expression privilégiés. Refusant de faire son service militaire, il rejoint l’Angleterre.

Sophie le rejoint mais la cohabitation est orageuse. Après son départ, Henri décide d’accoler le patronyme de son amante au sien. S’inspirant initialement de Rodin, le jeune homme réalise des modelés aux visages expressifs (Madone)

Henri Gaudier-Brzeska. Danseuse sur fond jaune, 1914. Fusain et aquarelle sur papier vergé (c) RMNUn an plus tard, le jeune homme rencontre le sculpteur Jacob Epstein, qui lui fait connaître Modigliani, Brancusi et Picasso. Henri s’éloigne alors de la vision humaniste rodinienne et devient un fervent défenseur de la taille directe. La peintre Nina Hamnett pose pour lui; il en résulte la Danseuse et le Torse.
Parallèlement, il collabore avec de nombreux magazines pour lesquels il fournit des dessins.

En 1913, il sculpte Samson et Dalilah (chap. 16 de l’Ancien Testament) et présente son Lutteur au salon annuel de l’Allied Artist’s Association, qui se tient au Royal Albert Hall. L’oeuvre est remarquée par le poète américain Ezra Pound (1885-1972), qui deviendra un grand admirateur et défenseur de l’artiste.

Henri Gaudier-Brzeska s’engage dans le Vorticisme – version anglaise du Futurisme italano-parisien. Il est le seul sculpteur du mouvement.

Henri Gaudier-Brzeska. Femme assise, 1914. Marbre. Centre Pompidou / Musée national d'Art moderne (c) Adam RzepkaUn an plus tard, Henri Gaudier-Brzeska achève Danseuse en pierre rouge (exposée à la Tate de Londres mais visible dans l’exposition par une remarquable reproduction en 3D) et entreprend Femme assise. Malgré ses convictions antimilitaristes, le jeune homme rentre en France pour s’enrôler. Considéré comme déserteur, il est arrêté. Mais il s’évade et retourne à Londres, où il achève les Oiseaux dressés (MoMA, New York). Il est finalement envoyé au front. Il réalise des dessins de guerre, qui sont présentés avec deux sculptures au salon du London Group. Le 5 juin 1915, une balle met fin à sa vie au cours de la bataille d’Artois.

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Au lendemain de sa mort, E. Pound lui consacre une monographie, Gaudier-Brzeska. A Memoir (1916) dans laquelle le poète stipule: “Gaudier est irremplaçable. Personne n’est apparu capable de prendre sa succession. Brancusi continua seul la conquête du marbre”.
Plus qu’à ses dessins, “numériquement bien plus importants que ses sculptures” (Christian Briend, commissaire de l’exposition), j’ai été sensible à la force de son oeuvre sculptée. Un modelé vivant, taillé à la pointe de l’outil, alternant rigueur géométrique et douceur des traits, volume massif et souplesse des positions.

L’artiste lui-même décrivait parfaitement son travail: “Une belle statue vit comme un être organisé. Elle est différente selon l’angle où on la voit, selon le jour et l’heure. Les expressions changent et glissent sur son visage et ses membres, selon le jeu de la lumière et des ombres. C’est la seule observation des masses qui donne à ce jeu un aspect naturel et régulier”.

Une très belle découverte.

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