Un autre regard sur la banlieue parisienne

Ilse Frech, Henriëtte. Mantes-la-Jolie, 2006Ilse Frech – I AM / identités pluri-elles

Jusqu’au 21 décembre 2008

Institut Néerlandais, 121, rue de Lille 75007, 4€

Dans le cadre du Mois de la Photo 2008 sur “L’Europe: Tradition et Mutation”, la photographe Ilse Frech (née en 1972, à Amsterdam) expose à l’Institut Néerlandais une série de photos sur des jeunes femmes de culture musulmane, vivant dans la banlieue parisienne. Un travail en profondeur qui offre un regard poignant sur la quête d’identité de ces populations issues de l’immigration. Loin de tout cliché médiatique.

Pendant trois ans, Ilse Frech, elle-même née d’une famille à double identité (sa mère est macédonienne, son père néerlandais), a rencontré et noué une relation intense avec de jeunes Françaises vivant dans différentes cités de la banlieue parisienne (Mantes-la-Jolie, Bobigny, Argenteuil, Asnières-sur-Seine, Evry, etc.).

Ilse Frech, Cindy. Asnières-sur-Seine, 2005Une complicité s’est tissée entre les sujets et leur observateur, qui se reflète dans les photographies expressives d’Ise Frech, où la couleur joue un rôle important. Un cadrage précis capture les jeunes filles dans leur intérieur (chambre, cuisine, salon) mais aussi l’architecture extérieure – ces fameuses “tours” qui forment leur environnement quotidien. “Territoire trop souvent désigné comme foyer de marginalisation sociale, alors que s’exprime chez la plupart d’entre elles un désir d’insertion”, constate Gabriel Bauret, commissaire indépendant.

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Ilse Frech, Khadidja, Melun, 2006Une bande sonore et un film permettent d’écouter les interviews menées au long de ces trois années. Les jeunes filles évoquent leur fierté de leur culture tout en reconnaissant se sentir avant tout française. Certaines sont musulmanes pratiquantes, d’autres pas. “Elles sont tiraillées entre le désir d’adhérer à la communauté dans laquelle leurs parents évoluent et celui de leur pays natal”, explique Ise Frech. Leurs aspirations féminines sont parfois contrariées par le poids de la tradition familiale. Comme le suggère le portrait de Khadidja, ci-contre.
Interrogée sur la source de son intérêt pour ce sujet, la jeune femme répond: “Lors d’une manifestion du groupe féministe, Ni Putes Ni Soumises, en 2003, j’ai été choquée, qu’en France, au XXIe siècle, il y ait encore besoin de provoquer les esprits par des manifestations pour réclamer l’égalité entre les hommes et les femmes. D’autre part, en tant que femme et moi-même issue d’une famille immigrée, je me sens profondément touchée par le destin de Sarah, Henriëtte, Karina, Cindy,…,.”

Cette même année, Ilse est sélectionnée pour le Joop Swart masterclass du prestigieux World Press Photo, qui a alors pour thème “Enough” (Assez). La photographe décide de réaliser un documentaire sur les banlieues de Paris et de Marseille. Les émeutes de 2005 convainc l. Frech d’approfondir son sujet, grâce à une bourse qui lui permet de vivre pendant un an à la Cité internationale des Arts, résidence d’artistes située dans le Marais.
Ce qui m’a frappée lors du vernissage est le fait que ces jeunes de banlieue, toujours présentés dans les médias vêtus de voile, jogging, bijoux bling bling et baskets, se mêlaient avec fluidité à la foule mondaine du VIIe arrondissement parisien. Tant physiquement – les filles évoluaient avec une dignité à en faire pâlir plus d’une – que “psychiquement” de part une aisance et ouverture d’approche bluffantes. Certes, Ilse a sélectionné ces sujets avec soin. Et, si ces jeunes femmes incarnent une indéniable diversité idenditaire des banlieues, habituellement ignorée des médias, loin de moi d’avancer que le pari d’insertion est gagné pour tout le monde. Mais force est de reconnaître que, ce soir là, seule la jeunesse des traits permettait de distinguer qui venait d’où.

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