“[…] n’est pas Phidias qui veut en face des Dogon” (A. Malraux)*

Dogon

Jusqu’au 24 juillet 2011

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Musée du quai Branly, Galerie Jardin, 75007

Depuis dix siècles, les Dogon ont investi les falaises de Bandiagara, au centre-est de la République du Mali. Refusant l’islamisation de leur pays, ils se sont réfugiés dans des abris et sanctuaires, gardés par des gardiens de bois sculptés, pour préserver le mystère de leurs orgines. Si l’art dogon figure parmi les cultures d’Afrique les plus connues en Occident, pour la première fois en sont présentés les différents styles locaux. Et c’est au musée du quai Branly que l’on peut observer la beauté plastique de ces oeuvres mythiques.


Au-delà des masques et des statues, les créations dogon comptent des objets cultuels ou du quotidien, exposés pour cette grande rétrospective, la première depuis vingt ans. Elle est organisée par Hélène Leloup, spécialiste de l’art dogon, qui a rassemblé 40% de la production du Mali.

L’art sacré, incarné par la statuaire dogon, représente l’intimité des familles – les oeuvres sont conservées dans la pénombre des maisons et des sanctuaires. Elles témoignent d’une cosmogonie unique qui structure la vie quotidienne, fondée sur les rituels des cérémonies sociétales ou initiatiques.

Dogon ou Hebbe signifie littéralement “païen”; celui qui refuse de s’intégrer à l’Islam. Les Dogon vénèrent le dieu Amma, qui, selon leur cosmogonie, a l’aspect d’un oeuf. D’où les têtes ovoïdes de leurs statues. Dieu suprême, Amma domine la hiérarchie d’une société construite sur un modèle patriarcal.

Par sa parole, Amma crée le monde, puis des jumeaux en forme de longs poissons. Leur gestation est perturbée par la rébellion de l’un deux, Yurugu, qui déchire le placenta et s’enfuit. Amma le change dès lors en renard et lui ôte la faculté de parler. Mais il peut communiquer avec le monde grâce à ses empreintes animales (communication toujours utilisée dans le cadre de la divination).

Pour rétablir l’ordre troublé par Yurugu, Amma sacrifie son frère jumeau Nommo. Il est morcellé en quatre et ses membres sont placés aux quatre points cardinaux. Rassurez-vous, Amma le ressuscite lorsqu’il façonne, à partir du placenta, les huit ancêtres mythiques!

Ces huit ancêtres primordiaux répondent à un métier et à des couleurs spécifiques. Forgeron et potier: rouge et bleu. Agriculteur: blanc et vert. Sculpteur: orange. Danseur: blanc. Commerçant: noir. Maître de la parole/tissage: vert. En effet, selon la tradition dogon, le tissage est associé à la parole. De même que le tissage est l’assemblage des fibres, l’acte de parler cimente la vie sociale. Pratiqué de père en fils, le tissage est une activité masculine, tandis que les femmes sont responsables du filage. Le travail de la couture est partagé par tous.

Associés au culte des ancêtres, les masques dogon sont fabriqués à la mémoire des défunts – masque Sirige, masque Kanaga. Ils sont souvent accompagnés de masques zoomorphes dont la fonction est de protéger les vivants en récupérant la force vitale des êtres ou des animaux disparus.

A la différence des statues, les masques sont sculptés par des non spécialistes, tandis que les premières sont exécutées en public par le forgeron – le seul apte à tailler des effigies religieuses. Leur qualité dépendent de la richesse de leur commanditaire.
Les masques dogon, dont 35 sont exposés ici, sont de forme géométrique, avec, le plus souvent, des yeux rectangulaires. Le danseur masqué porte un costume de fibres végétales et ne doit pas être reconnu.

Les thèmes les plus courants sont les représentations humaines: cavaliers, hermaphrodites personnifiant l’idéal de réunion des deux sexes, personnages aux bras levés implorant Amma pour l’obtention de la pluie – le pays dogon est un territoire aride depuis la grande sécheresse du XIIIe siècle – ou encore la maternité.

Cette dernière est incarnée par une femme assise sur un tabouret finement orné de signes symboliques des ancêtres. Traitée avec austérité, dans un bois dur destiné à perdurer (contrairement aux masques), elle a pour fonction d’incarner l’essence d’un monde “pur”. Le visage ne présente aucune scarification. L’enfant est tenue au bras de sa mère, plus généralement au sein, premier degré du passage initiatique qui le conduira de l’âge adulte à la mort.
Une patine ancienne, composée de sang, de bière de mil, indique que l’oeuvre a fait l’objet d’offrandes ou de sacrifices nombreux et atteste de sa valeur patrimoniale.

“L’art des Dogon conjugue un sens de la rigueur plastique et une vision du cosmos dont le pouvoir d’enchantement, malgré l’avancée des connaissances, reste intact. Il donne une idée aussi noble qu’envoûtante de l’universalité des hommes et de ce qui constitue leur mémoire”, commente Stéphane Martin, président du musée du quai Branly.

* “N’est pas Dogon qui veut en face de Phidias mais n’est pas Phidias qui veut en face des Dogon”, écrivait André Malraux dans La Tête d’obsidienne. Cette exposition met en scène la richesse de l’art dogon, tant au niveau des formes que du sens. Noblesse et mysticisme s’en dégagent et livrent des oeuvres d’exception.

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