Révolution féminine au MNAM!

Agnès Thurnauer. Portraits Grandeur Nature, 2007-2009. Résine et peinture époxy. JNF Productions (c) Adagp, Paris 2009elles@centrepompidou.fr

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Centre Pompidou, niveaux 4 et 5, Place G. Pompidou 75004, 10 à 12€ selon la période

Pour le nouvel accrochage de sa collection permanente, le musée national d’art moderne (MNAM) a choisi de retranscrire l’histoire de l’art presque uniquement à travers les oeuvres d’artistes-femmes. Une première au monde qui expose la complexité relative au positionnement de “l’Autre” dans un domaine encore dominé par les hommes. Complétant cette initiative d’envergure, le Centre Pompidou s’est associé avec l’Ina pour lancer un site inédit réunissant des vidéo de portraits d’artistes et une sélection d’oeuvres majeures de la deuxième collection au monde d’art moderne et contemporain.

“On ne naît pas femme: on le devient.” La célèbre phrase de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe (1949) résonne comme un fil conducteur à travers les 8.000 m2 consacrés aux oeuvres des artistes-femmes de la collection du MNAM. Un angle d’approche inédit, qui a pu voir le jour grâce à l’accumulation, lente mais progressive, d’oeuvres réalisées par les femmes depuis le début du XXe siècle. N’oublions pas qu’auparavant, l’art était réservé aux hommes, les femmes ne pouvaient le pratiquer qu’en tant qu’amateure.
“[…] le point de vue est celui des oeuvres dans les collections. Ni vraiment le nôtre – qui signons pourtant le choix d’une narration thématique, ni vraiment celui des artites – pourtant auteures des oeuvres acquises”, commente la commissaire Camille Moreau. “Révéler les collections ce n’est pas monter une exposition: les oeuvres sont là, les choix sont déjà faits”.

La sélection d’oeuvres par le critère du genre dénote autant d’une approche anthropologique, sociologique, politique que de l’histoire de l’art. Au-delà de la chronologie (1905-1960 pour l’art moderne, 1960-aujourd’hui pour l’art contemporain), les salles se subdivisent en effet en sections thématiques: abstraites, primitives, fonctionnelles, urbaines, surréelles, amazones, etc.. Toutes les disciplines sont représentées: peintures, sculpture, photographie, architecture, design, cinéma.

Niki de Saint Phalle. La Mariée ou Eva Maria, 1963. Grillage, plâtre, dentelle encollée, jouets divers peints. Centre Pompidou, Musée national d'art moderne / Centre de création industrielle. Photo Philippe Migeat, Centre Pompidou (c) 2009 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris 2009Les 500 oeuvres sélectionnées sont réalisées par 200 artistes-femmes. Avec des figures emblématiques comme Sonia Delaunay, Frida Kahlo, Dorothea Tanning, Joan Mitchell, Suzanne Valadon, Diane Arbus, Eileen Gray, Charlotte Perriand, Dora Maar, Niki de Saint Phalle, Louise Bourgeois, Annette Messager, Karen Knorr, Tatiana Trouvé, Sophie Calle, Matali Crasset…

Quant au site de l’événement, il réunit quelque 200 films et vidéos, oscillant entre portraits d’artistes et commentaires d’oeuvres, textes critiques et citations. Le blog associé permet de se tenir informé des actualités associées au nouvel accrochage: conférences, lectures de texte, cycle de films.

Enfin, un catalogue de 380 pages complète ce panorama de l’art au féminim, qui illustre l’histoire des femmes du XXe siècle.

Si l’initiative est surprenante et bienvenue dans l’Hexagone, où la parité hommes-femmes ne représente encore qu’une belle idée théorique, sa mise en pratique au sein du MNAM m’a quelque peu déçue au fil des salles. Les oeuvres exposées incarnent certainement les différents mouvements qui composent l’histoire de l’art. Néanmoins, je ne trouve pas que la sélection mette toujours en valeur le talent des artistes-femmes. Pour être plus précise, les premières oeuvres, de Suzanne Valadon à Shirin Neshat, m’ont plues tant par leur recherche formelle que fondamentale. Ensuite, la quête artistique des auteures résumée dans de petits cartels dans les salles, a pu, à quelques exceptions près (Sanja Ivekovic, Sophie Calle, Matali Crasset), me laisser perplexe…
En revanche, le site et le catalogue m’ont convaincus. Notamment les textes d’Elisabeth Lebovici sur La gêne du féminin (*) et celui d’Eric Fassin sur Le genre en représentations (#). En voici de brefs extraits pour vous donner le ton.

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(*) “Le malaise se reflète dans les difficultés éprouvées à trouver un intitulé attractif, concis, qui fasse mouche. Femmes, au féminin, féminin, femelle… Quelle galère! Accolé au vocabulaire de la création, le féminin fait tache. […] Pire, la recherche lexicographique dresse un bilan constertant: ‘alter ego, amante, bobonne, bonne femme, bourgeoise, commère, compagne, concubine, conjointe, cotillon, créature, dame, demoiselle, donzelle, femelle, femmelette, fille d’Eve, frangine, légitime, matrone, maîtresse, moitié, mousmé, muse, ménesse, nana, nénette, personne, rombière, régulière, égérie, épouse’. Voilà, de a jusqu’à é, la liste de noms que le Centre national de la recherche scientifique (Université de Caen) dresse en guise de synonymes du mot ‘femme’. Les jugements de valeur manifestes ou latents dans ce chapelet de termes impliquent le discours ‘phallogocentrique’ dénoncé par les philosophes Jacques Derrida, Luce Irigaray ou Donna Haraway”.

(#) “En France, si la candidate socialiste recourait sans modération à la carte de la féminité, le futur président endossait avec outrance le rôle de la masculinité face aux jeunes des quartiers populaires, au risque de paraître ‘macho’. A l’inverse, outre-Atlantique, la candidate malheureuse dans les primaires démocrates a tenté de l’emporter sur son rival en l’affrontant sur le terrain de la virilité politique, pour conquérir les classes populaires blanches en se posant par contraste avec lui, en ‘vrai mec’. Cette posture quelque peu paradoxale aide d’ailleurs à prendre conscience que le genre n’est pas le simple reflet (social) du sexe (biologique); autrement dit, la masculinité et la féminité ne renvoient pas seulement au fait qu’il y a des hommes et des femmes: il s’agit bien de représentation”.

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3 réponses à Révolution féminine au MNAM!

  1. camille dit :

    une approche certes inédite mais un peu radicale…
    Il y a des manières plus conviviales de faire aujourd’hui, pour valoriser le travail des artistes femmes, que de mettre les hommes dehors…
    Almanart pose ce débat et laisse la parole à tous : n’hésitez pas de donner votre avis, merci sur : http://www.almanart.com/exposition-elle-pompidou

  2. Ping :Kiki de Montparnasse 75008, Galeries nationales du Grand Palais

  3. Ping :A pied d'oeuvre(s) Monnaie de Paris

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