Ondulations optiques

Blaze 3 (Eclat 3), 1963. Acrylique sur carton. 95,3 x 95,3 cm. Collection particulière, Londres (c) Bridget Riley / Courtesy Karsten Schubert, LondonBridget Riley. Rétrospective

Jusqu’au 14 septembre 2008

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 11, avenue du Président Wilson 75116, 01 53 67 40 00, 7,50€

Peu connue en France, l’artiste britannique, Bridget Riley (née en 1931) se voit consacrer une rétrospective au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Son oeuvre se caractérise par une mise en scène abstraite qui joue sur les effets d’optiques. Profondément perturbant pour les sens.


Pink Landscape (Paysage rose), 1960. Huile sur toile. 101,5 x 101,5 cm. Collection (c) Bridget Riley / Courtesy Karsten Schubert, London Préférant se détacher du mouvement Op art (art cinétique ou optique des années 1960), Bridget Riley se dit proche du postimpressionnisme. Comme en atteste le début de l’exposition qui présente ses premières oeuvres d’après Seurat (Le Pont de Courbevoie, 1886-1887). Dans Pink Landscape (1960), elle pratique de grandes touches divisées régulières pour traduire l’ébouissement éprouvé devant les paysages de Sienne.

Méthodique, B. Riley développe au début des années 1960 un style personnel à base de formes géométriques, uniquement en noir et blanc. La couleur n’apparaîtra qu’à partir de 1967. La composition de ses toiles repose sur Movement in Squares (Mouvement en carrés), 1961. Détrempe sur panneau de fibres. 123,2 x 121,3 cm. Arts Council Collection, Hayward Gallery, Londres (c) Bridget Riley / Courtesy Karsten Schubert, Londoneffet de tempo, explique la commissaire de l’exposition Anne Montfort. L’artiste prend un motif, disons un carré noir puis banc, combinaison qu’elle décline de manière de plus en étroite (au niveau de la forme) et éclaircie (au niveau de la teinte) jusqu’à une diagonale qui fait repartir le processus dans le sens inverse (cf. Mouvement en carrés, 1961). Mais à y regarder de plus près, la diagonale n’est jamais là où la première vision la donnerait. Pour la découvrir, il faut s’approcher, observer les formes, calculer jusqu’où elles s’inversent, en dépit du trouble qui atteint la vue et voudrait nous forcer à nous tenir écarté du tableau… pour ne pas découvrir son secret!

White Discs 2 (Disques blancs 2), 1964. Emulsion sur panneau de fibres. 104 x 99 cm. Collection particulière (c) Bridget Riley / Courtesy Karsten Schubert, LondonAinsi dans Disques blancs des cercles blancs jaillissent par effet d’optique là où l’artiste a laissé un blanc dans sa série de cercles noirs.

Breathe (Souffle), 1966. Emulsion sur toile. 298 x 208,5 cm. Museum Boijmans van Beuningen, Rotterdam (c) Bridget Riley / Courtesy Karsten Schubert, LondonC’est la sensation ressentie devant chaque oeuvre qui permet à Bridget R. de trouver le titre, a fortori, de son oeuvre. Souffle (1966), par exemple, semble traduire le mouvement d’une respiration, telle qu’elle pourrait apparaître sur un moniteur de radio.

Persephone 2 (Perséphone 2), 1970. Acrylique sur toile. 217,5 x 168 cm. Collection particulière (c) Bridget Riley / Courtesy Karsten Schubert, LondonDans ses oeuvres chromatiques, l’effet d’optique vient du fait de l’instabilité des couleurs: là où le regard croit voir de l’orange, il est en fait trompé par la proximité des couleurs adjacentes (cf. Perséphone 2, 1970). D’une combinaison de trois couleurs, l’artiste passe à cinq (turquoise, bleu, rouge, jaune, vert, noir et blanc) dans sa série des ‘Peintures Egyptiennes’ (1980-86).

Rêve, 1999. Huile sur lin. 228,3 x 238,1 cm. Collection particulière (c) Bridget Riley / Courtesy Karsten Schubert, LondonSa progression du noir et blanc aux couleurs et de la verticalité aux formes courbes se combine dans ses peintures des années 1990-2000. Mais là encore la forme géométrique joue avec notre optique. La courbe n’est pas entièrement convexe; sa base consiste, en fait, en un trait vertical. Le résultat produit des sortes de losanges se tordant, sous l’effet de flammes vives. En écho aux deux versions de la Danse de Matisse présentées dans les collections permanentes du MAM.

Une salle consacrée aux esquisses préparatoires et aux dessins de l’artiste permet d’étudier les étapes de son processus créatif. Bridget Riley insiste sur le fait qu’elle n’a jamais étudié l’optique. Son travail naît de recherches empiriques. Elle étudie d’abord une séquence de formes et de couleurs et voit comment cette dernière réagit. “En tant que peintre abstrait, je commence par des éléments très connus, plutôt ennuyeux, qui, en eux-mêmes, ne recèlent aucune surprise. En continuant à travailler, je peux arriver à un point – ce n’est jamais sûr, mais cela peut se produire – où je suis moi-même surprise, fascinée par la rencontre avec la sensation pure. J’ai à ce moment-là le sentiment d’être sur la voie qui me conduira à faire un tableau”.

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L’artiste affirme que sa “vie visuelle” lui a été donnée par la nature, durant son enfance en Cornouailles (“Les changements dans la mer et le ciel, le littoral qui se déploie de la grandeur à l’intime, les bosquets et les vallées secrètes”). Pourtant ses toiles ne permettent pas de situer précisément ce lieu qu’elle évoque. D’autant que depuis, B. Riley a voyagé à travers le monde et s’est inspiré de multiples paysages (Tahiti, Australie, Japon, Etats-Unis, etc.).

Insaisissables donc, tant au niveau spatial que temporel (on ne peut pas appréhender ses peintures d’une manière globale et définitive), ses oeuvres créent une illusion et insufflent des sensations à partir d’un champ visuel abstrait. En ce sens, l’artiste s’inscrit à la fois dans le courant de l’histoire de l’art et s’en échappe en présentant une piste singulière quant à sa représentation de l’espace pictural. D’où son statut aujourd’hui d’artiste consacré.

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