Bourdelle et l’Antique

Une passion moderne

Jusqu’au 4 février 2018

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Catalogue de l’exposition : 

Musée Bourdelle, 18 rue Antoine Bourdelle, Paris 15e

Le musée Bourdelle revient sur la féconde période des première décennies du XXe siècle (1900-1914), lorsque les artistes avant-gardistes, dont Antoine Bourdelle (1861-1929), tirent leurs chefs-d’oeuvre d’une inspiration archaïque, en particulier de la Grèce antique.

Bourdelle crée à cette période des figures fabuleuses, parmi lesquelles les puissants Pallas, Apollon au combat, Héraklès Archer, Tête de Cléopâtre, Le Fruit, Pénélope attendant Ulysse, Centaure mourant. Ces chefs-d’oeuvre sont mis en parallèlle avec des oeuvres majeures signées Bonnard, Brancusi, Cézanne, Maillol, Modigliani, Matisse, Picasso, Puvis de Chavannes, Rodin…

 

Le jeune Bourdelle (né à Montauban) copie l’Antique dès sa formation artistique à Montauban puis à Toulouse et Paris, où il est élève de l’Ecole nationale des Beaux-Arts, se pliant à l’exercice de copie « d’après la bosse », selon l’expression consacrée. Il se forme l’oeil et la main, en fréquentant les musées, en particulier le Louvre, riche en collections archéologiques.

Le parcours débute par ses dessins, copies de figures en marbre ou en plâtre. Dont une Amazone (modèle attribué à Phidias), ombrée, fragmentée, concentrée sur la partie droite de la feuille, ce qui lui confère une présence forte et poétique, dont l’audace dépasse le simple exercice de copie scolaire.

La visite se poursuit avec la présentation du Torse de Pallas (1903/05), dont les bras sont faussement amputés, comme si le buste était tout juste exhumé du sol grec. Où Bourdelle ne s’est d’ailleurs jamais rendu ! Ce torse combine une tête réaliste à un parfait cylindre qui lui sert de support. Il est mis en parallèle avec La Méditerranée (1905) d’Aristide Maillol (1861-1944), qui était exposée non loin du Torse de Pallas au Salon d’Automne de 1905. Contemporains, amis de jeunesse, Bourdelle et Maillol deviennent rivaux, tous deux amoureux de l’art grec « sévère et voluptueux ».

Vient ensuite la galerie des têtes. Avec, en premier lieu, Apollon au combat (1909). Dieu du soleil qui brûle et protège, la Tête d’Apollon de Bourdelle comprend ces deux faces antinomiques. « Ce chef sans corps signe le point de rupture d’avec Rodin », précise Claire Barbillon (professeur à l’université de Poitiers et à l’Ecole du Louvre), co-commissaire de l’exposition. Exposé en bronze, revêtu d’une patine de feuilles d’or pour incarner sa force solaire, à l’Armory Show (1913) à New York et à la Biennale de Venise (1914), ce chef-d’oeuvre signe l’aura du sculpteur à l’étranger. Il est aujourd’hui présent dans les plus grandes institutions (Paris, Stockholm, Chicago, Lausanne). Le Buste n°12 (1933/34) de Germaine Richier (1902-1959), une des élèves favorites de Bourdelle, est présenté non loin.

La galerie des têtes permet d’observer la simplification progressive des formes appliquée par Bourdelle. La facture naturaliste disparaît, en particulier dans la tête, qui se résume à des facettes aux arrêtes nettes. Cousine de la Tête d’Apollon, celle d’Héraklès (1910) – oeuvre la plus connue de l’artiste – illustre le cinquième travail d’Hercule : faire fuir les oiseaux du lac de Stymphale. L’archer, le bras extrêmement tendu, sans sa flèche, compose un arrêté dans l’instant. Sa modernité tient dans l’équilibre entre les droites et les courbes. L’oeuvre inspire les sculpteurs de la génération suivante, tel Henri Laurens (1885-1954) et sa Musicienne à la harpe (1937/67), dont la construction du corps repose aussi sur un jeu de pleins et de vides.

La Tête de Cléopâtre [Sevastos – sa muse et future seconde épouse] (1908) est réduite à une épure géométrique. A comparer avec Tête de femme (1912) d’Amadeo Modigliani (1884-1920), expression d’un primitivisme grec antique qui s’inspire également des têtes cambodgiennes (7e siècle), étudiées au musée Guimet.

Bourdelle part de la réalité du corps pour l’effiler et en atteindre son essence, comme on peut l’admirer dans Le Fruit (1902/11). Il plie « sa jeune fille à l’épreuve pure, stricte et ineffable de la construction sculpturale », écrit-il à Cléopâtre. L’oeuvre côtoie les versions allégorique de Puvis de Chavannes, au modelé impressionniste de Rodin, à l’archaïsme géométrique de Cézanne (Les Trois Baigneuses, vers 1879/82). Sans oublier La Serpentine de Matisse (1869-1954), élève de Bourdelle.

L’oeuvre du sculpteur est confrontée à un autre géant de l’avant-gardisme : Picasso. Pénélope avec socle (1905/12) est confrontée avec Femme assise (1920). « Face au corps de la femme, les deux artistes sacrifient les canons du beau : c’est non la règle de l’art mais la loi du désir qui préside à la révolution plastique de leurs déesses modernes », commente Jérôme Godeau (historien de l’art, musée Bourdelle), co-commissaire de l’exposition.

Le parcours se termine sur la représentation du mythe du Centaure, présent dans le décor de fresques peint par Bourdelle pour l’atrium du Théâtre des Champs-Elysées. Le Centaure mourant (1911/14) représente un homme-cheval faisant corps avec un arbre : sa taille s’allonge, son torse s’évase comme un tronc, son bras se déploie comme une branche qui soutient une lyre. Sa double perpective conjugue là encore vide et plein, tension et relâchement, contraint et déployé.

Des oeuvres magistrales dans un parcours à la fois savant et didactique. Passionnant.

 

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