Pissaro à Eragny


La nature retrouvée

Jusqu’au 9 juillet 2017

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Pour acheter le catalogue de l’exposition : 

Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, Paris 6e

Si Camille Pissarro (1830-1903) n’avait pas fait l’objet d’exposition d’envergure depuis 35 ans, voilà qu’il bénéficie cette même année d’une rétrospective au musée Marmottan Monet et d’une monographie centrée sur les deux dernières décennies de sa carrière passées dans le village normand d’Eragny-sur-Epte, au musée du Luxembourg.

L’angle de cette exposition, conduite en partie par Joachim Pissarro (petit-fils du dernier des huit enfants de Pissarro, Paul-Emile ditPaulémile), analyse la production de Camille Pissarro réalisée à Eragny avec en regard les convictions anarchistes du peintre qu’il applique aussi bien dans sa peinture – aucun élément ne domine dans ses compositions – que dans la manière de collaborer avec ses confrères ou d’élever ses enfants. Autonomie – grand potager pour nourrir la famille, loin de l’esthétique luxuriante de Giverny – et travail collectif sont au coeur du système pissarrien.

Après avoir maintes fois déménagé (Louveciennes, Auvers, Pontoise), Pissarro s’installe définitivement à Eragny au printemps 1884, louant une maison de campagne, dont il deviendra propriétaire grâce à un prêt de Claude Monet (parrain de Paulémile). La première salle montre comment l’artiste se met au travail, peignant tout azimut les fermes, champs et prairies qui entourent sa maison.

L’artiste évolue ensuite vers le néo-impressionniste (La cueillette des pommes, Eragny – 1887/88) selon la lente méthode de Seurat, bien que son marchand Paul Durand-Ruel n’affectionne pas le style. Une toile peut lui prendre un an. Alors, pour vivre, il réalise en parallèle des aquarelles, plus vite exécutées. Il s’essaie aussi à la gouache, au pastel, à l’eau-forte et à la gravure.

« Rappelle-toi que l’aquarelle est un bon moyen pour aider la mémoire, surtout dans les effets fugitifs ; l’aquarelle rend si bien l’impalpable, la puissance, la finesse », écrit Camille à Lucien Pissarro (13 mai 1891).

Une infection oculaire oblige Pissarro à ne plus peindre en extérieur. Il effectue de nombreux séjours à Paris (il loue un petit appartement place Dauphine, dans le 6e) pour se faire soigner dès 1891. De retour à Eragny, l’artiste ne peint pas toujours sur le motif, il lui arrive d’utiliser des études antérieures, comme celles des paysans de Pontoise pour représenter les personnages de Fenaison à Eragny (1893).

« Je ne suis heureux que lorsque je suis à Eragny auprès de vous tous, tranquille et rêvant de l’oeuvre », écrit Camille à son fils aîné Lucien (23 janvier 1886), avec qui il entretient une importante correspondance, lorsque ce dernier s’expatrie Outre-Manche pour fonder la maison d’édition Eragny Press à Epping (Essex) en 1894. La maison édite des auteurs classiques français tels Charles Perrault et Gustave Flaubert, illustrés par Lucien. Pissarro suit de près les travaux de son fils, corrige ses esquisses.

Pissarro peint de plus en plus depuis l’intérieur de ses fenêtres, multipliant les perspective vers Bazincourt. Il découvre un nouveau motif à chaque séance de travail : effet d’un soleil couchant, gelée matinale, brume épaisse. Il effectue une série de vues donnant sur Bazincourt, depuis le deuxième étage de sa demeure, aux compositions semblables qui en deviennent des archétypes, se concentrant sur les seuls effets chromatiques (Vue de Bazincourt, effet de neige, soir – 1894).

L’auteur anarchiste Octave Mirbeau, avec qui Pissarro se lie, dit du peintre : « M. Pissarro ne ressemble ni à M. Claude Monet, ni à M. Sisley. […] Peu de paysagistes ont, comme lui, le sentiment juste, sain et superbe des choses agrestes. Il rend l’odeur, à la fois reposante et puissante de la terre » (14 mai 1887).

Mais Pissarro entend également montrer le labeur des champs (Faneuses, le soir, Eragny – 1893), les difficultés de la vie rurale. « Pissarro pense fermement que le peintre ‘est dans l’humanité’ au même titre que le poète, l’agriculteur, le médecin, le forgeron, le chimiste, l’ouvrier qui perce, qui rabote, qui tourne le cuivre et trempe l’acier. » (O. Mirbeau, L’Art dans les deux mondes,  10 janvier 1891).

« Voici la vraie campagne, celle dont le peintre nous a parlé, jadis, comme personne. Il l’a comprise fruste, saine, réelle ; il nous en a fait sentir le terreau, il nous en a évoqué les froids et les torridités ; il nous a promenés en ses taillis et ses bois et nous en sommes revenus avec des sensations de chaleur et d’ombre vraiment exquises. » (Emile Verheren, Le Mercure de France, février 1991).

Le parcours s’appuie sur la publication récente des cinq volumes de la correspondance de Pissarro, l’inventaire de la collection de dessins de l’Ashmolean Museum d’Oxford et le catalogue raisonné des tableaux produit par l’Institut Wildenstein à Paris. De loin, on a l’impression de voir les mêmes tableaux mais de près, on se rend compte à quel point Pissarro parvient à se renouveler techniquement à chaque toile sur une composition identique. Si vous connaissez l’oeuvre de Pissarro, je vous recommande cette exposition. En revanche si vous souhaitez plutôt avoir un aperçu de l’ensemble de sa carrière, je vous conseille d’aller voir la rétrospective du musée Marmottan Monet.

 

 

 

 

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