L’épopée du Canal de Suez

Des pharaons au XXIe siècle

Jusqu’au 5 août 2018

(Evitez les files d'attente: achetez vos billets en ligne en cliquant ici !)

Catalogue de l’exposition : 

Institut du Monde Arabe, 1 rue des Fossés Saint-Bernard, Paris 5e

L’aventure du Canal de Suez a commencé bien avant son inauguration en 1869 et son histoire se poursuit de nos jours ! Comme nous le raconte brillamment l’exposition présentée à l’Institut du Monde Arabe (IMA).

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Le parcours débute par une mise en scène de l’inauguration en grandes pompes du Canal de Suez, avant de revenir sur son histoire et de passer en revue les innovations actuelles.

“Un peu d’imagination est un bon levain pour la lourde patte des entreprises humaines “(Ferdinand de Lesseps)

1869 : le Kkédive Ismaïl Pacha accueille les grands dignitaires européens dont l’Impératrice Eugénie (Napoléon III est souffrant), l’Empereur d’Autriche François Ferdinand, les envoyés du Sultan, et les représentants religieux. Il commande à Verdi un opéra : Aïda. Trois tribunes sont à leur disposition tandis que les flottes naviguent sur le canal.

Mais l’histoire du Canal de Suez remonte à près de 4000 ans plus tôt !

Le pharaon Sésostris III souhaite relier le Nil à la Mer Rouge. Il fait construire un canal qui va exister pendant plus de 20 siècles, afin de rendre la navigation possible entre la Méditerranée et les mers du Sud. Régulièrement ensablé, il est est remis en état jusqu’à ce qu’il devienne inutilisable. Des projets sont conçus à Constantinople et Venise, sans qu’aucun n’aboutisse.

Après avoir été confrontée à la modernité européenne sous Bonaparte, l’Egypte se dégage de l’emprise ottomane à partir de l’accession au pouvoir de Méhémet Ali en 1806. La nouvelle dynastie modernise le pays en faisant venir des experts français. Dont Ferdinand de Lesseps, à la fois diplomate et aventurier. Ce dernier reprend des projets étudiés par les ingénieurs de Bonaparte, sur des plans dessinés par l’Italien Luigi Negrelli (1799-1858). Mais il faut attendre l’impulsion du Khédive, qui accède au trône en 1863, pour que l’idée d’un canal de mer traversant l’isthme de Suez soit acceptée.

Le canal est construit par une main d’oeuvre qui travaille de manière forcenée, comme le montre des archives de films. De leurs côtés, les descendants de Lesseps arguent que, grâce à leur ancêtre, des hôpitaux ont été construits le long du canal et ont pu soigner les ouvriers (esclaves dirai-je plutôt) de la peste, qui sévissait en Egypte.

La zone du Canal de Suez devient en Egypte un monde à part, avec son cosmopolitisme différent de celui du Caire ou d’Alexandrie. C’est par le Canal que l’Angleterre parvient à occuper l’Egypte en 1882. Oeuvre mythique pour les Européens, le Canal devient un symbole de servitude pour les Egyptiens.

Après la Première Guerre mondiale, les Egyptiens se révoltent (1919). Leur indépendance est reconnue en 1936 mais le Canal de Suez reste sous monopole britannique pendant vingt ans.

1956. Nasser annonce le jour de la fête nationale que le Canal est nationalisé. La France, en tant que puissance coloniale en Afrique du Nord et contre le soutien de Nasser au FLN algérien s’allie à la Grande-Bretagne, qui vient de perdre le monopole du Canal, et à Israël, pour intervenir. L’URSS et les Américains désapprouvent cette intervention devant le conseil de sécurité de l’ONU. L’expédition est un fiasco pour les puissances européennes.

Le Canal, désormais égyptien, attise de nouveau les convoitises. En juin 1967, dans le contexte d’escale verbale entre le mouvement palestinien et Israël, l’Egypte coupe l’accès aux navires israéliens au détroit de Tiran, qui leur donne accès à l’Océan Indien. Israël attaque l’Egypte, la Syrie et la Jordanie, clouant au sol dès le premier jour l’aviation égyptienne. La guerre dure six jours. Israël l’emporte et s’empare du Golan de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de tout le Sinaï. Le Canal reste fermé pendant 8 ans.

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Revers de fortune en 1973 : l’Egypte et la Syrie attaquent Israël par surprise, c’est la guerre du Kippour. Une force de la paix de l’ONU intervient jusqu’en 1974. Après 15 mois de travaux de déminage du Canal et de ses abords, le Canal rouvre le 5 juin 1975, sous la présidence d’Anouar-el-Sadate.

Entre 1975 et 2015, le Canal est élargi, approfondi, modernisé. Il atteint 193km et devient une source économique pour l’Egypte – il représente près de 5 milliards de dollars en 2013 (20% du budget de l’Etat), qui se lance dans un nouveau projet pharaonique : celui du doublement du Canal sur sa partie orientale, afin d’éviter le temps d’attente des bateaux, et la création d’une vaste zone industrielle et urbaine autour. Le Canal est ouvert officiellement le 6 août 2015 par le président Al Sissi. Il devrait rapporter annuellement 13,2 milliards de dollars en 2023.

Le parcours offre une belle mise en scène entre marines, modèles réduits de bateaux d’époque, gravures, photographies, films et oeuvres antiques. L’histoire des guerres israélo-arabes est relatée sobrement, sans partie pris, me semble-t-il.
A noter : gratuité exceptionnelle pour les moins de 26 ans jusqu’au 28 avril (et jusqu’au 5 août pour les étudiants).

 

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