Eloge du négatif

Vero Veraci. Persée tenant la tête de Méduse de Benvenuto Cellini (c) FratelliAlinariLes débuts de la photographie sur papier en Italie (1846-1862)

Jusqu’au 02 mai 2010

Petit Palais, avenue Winston Churchill 75008, 6€

Drôle d’effet que de voir les premiers négatifs papiers qui renvoient une image comme radiographée des objets capturés, loin de la précision et du réalisme auquels nous a habitués la photographie moderne. Le Petit Palais dévoile une collection d’oeuvres italiennes du XIXe siècle qui permettent d’appréhender la naissance de la photographie. A une époque où pionniers et amateurs italiens, mais aussi français et anglais échangent leurs découvertes dans un esprit paneuropéen à faire pâlir d’envie les plus Fédéralistes de l’UE d’aujourd’hui!

Giacomo Caneva, Ludovico Tuminello. Rome, arc de l'aqueduc de Claude (c) FratelliniAlinariL’exposition retrace les débuts de la photographie dans les années 1840. Ses premiers sujets (photographie d’architecture, de paysage et de genre), sa professionnalisation et la naissance de grandes entreprises éditoriales modernes.

En 1839, deux procédés artisanaux se font concurrence de part et d’autre de la Manche. Côté Frogs, le daguerréotype, inventé par Louis Jacques Mandé Daguerre (1787-1851) et annoncé à l’Académie des Sciences de Paris par Louis-François Arago. Côté Rosbifs, le talbotype ou calotype, mis au point par William Henry Fox Talbot de la Royal Society londonienne.

Les enjeux commerciaux et la rivalité nationale sont de taille. Tant et si bien que le secret de fabrication est jalousement conservé. Le procédé du daguerréotype parvient en Italie par l’intermédiaire de la communauté savante tandis que le calotype traverse les Alpes grâce à quelques aristocrates férus d’art, qui souhaitent réaliser le traditionnel Grand Tour. Sauf qu’à l’inverse de leurs aînés, ils mettent dans leurs bagages non pas du matériel à dessins et aquarelles pour immortaliser les impressions de leur voyage mais le calotype, qui permet d’obtenir à partir d’un négatif autant de tirages positifs souhaités.
A l’inverse de son concurrent français qui, lui, possède l’avantage d’offrir des prises de vue précises. Le patrimoine artistique et naturel italien est dès lors répertorié de manière méthodique.

Giacomo Caneva. La pinède de Castel Fusano (c) FratelliniAlinariContrairement à toute attente, c’est le daguerréotype qui connaît le plus grand succès commercial. Alors que le calotype intéresse des amateurs à la formation académique (peinture et dessin), estimant le procédé anglais plus apte à transcrire l’atmosphère romantique des paysages italiens.

James Graham. Vésuve, coulée de lave de 1858/60 (c) FratelliniAlinariC’est ainsi que différents genres photographiques naissent. Paysages et monuments en ruines sont capturés sur négatif papier tandis que les portraits et les scènes populaires sont mieux révélés par le calotype.
L’arrivée de la photographie en Italie permet également d’être témoin de l’unification du pays, alors divisé en sept Etats, suite au Congrès de Vienne (1815). L’artiste Gustave le Gray (1820-1882) suit avec d’autres intellectuels français le périple de Garibaldi et se sert de la technique du négatif sur papier ciré sec pour photographier les événements siciliens de 1860.

Gustave de Beaucorps. Rome, San Pietro in Vincoli (c) collection privéeLe Gray est l’un des derniers à se servir du négatif papier. Les avancées techniques des années 1860 permettent la création du négatif sur verre au collodion, qui évite les effets flous du papier. Mais lui ôte par là-même l’essence artistique des premières oeuvres photographiques.

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“Après plus d’un siècle de désintérêt, la redécouverte de la valeur esthétique intrinsèqie du négatif, comme de sa place dans la compréhension et l’appréciation du médium photographique se mettra progressivement en place d’abord dans les pays anglo-saxons, puis en France et en Italie, à partir des années 1980”, commente Anne Cartier-Bresson, commissaire scientifique de l’exposition (conservatrice générale en charge de l’Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris).

Une exposition pour les amateurs de photographies, qui permet d’admirer un fonds d’oeuvres rares en provenance d’Italie, pays essentiel dans l’histoire des arts. Elle complète à point celles présentées précédemment au musée d’Orsay (cf ici et ).

A noter: le Petit Palais s’associe à la Maison du geste et de l’image pour sensibiliser les adolescents à découvrir la photographie argentique ou numérique en labo noir et blanc ou sur logiciels de traitement d’image. Plus d’infos ici.

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