Boldini

Les plaisirs et les jours

Jusqu’au 24 juillet 2022

Petit Palais, avenue Winston Churchill, Paris 8e

Le Petit Palais rend hommage à Giovanni Boldini (1842-1931), qui a fait carrière à Paris au tournant du 20e siècle. Excellent portraitiste, l’artiste sait également rendre l’effervescence et la modernité de la Ville des Lumières.


G. Boldini, Conversation au café, 1879. Huile sur bois © Collection particulière n° 3 Germana Dini, c/o Francesca Dini, Montecatini Terme

Né à Ferrare, Boldini a passé la majeure partie de sa vie à Paris. C’est un proche de Degas et du marchand d’art Adolphe Goupil. Il sort tous les soirs au restaurant et au théâtre, où il croque ses semblables, leurs mouvements, leur visage sous la nouvelle lumière électrique. Il devient inséparable du caricaturiste Sem et du peintre Paul Helleu.

« Ses portraits qui vont fixer à jamais le tout-Paris de la Belle Époque sont les équivalents picturaux des personnages d’À la recherche du temps perdu de Proust, l’un de ses plus grands admirateurs », commente Servane Dargnies de Vitry (conservatrice des peintures du 19e siècle au Petit Palais), co-commissaire de l’exposition.


G. Boldini, Portrait d’Emiliana Concha de Ossa; le pastel blanc. Pastel sur papier sur toile © Collection particulière

Le peintre rend à merveille la mode de l’époque, l’élégance des robes de soirée et des accessoires, imaginés par les couturiers Worth ou Poiret, et dont quelques ensembles sont présentés à la fin de l’exposition. Boldini met en avant la finesse des hanches des modèles sur lesquelles reposent les soieries, l’élancement de leurs corps jusqu’aux mains, qui deviennent d’une longueur exagérée, qu’elles soient gantées ou en train de saisir un bouquet de fleurs.


G. Boldini, Portrait de Gertrude Elizabeth (née Blood), Lady Colin Campbell, 1894. Huile sur toile © National Portrait Gallery, London

Boldini se fait le spécialiste des poses sensuelles, le coude négligemment posé sur un dossier pour soutenir une tête rêveuse, mais consciente du regard de l’observateur, la moue taquine, relevée par un rouge/rose à lèvres qui contraste avec le jais de la robe.


G. Boldini, Scène de fête au Moulin rouge, vers 1885. Huile sur toile © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Dans ses scènes de genre, Boldini préfère représenter le spectacle qui se joue non pas sur scène, comme au Moulin Rouge, mais celui des mondains en train de batifoler. Dans la rue, il saisit le moment où un homme penche sa tête à travers la vitre de la calèche pour admirer la tenue d’une passante.

Comme Degas, Boldini aime représenter les chevaux et leurs muscles en mouvement. L’agitation de la ville se fait aussi à travers les directions opposées prises par les personnages. Ça grouille et ça fourmille ! Son ami Sem disait : « [Boldini] peignait les femmes à bout de nerfs, surmenées, de ce siècle épuisant […] Ces visions fulgurantes en zigzag tels des éclairs de chaleur, tous ces frissons, ces trémoussements, , ces crispations sont bien dans la note de ces temps de névrose. »


Sem (Georges Goursat dit), Le noble faubourg, sur papier, Martin
Beauchamps, Paris

La vitalité des scènes est d’autant plus marquée dans ses petites oeuvres, celles qu’il garde dans son atelier, et dans lesquelles il s’octroie toute liberté plastique. « […] Dans ses petites pages, son génie condensé éclate comme un détonateur » (Sem).

Grâce à des touches virevoltantes, des lignes serpentines et la volonté d’un aspect non fini – bien innovant pour l’époque -, Boldini saisit magnifiquement la frénésie de son époque. Un artiste éblouissant d’originalité ; à découvrir !

Taggé .Mettre en favori le Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.