Surréalisme, photographie, film

Man Ray. Lee Miller, 1929. Gélatino-argentique, tirage d'époque. Lee Miller Archives, Chiddingly (c) Adagp, Paris 2009 / Man Ray Estate, The Penrose Collection, England, 2009 / Man Ray Trust, Adagp, Paris 2009La subversion des images

Jusqu’au 11 janvier 2010

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Centre Pompidou, galerie 2, niveau 6, place G. Pompidou 75005, 10 à 12€

Titrée d’après une série de photographies du Belge Paul Nougé (1895-1967), l’exposition “La subversion des images”, présentée au Centre Pompidou, rassemble près de 400 oeuvres autour de l’utilisation de la photographie et des films par les surréalistes. L’exposition met l’accent sur la notion d’oeuvre collective, au coeur des travaux des surréalistes. Ou comment “faire corps par la photographie” selon Clément Chéroux, co-commissaire de l’exposition.

La thème du “nous” ouvre derechef le parcours avec un rappel des propos du leader surréaliste, André Breton: “J’ai toujours plus compté sur l’action collective que sur l’action individuelle” (1962). De fait, la “collectivisation des activités”, est pour Clément Chéroux “une redoutable arme poétique. Elle est à cet égard souvent comparée à cet autre cheval de Troie du surréalisme qu’est l’écriture automatique”.
L’une et l’autre contraignent l’artiste à réfréner son imagination pour laisser libre cours, dans un cas au monde merveilleux des autres, et dans l’autre, à une forme d’inspiration inconsciente qui place l’écrivain en position de spectateur.

Au-delà de leur temps de travail (atelier d’A. Breton au 42, rue Fontaine, Paris 9e), les surréalistes ne se quittent guère. Ils se retrouvent dans les cafés (le Cyrano de la place Blanche, à l’angle de la rue Lepic et du bd de Clichy, Paris 18e), partent en vacances ensemble (Mougins), partagent leurs amours et vivent parfois même ensemble (rue Blomet, rue du Château). Ce qui fait dire à Clément Chéroux qu’au-delà de “l’histoire du mouvement, il existe aussi une géographie et même une topographie surréaliste”.

C’est dans ces lieux qu’ils échangent leurs idées, préparent les numéros de revues, s’amusent aux cadavres exquis, poétisent par paire: Les Champs magnétiques de Breton et Soupault, L’Immaculée conception d’Eluard et Breton, Les Proverbes d’Eluard et Péret.
Et, bien sûr, qu’ils organisent des séances photo, improvisent des prises de vue ou au contraire les préparent soigneusement.

Brassaï. Sans titre, vitres cassées d'un atelier de photographe, vers 1934. Gélatino-argentique, tirage d'époque. Essen, Museum Folkwang (c) Estate Brassaï, RMN / Museum Folkwang, EssenLes surréalistes s’inspirent d’abord des scènes du théâtre, lieu qui établit un dialogue avec le spectateur. Le théâtre de l’absurde représente leur genre favori mais ils apprécient également le théâtre parodique, grinçant et érotique.
A la suite des travaux d’E. Atget, les scènes de rue deviennent pour eux le lieu privilégié du surgissement du merveilleux forfuit. Notamment grâce aux reflets dans les vitrines.

L’étape suivante est le photomontage et le photocollage: voir le multiple en un seul coup d’oeil. Déconstruire les formes pour les recomposer en faisant collider les lignes et les sens.
De la démultiplication des formes extérieures, les surréalistes passent à l’expression du trouble intérieur. Ils expérimentent le mediumnisme, l’hypnose, la psychanalyse. Mise en scène fantasmagorique qui se révèle comme autant d’allégories de l’âme.
L’écriture automatique les conduit à la photographie automatique, qui elle-même débouche sur les jeux de chimie de l’image (solarisation, surimpression).

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Ces expériences sont guidées par leur volonté de renouveller sans cesse leur inspiration, de suivre une dynamique de la surprise, de constituer un laboratoire de “la beauté convulsive”. Techniques qui inspireront les professionnels de la publicité au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Victimes de leur succès, les photographies surréalistes deviennent un standard publicitaire tant au niveau de leurs techniques que de leurs idées. Car elles sont source de “poésie involontaire”, comme la nomme P. Eluard (par opposition à la “poésie intentionnelle”). “La beauté n’est pas l’objet de la création, elle en est la récompense”.

L’exposition dévoile le passé en même temps qu’elle forme notre regard à venir. Elle ravive l’envie de s’approprier le quotidien avec des yeux renouvelés, pour appréhender des situations banales avec un esprit mutin. “Forme tes yeux en les fermant” disaient Breton et Eluard – je dirai plutôt en les équarquillant!

Ecoutez l’interview d’un des commissaires de l’exposition, Clément Chéroux:

[audio:subversion.mp3]
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