L’architecture fantasmagorique

Florian Joye. Bawadji, Desert Gate, 2006. Photographie. Collection de l'artiste, Paris (c) Florian Joye, ecalDreamlands

Jusqu’au 09 août 2010

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Centre Pompidou, Niveau 6, Galerie 1, 75004, 9€

Dès que le nom de Didier Ottinger (directeur adjoint du musée national d’Art moderne) apparaît – garant d’une exposition de qualité -, je suis en alerte. “Dreamlands”, proposé au Centre Pompidou n’échappe pas à la règle.
Des expositions universelles de la fin du XIXe siècles aux villes-décors du XXIe siècle telle Dubaï, l’exposition dévoile la genèse d’une architecture du sensationnel et du divertissement qui s’est diffusée au cours du XXe siècle. Bienvenue dans l’ère du Diysneyland urbain où vie réelle et fiction se côtoient.

L’exposition elle-même se veut illusionniste avec son lot d’images et de sons propagés sous une lumière tamisée. On se croirait au coeur d’une attraction foraine. Lieu nécessairement clos qui va permettre de se couper de la réalité pour entrer dans un monde merveilleux.

Le ton est donné dès le titre. “Dreamlands”, au pluriel, renvoie à sa version singulière du premier parc d’attraction, inauguré à Coney Island, New York, en 1904. Le visiteur de l’époque pouvait embarquer sur les canaux de Venise, bordés de façades en toile, admirer une version miniature du Nuremberg du XVe siècle avec ses Lilliputiens en costumes, ou encore escalader les cimes des montagnes suisses.

En 1909, Paris donne la réplique avec son premier Luna Park, qui attire des artistes comme Brancusi, Léger et Breton. Comme l’atteste le Rêve de Vénus (1939) de Dali, pavillon conçu pour la Foire internationale de New York, les surréalistes sont fascinés par le kitsch des parcs d’attraction.

Ces lieux de divertissement, marqués par une esthétique de l’accumulation et du collage, ne sont en fait que le reflet “high tech” du principe des Expositions Universelles de la fin du XIXe siècle. En particulier, celle de 1889 à Paris qui change fondamentalement la donne. De sa vocation pédagogique à portée scientifique, elle devient espace ludique dont le symbole est la construction de la Tour Eiffel. Exit l’utilitarisme au profit du rêve!

Dans les années 1950/60, cet imaginaire du merveilleux nourrit autant la créativité des artistes que celle des architectes et des urbanistes. Ainsi, Richard Rogers s’inspire du Fun Palace, projet inaccompli pensé par Joan Littlewood (inventeur du théâtre prolétaire anglais) et Cedric Price (architecte), pour concevoir le Centre Pompidou (1977).

Yiu Xiuzhen. Portable City, New York, 2003. Valise, vêtements usagés. Courtesy Alexander Ochs Galleries, Berlin / Beijing (c) Yin XiuzhenDe même, Las Vegas, Celebration (construite en 1994 d’après le rêve de Walt Disney d’une “communauté planifiée et contrôlée”, répondant au doux nom d’Epcot) et aujourd’hui Dubaï répondent à cette concrétisation de projets initialement utopiques. Effaçant au passage tout repère spatio-temporel et brouillant les frontières entre art, kitsch et divertissement.

L’Enseignement de Las Vegas – pour reprendre le titre du célèbre ouvrage de Robert Venturi et Denise Scott Brown – est bien celui d’une ville tout entière conçue pour le jeu et le spectacle et qui reste, à travers ses nombreuses modifications, un objet de fascination, d’émerveillement et parfois d’effroi pour nombre d’artistes (Martin Parr, Thomas Struth, Olivo Barbieri…)”, commentent les commissaires de l’exposition, Didier Ottinger et Quentin Bajac (chef du cabinet de la photographie au MNAM).

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Allan de Souza. The Goncourt Brothers stand between Caesar and the Thief of Bagdad, 2003. Courtesy Allan de Souza and Talwar Gallery, New York / New DelhiDepuis les années 1980, globalisation oblige, le modèle de Dubaï a fait des petits. Notamment en Chine et au Moyen-Orient. Clonages de monuments voire de villes entières (Shanghai), multiplication d’enceintes fermées à visée ludique et commerciale (Parcs Centers, centres commerciaux ou malls reprenant l’imaginaire de Disneyland tel Bercy Village), pittoresque figé des capitales occidentales privilégiant le décor à leur évolution fonctionnelle. Bref, nous assistons à une “colonisation toujours plus grande du réel par la fiction”, dixit les commissaires.

Pointue – on ne s’attendait pas à moins – cette exposition soulève in fine une des problématiques de l’art contemporain: sa propension à s’aimanter au kitch et à s’engluer dans notre ère du divertissement. Créons des oeuvres toujours plus spectaculaires, colorées (version Jeff Koons) ou carrément glauques (version Damien Hirst)!

Bien que la vocation affichée du Centre Pompidou soit la démocratisation de la culture, dans les faits, les expositions nécessitent souvent une visite guidée (pour “Dreamlands”, tous les samedis à 15h30, 4,50€ en sus du billet d’entrée). Ici, je vous recommanderai le guide multimédia (5€) qui propose un parcours de 45 mn commenté par Didier Ottinger, Quentin Bajac de Frédéric Migayrou (critique d’art et d’achitecture). Concis et pertinent – tout à fait ma tasse de thé.

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