Quand l’artiste prend le contrôle de son exposition…

Couverture du livre pour enfant, Parade? de Philippe Parreno et Johan Olander, 2009 (c) Philippe Parreno / Johan Olander / M/M, Paris, 2009Philippe Parreno

Jusqu’au 7 septembre 2009

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Centre Pompidou, Place G. Pompidou 75004, 10 à 12€

Traditionnellement, une exposition naît de la concertation entre un artiste et un/des commissaire(s). Tout le propos de Philippe Parreno, exposé dans l’Espace 315 du Centre Pompidou, est de bouleverser cette donne. Et de s’approprier la moindre parcelle de l’espace vitré, conçu par R. Rogers et R. Piano, jusqu’à la conception même des cartels – “propriété” usuelle du commissaire.

Artiste conceptuel, Philippe Parreno (né en 1964 à Oran) représente une figure majeure de la scène française. Son exposition au Centre Pompidou poursuit sa logique de questionner la nature même d’une exposition. L’artiste remet en cause la notion de rétrospective – compilation d’oeuvres passées -, et celle de la durée limitée du temps d’exposition.

Dès ses premières oeuvres, l’artiste conçoit l’exposition comme un espace de liberté, dans lequel il entre en communion avec les visiteurs et tout particulièrement le jeune public. L’exposition propose des performances réalisées par des enfants d’école primaire et des adolescents. Elles sont programmées tous les lundis, jeudis et vendredis du mois de juin entre 11h et 11h30. L’artiste impose ainsi un timing qui fait partie de son exposition et s’oppose à la largesse habituelle des horaires de visite. L’une de ces animations, No More Reality (fin) [1993-2009], présentée pour la première fois à la Biennale de Venise de 1993, consiste à faire défiler des enfants avec des marrionnettes réalisées à partir des posters les plus vendus à la librairie du Centre Pompidou (Keith Haring, Andy Warhol, Gustav Klimt…). Illustration d’une histoire de l’art, plébiscitée par le public et non par les commissaires.

Clef de voûte de l’exposition: la projection du film (70mm) June 8, 1968 (2009), date qui marque le début de l’exposition choisie par l’artiste, en référence au voyage en train du cercueil de Robert F. Kennedy, deux jours après son assassinat entre New York et Washington D.C.. Le spectateur assiste au passage du train, devant une foule au bord du chemin de fer, venue rendre hommage à son président défunt. Paire de regards qui s’observent sans s’en apercevoir ni qu’aucun ne voie le cercueil lui-même. Ce thème récurrent de l’absence, du manque et des fantômes est fondamental dans l’oeuvre de P. Parreno.

On le retrouve dans les marrionnettes autant que dans l’oeuvre en encre phosphorente, uniquement visible dans le noir, Fade to Black (2009). Il s’agit d’une présentation sporadique de projets jamais réalisés ou avortés que l’artiste rend visible le temps de la projection.

A la fin des deux oeuvres précédentes, la lumière revient, les rideaux automatiques conçus spécialement pour l’expositon, se relèvent. Le visiteur aperçoit alors la cabine de projection tout en verre et de forme identique à l’Espace 315, en hommage aux architectes du lieu. P. Parreno explique en effet qu’il est très attaché au Centre Pompidou pour l’avoir connu dès son ouverture en 1977, alors qu’il était enfant.

Philippe Parreno. Fraught Times: C'est une oeuvre d'art pendant onze mois de l'année et en décembre, c'est Noël, 2008. Sapin en fonte d'aluminium et partition musicale de Monroe Transfer. Vue de l'exposition October à la galerie Pilar Corrias Inc., Londres. Courtesy Pilar Corrias Inc., Londres (c) Thierry BalNon loin, un sapin de Noël se dresse, appelé Fraught Times: C’est une oeuvre d’art pendant onze mois de l’année et en décembre c’est Noël (2008). Une sculpture qui joue le rôle d’oeuvre d’art récurrente pendant onze mois de l’année et celui d’un objet – l’un des rares de sa production – rituel populaire pendant le mois de décembre.

Au plafond, des Speech Bubbles (2009), ballons en Mylar gonflés à l’hélium, représentant des bulles de BD sans parole, changent de couleur. A l’origine, ils avaient été conçus à l’occasion d’une manifestation syndicale pour que les participants puissent y inscrire leurs revendications.

Enfin, la Marquee de l’entrée s’illumine pour éclairer le tapis rouge qui recouvre l’ensemble du sol d’exposition. Référence à l’inauguration du Centre Pompidou.

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Ici, pas de cimaises supportant des oeuvres mais un “voyage dans le temps” proposé par l’artiste qui conçoit son exposition comme une chronologie. P. Parreno fait coïncider des repères historiques avec son propre cheminement artistique.

L’exposition se déploie dans quatre sites différents, Paris et Dublin étant les plus “expérimentaux”, d’après Christine Macel, chargée de l’exposition parisienne. New York et Zurich en proposeront une vision plus classique. “L’idée est qu’à nous quatre nous offrions une rétrospective complète de l’oeuvre de Parreno”, commente C. Macel.

Un travail complexe malgré la simplicité formelle qu’il prend, en dehors du marché, de l’honnie voie commerciale. Certes, mais pour avoir un aperçu de l’ensemble de la rétrospective, le visiteur est obligé de se déplacer et à défaut d’acheter le catalogue raisonné (49,90€). Le Centre Pompidou retombe donc sur ses pieds! Une alternative consiste à se procurer le conte pour enfants, Parade? (18€), dont l’histoire est écrite par Philippe Parreno et les dessins imaginés par le New Yorkais Johan Olander, à partir des fantômes issues des oeuvres de l’artiste.

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