L’art contemporain de Nouvelle-Guinée

Affiche de l'exposition (c) musée du quai BranlyRouge Kwoma – Peintures mythiques de Nouvelle-Guinée
Chemins de couleurs – Teintures et motifs du monde

Jusqu’au 4 janvier 2009

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Musée du quai Branly, Galerie suspendue Est, quai Branly ou rue de l’Université 75007, 7 à 10€

Dialogue avec les cultures. La philosophie du musée du quai Branly se concrétise avec ses deux nouvelles expositions présentées dans la Galerie suspendue Est. La partie occidentale accueille une exposition d’art contemporain d’une tribu de Nouvelle-Guinée, les Kwoma, tandis que la partie orientale présente une magnifique sélection de teintures en provenance du monde entier (hormis l’Europe). Deux expositions qui ouvrent des portes et apportent enfin de l’espoir quant à la capacité humaine à agir dans le bon sens!


1ERE PARTIE: LA RECONNAISSANCE DES CULTURES NON-EUROPEENNES

Après Diaspora et Jardin d’amour de Yinka Shonibare, le musée du quai Branly poursuit sa politique de mise en valeur de l’art contemporain en présentant Rouge Kwoma.

Kowspi Raymond Marek. Né en 1956 à Bangus (Papouasie-Nouvelle-Guinée). En 1996, il reçoit de l'Université de Stanford (Californie) le titre de Masters of Fine Arts. En 2002, il donne l'impulsion au projet qui l'engage avec ses fils dans l'art contemporain (c) Philippe Lecoeur, 2007Cette exposition dévoile les peintures de trois artistes contemporains de Papouasie-Nouvelle-Guinée (province du Sépik oriental): Kowspi Marek (né en 1943, à Bangus) et ses fils Chiphowka Kowspi (né en 1974, à Telum) et Agatoak Kowspi (né en 1977, à Ambunti).

Elle se construit autour de l’enseignement du mythe fondateur du clan Kwoma à travers les peintures contemporaines – mais exprimant une culture ancestrale – de trois artistes majeurs. Cette narration visuelle est complétée par quelques vers du poète Fred Griot qui transcrit en français l’enchantement de la parole mythique.

Kospi Marek, Wanmai, 2007. Peinture acrylique sur toile (c) musée du quai Branly / Photo: Michel Urtado, Thierry OllivierLE MYTHE DE WANMAI

“Jadis, il y a très longtemps, les hommes vivaient sous terre, et tout ce qu’ils voyaient en regardant en haut était obscur. Ils ne pouvaient pas regarder vers le ciel. Un homme changea tout. Guayamba fut le premier entre tous à monter, à accéder en haut, à mettre pied dans ce monde”, raconte Kowspi Marek. Comment fit-il? Un jour, il suivit son sanglier, appelé Djembiyamos, qui partait en longues excursions et en revenait couvert d’une terre rouge, d’une couleur qui n’existait pas en bas. Alors, Guayamba s’accrocha à la queue de son sanglier, qui le hissa à travers un trou jusqu’à la surface de la terre. Là-haut, “le soleil, la terre, les oiseaux, les arbres: tout était transformé. Tout était devenu clair et lumineux. La couleur de la terre portée par Djembiyamos scintillait sur une île au loin: Kwoaga”.
Guayamba redescend sous terre pour aller chercher ses semblables et tous remontèrent à la surface; ils passèrent Wanmai – nom du passage entre un monde et un autre, entre le bas et le haut.
Une fois lavés, rasés avec des tiges de bambous, les hommes construisent un village et la première maison cérémonielle, Weinbongur. Les hommes restés sur place s’appellent aujourd’hui les Nukuma, les hommes du fleuve. Les autres, qui partirent en quête d’autres terres, grimpèrent les montagnes Washnuk. C’est de là que vient le nom Kwoma – de kwo, les monts ou collines, et Ma, les hommes.
L’île devenant trop petite, les hommes couchent les herbes pour traverser le fleuve. Mais la forêt est habitée par les cannibales Ngala. Une guerre s’ensuit et les vainqueurs Kwoma nomment leur champ de sagou [plante locale] du nom de celui qu’il a combattu. “Telle est l’histoire dont est issu le peuple Kwoma” (Kowspi Marek).

Josep Nansue, Esprit Mawai (étoile filante). Pangal. Kwoma, Papouasie-Nouvelle-Guinée (c) musée du quai Branly / Photo: Michel Urtado, Thierry OllivierLes cultures ancestrales océaniennes ne disposent pas de bibliothèques pour conserver le récit de leurs origines. Les hommes transmettent leur histoire à leurs enfants par voie orale et en peignant des pangal – peintures traditionnelles réalisées sur l’envelope fibreuse (le pétiole) du palmier-sagoutier -, qui décorent l’intérieur ou l’extérieur des maisons cérémonielles. Mais les pigments naturels sont fragiles et un véritable problème de conservation de ces oeuvres se pose.

Kowspi, Chiphowka et Agatoak sont les seuls artistes du clan Kwoma à utiliser des supports industriels et de la peinture à l’acrylique (au lieu des pigments naturels traditionnels) afin de mieux préserver leurs oeuvres plastiques. Aujourd’hui reconnues comme oeuvres d’art à part entière et susceptibles d’être exposées dans les musées.

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C’est ainsi que Maxime Rovere, ancien professeur à l’ENS de Lyon et disposant de responsabilités claniques au sein des Kwoma, a pu organiser cette exposition, aux côtés de Magali Mélandri, chargée des collections Océanie au musée du quai Branly.

Cette exposition vise non seulement à faire découvrir la culture Kwoma aux Européens, mais elle permet également de fortifier une culture à bout de souffle – au début du XXe siècle, le processus de christianisation a provoqué une crise des croyances traditionnelles animistes – et d’apporter une extension contemporaine à un art ancestral.

“Kowspi Marek et ses fils sont fiers d’être représentés au musée du quai Branly et ailleurs dans le monde (New York, Bâle, Melbourne) et d’être reconnus comme djumbama (littéralement, “homme de style” – artiste). Un statut qui leur apporte de l’estime au sein des Kwoma”, explique M. Rovere, et que les artistes traduisent par le port d’un collier de perles en bois sur le front et d’une ligne rouge sur le nez. Ce rouge lumineux qui se retrouve dans chacune de leurs peintures, porteur de riches promesses d’un monde meilleur où les cultures du monde dialogueraient dans un esprit pacifique.

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