Tenue correcte exigée !

Adonis Bosso, New York City, 2016 © Jason RoweQuand le vêtement fait scandale

Jusqu’au 23 avril 2017

Catalogue de l’exposition : 

Musée des Arts décoratifs, 107 rue de Rivoli, Paris 1er

Le musée des Arts décoratifs s’intéresse aux scandales vestimentaires qui ont défrayé les chroniques du 14e au 21e siècle. Trop court, trop long ; trop moulant, trop ample ; trop transparent, trop couvrant ; trop féminin pour l’homme ou masculin pour la femme… ces vêtements ont transgressé les normes. Lesquelles et, surtout, pourquoi ?

Le parcours se déroule autour de trois thématiques : le vêtement et la règle ; est-ce une fille ou un garçon ? ; la provocation des excès.

La norme vestimentaire découle en Occident de la Bible. Le vêtement est lié au péché originel. Au Paradis, Adam et Eve vivaient nus jusqu’à ce qu’ils croquent le fruit défendu et soient chassés de leur terre de délices. Pour couvrir leur nudité, ils reçurent un vêtement. L’habit rappelle à jamais la faute. De ce fait, il doit être sobre et discret.

D’autres règles vestimentaires sont liées aux célébrations (robe de baptême, de mariage, de soirée, de deuil) ou aux fonctions incarnant l’autorité. Marie-Antoinette ne peut être représentée pour un portrait officiel dans sa robe chemise fétiche (robe d’intérieur). Le portrait d’Elisabeth Vigée-Le Brun fait scandale et la Reine doit porter une robe plus conventionnelle. Bien des années plus tard, Jack Lang fait frémir la presse en portant un costume signé Thierry Mugler à col Mao. L’été dernier, Cécile Dufflot se fait siffler à l’Assemblée nationale pour porter une robe à fleurs considérée comme trop légère pour sa fonction.

La question est posée : portera-t-on la jupe-pantalon en 1911 ? Carte postale. Collection particulière

Depuis le « travestissement » de Jeanne d’Arc, les échanges entre vestiaires masculin et féminin ne se sont pas fait sans encombres. La mode vient d’outre-Manche où les aristocrates anglaises aiment se vêtir à la mode masculine dès le 17e siècle. En France, les garçonnes des années 1920 s’approprient les chapeaux des hommes. Chanel crée des tailleurs dépouillés de tout artifice. Yves Saint Laurent crée le smoking pour femme en 1966, validant l’entrée du pantalon dans la garde-robe féminine. Mais il faut attendre le décret de 2013, abrogeant la loi de 1800, qui autorise officiellement les femmes à le porter en toute circonstance !

Inversement, la société occidentale n’est pas prête psychologiquement à voir des hommes se maquiller ou porter des jupes, remises au goût du jour par Jacques Esterel dans les années 1960 et médiatisées par Jean Paul Gaultier. Pourquoi ? Car « elle renvoie au pluriséculaire statut inférieure de la femme », répond Denis Bruna (conservateur au musée des Arts décoratifs), commissaire de l’exposition.

Un homme retraité fixe des jeunes femmes en mini jupes, Nice le 13 juillet 1969 © AFP / Getty Images, Staaf

La troisième partie de l’exposition évoque les excès. Talons et coiffures trop hautes du 18e siècle, minijupes (imaginées par Mary Quant, André Courrèges, Paco Rabanne) trop courtes, baggys trop larges des années 1990, décolletés plongeants du 18e siècle, slims trop moulants, habits froissés voire déchirés… se retrouvent dans les défilés chocs de haute-couture. Yohji Yamamoto et Rei Kawakubo (Comme des garçons) bousculent les codes du fini/non fini dans les années 1980, Alexander McQueen ose la collection « Highland Rape » (printemps/été 2000), John Galliano pour Dior s’inspire des vêtements déchirés des sans-abris. Et, dernièrement, Rick Owens (printemps/été 2015) dévoile l’anatomie masculine.

Walter von Beirendonck, prêt-à-porter automne/hiver 1996-1997 © Guy Marineau

Dans une scénographie originale, l’exposition révèle les codes et tabous vestimentaires. A la fin de l’exposition, on réalise que même aujourd’hui, nous ne sommes pas si libres de nous habiller comme bon nous semble !

 

 

 

 

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