Une histoire de l’humanité

Thomas Cole (1801-1848). Le Destin des empires, La Destruction, 1836. Huile sur toile (c) The New York Historical SocietyUne brève histoire de l’avenir

Jusqu’au 4 janvier 2016

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Catalogue de l’exposition : 

Musée du Louvre, Hall Napoléon, Paris Ier

A partir du livre éponyme de Jacques Attali publié en 2006, le musée du Louvre traduit son histoire de l’humanité en musée imaginaire, confrontant des oeuvres du passé à celles d’aujourd’hui. Une invitation au voyage dans le temps et l’espace, pour mieux appréhender l’avenir.

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Si l’exposition est partie du livre de Jacques Attali qui raconte l’histoire de l’humanité, depuis l’aube des temps jusqu’à l’an 2060, l’auteur, ici conseiller scientifique de l’expo, précise : “mon rôle se limita à débattre avec les commissaires [Jean de Loisy (président du Palais de Tokyo) et Dominique de Font-Réaulx (directrice du musée national Eugène Delacroix)] des thèmes de mon livre ; ils m’ont ensuite montré des oeuvres par centaines. J’ai donné mon avis. Ils ont choisi. Ce sont leurs expositions. Pas les miennes [au même moment à Bruxelles, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique interprètent le même essai]”.

Alors, comment se traduit une pensée en exposition ?

En guise de prologue, le visiteur est accueilli par une installation de Geoffrey Farmer. Elle évoque la forme circulaire de la roue du dharma qui tente d’apporter une perspective métaphysique à l’ensemble des événements incohérents formant l’histoire de l’humanité. G. Farmer a découpé des photographies d’oeuvres d’art occidental, qu’il a collées sur des baguettes en bois, telles les marionnettes d’un théâtre d’ombres manipulées par une main invisible.

Geoffrey Farmer (né en 1967), Boneyard, 2013/15. Papiers découpés, bois, colle (c) Courtesy of Geoffrey Farmer and Casey Kaplan, New York / Photo : Jean Vong

Au seuil de l’exposition, l’oeuvre de Kris Martin, Mandi III, nous renvoie à notre non-connaissance du futur en présentant un tableau d’affichage d’horaire et de destination de train/d’avion où rien n’apparaît. On attend en vain que le tableau affiche quelque chose à chaque roulement de socle.

Le visiteur est dès lors renvoyé à La Parabole des aveugles (fin XVIe siècle) de Pieter I Bruegel, dont une copie est présentée à l’entrée de l’exposition, qui représente des aveugles tombant inéluctablement hors du chemin.

Copie d'après Pieter I Bruegel (1525-1569), La Parabole des aveugles, fin du XVIe siècle. Huile sur toile (c) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Photo Michel Urtado

Le parcours est ensuite divisé en quatre thématiques : l’ordonnancement du monde, les grands empires et leur chute, la multiplication des centres du monde et quid de l’avenir ?

Parmi les chefs-d’oeuvre à découvrir figure l’ensemble du cycle de Thomas Cole, Le Destin des empires, exposé pour la première fois en France, dépeignant en cinq toiles l’essor de l’Empire romain avant sa chute. Si décadence il y a, les historiens des années 1830 y voient également la naissance d’un autre empire, celui des Etats-Unis, constitué en nation indépendante en 1776. Mais aussi sa chute car malheureuse coïncidence de l’Histoire, les deux dernières toiles du cycle (vers 1835) ont été conçues sur le lieu même où le World Trade Center a été érigé au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

Autre oeuvre fascinante : le Paravent de la conquête de Mexico de Wael Shawky, dont un pan décrit le saccage de Mexico et l’attaque des Aztèques contre Moctezuma, furieux que leur empereur les ait poussés à se soumettre à l’envahisseur espagnol. L’autre versant montre l’harmonieuse reconstruction par les conquérants de la cité, couverte d’églises, de jardins et de fontaines. Or l’artiste a calciné cette version idyllique pour évoquer le choc des civilisations et interroger la pérennité du modèle occidental, autrefois destructeur et bientôt détruit à son tour.

Dans la section suivante, Camille Henrot et Ugo Rondinone associent création poétique et transmission des savoirs. La première réinterprète par la pratique de l’art floral japonais (ikebama) une sélection de livres qui l’ont émus. Le second construit avec Diary of Clouds, une bibliothèque de nuages, tentant de capturer leurs formes mouvantes, à l’instar du grand Constable.

Ugo Rondinone (né en 1964). Diary of Clouds, 2007/08. Bois et cire (c) Galerie Eva Presenhuber (c) Ugo Rondinone

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Plus loin, Chéri Samba illustre par une série de peintures toujours aussi colorées et satiriques la destruction du monde par l’homme.

Comme en atteste le fragment de L’Ombre de Rodin, retrouvé dans les décombres du World Trade Center. La collection Cantor, abritée dans les gratte-ciel new-yorkais était alors la plus grande collection nord-américaine des créations de Rodin. Ce fragment est issu d’un groupe de sculptures réalisées en préparation de l’oeuvre majeure de Rodin : La Porte de l’Enfer.

Auguste Rodin (1840-1917). L'Ombre, fragment, avant 1886. Bronze (c) Coll. particulière Cantor Fitzgerald

Ai Weiwei, lui, conclut sur une note plus positive en invitant le visiteur à s’asseoir sur les bases de colonnes anciennes encastrées dans un écrin en bois, et les considérer comme les bases d’un avenir meilleur, le tout formant une angora, et invitant à une démocratie plus participative à l’image de celles des civilisations grecques anciennes. Aimant créer des liens entre l’art et la vie, Ai Weiwei invite ici le spectateur à débattre du film, réalisé par Laurent Perreau, qui présente les propos de Jacques Attali.

Les commissaires de l’exposition ont réussi leur pari : permettre avec cette exposition de traduire une pensée en art plastique mais également de « repenser le Louvre par rapport à la création contemporaine ». Non seulement les oeuvres – anciennes ET contemporaines – sont intéressantes à observer en soi mais les liens qu’elles entretiennent entre elles rajoutent matière à penser. J’apprécie particulièrement quand une exposition propose ce jeu de rebondissement entre les oeuvres. Liens suggérés ou – encore mieux ! – que le visiteur trouve par lui-même.

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