Derrière les mythes de Babylone

Lion du décor de la voie processionnelle de Marduk, regardant à gauche. Briques à glaçure. 105 x 227 x 11,5 cm. Paris, musée du Louvre (c) Photo RMN / Franck RauxBabylone

Jusqu’au 2 juin 2008

[fnac:http://plateforme.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/Exposition-BABYLONE-BABYL.htm]

Musée du Louvre, Hall Napoléon, 75001, 01 40 20 53 17, 9,50€

Babylone. Un nom qui fait rêver depuis la nuit des temps. En raison de ses trois merveilles du monde – ses jardins suspendus, ses murailles, son pont – et la légende de la tour de Babel symbolisant à elle seule à la fois l’envie et la crainte que cette ville a pu engendrer. Pourtant, derrière le mythe, se cache une véritable entité historique que le musée du Louvre entend aujourd’hui dévoiler.


Sceau-cylindre du dieu Adad. Lapis-lazuli. 12,5 x 3,7 cm, 309 g. (c) Olaf M. Tessmer / SMB-Vorderasiatisches Museum Berlin Plus de 400 oeuvres antiques jamais ou rarement montrées sont exposées au Louvre, avec des prêts exceptionnels du Brisih Museum de Londres, des Staatliche Museen zu Berlin et du Vorderasiatisches Museum. En raison de l’actualité, les collections du musée de Bagdad n’ont pu être montrées.
Malgré cette affiche affriolante, le musée du Louvre et ses partenaires se sont laissés dépasser par leur ambition. Force est de croire que la légende de la tour de Babel n’est pas si fictive!

Peter Bruegel l'Ancien, La petite tour, 1563. Rotterdam, Musée Boymans van Beuningen (c) Museum Boymans van Beuningen, RotterdamCertaines pièces présentées sont remarquables, notamment les stèles portant des inscriptions cunéiformes, La Petite Tour de Peter Bruegel l’Ancien, et les reliefs de briques à glaçure de l’époque de Nabuchodonosor II.
Mais la mise en scène de l’exposition est tellement rebutante…Des murs couleur vert-kaki, jaunâtre, mauve; d’immenses vitrines (en hauteur) avec quelques menus objets à l’intérieur; des cartels qui ne se distinguent guère et donnent rapidement envie de s’en désintéresser; et une dernière partie d’exposition qui s’étend comme pour remplir les murs à défaut de vraiment coller au sujet.

Il est vrai qu’exposer sur Babylone relève de l’intrépidité. « L’essence de Babyone est d’être morcelé », précisent d’emblée les commissaires de l’exposition, Béatrice André-Salvini et Sébastien Allard. « Les données de l’archéologie sont partielles, les sources abondantes mais fragmentaires, les traditions multiples et éparses ». Soit. Le British Museum va d’ailleurs présenter une version réduite de l’exposition (du 26 juin au 5 octobre 2008). Le musée du Louvre aurait du en faire autant. Et avec le sens de la mise en scène des musées britanniques, l’exposition aura certainement plus de couleurs!

Mais loin de vouloir donner trop d’importance à la forme, je vous livre les grandes lignes de l’histoire de cette ville car elle se révèle passionnante.

Babylone est fondée durant le IIIe millénaire avant J.-C.. Dès l’origine, les savants scribes de Babylone la parent d’un statut de ville sainte ancienne pour lui donner une légitimité historique, mêlant ainsi la légende à l’histoire dès sa création.

Babylone est conçue à la fois comme une ville royale et comme le centre du cosmos. « Babylone » signifie le lien entre le ciel et le monde inférieur. C’est une ville hors norme où la terre rejoint le ciel.

La civilisation babylonienne rayonne sur tout le Proche Orient antique, aux IIe et Ier millénaire avant J.-C. La splendeur de la ville, liée à son statut de grande capitale érudite, rayonne même aux temps les plus sombres de son histoire. Son unité à travers les siècles (malgré ses différents occupants) réside dans sa civilisation cunéiforme.

Code de Hammurabi. Basalte, Suse. 225 x 65 cm. Paris, musée du Louvre (c) Photo RMN / Christian LarrieuLe règne de Hammurabi (début du XVIIIe siècle avant J.-C.).
C’est sous son pouvoir que la ville devient un grand centre culturel et religieux. Fondateur de Babylone, Hammurabi est à l’origine de la renommée de la ville. Les temples principaux dont l’emplacement forme le noyau central du plan de la ville sont érigés durant cette période. Le Code d’Hammurabi est la pièce maîtresse de cette section. Stèle de plus de 2m de haut, elle constitue la plus célèbre et la plus complète des codes de lois de l’Antiquité.

IIe moitié du IIe millénaire avant J.-C..
Si Babylone connaît un recul politique, elle demeure un centre culturel international grâce à la diffusion de l’enseignement donné par ses scribes. La langue babylonienne représente la langue diplomatique et culturelle de l’Iran à l’Egypte.

Nabuchodonosor II (605-562 avant J.-C.).
La dissolution de l’empire assyrien et un regain nationaliste redorent le blason de Babylone, qui est élevée au rang de centre cosmique. L’ère de Nabuchodonosor porte la ville à son apogée. Babylone symbolise l’harmonie du monde grâce à la puissance de Marduk, dieu suprême de la ville. Cette vision cosmologique conditionne l’entité architecturale et décorative de Babylone. Les reliefs en briques à glaçure colorée donne un aperçu du décor architectural. Le lion (attribut de la déesse Ishtar), le dragon (symbole de Marduk) et le taureau (attribut du dieu de l’orage, Adad) représentent les figures symboliques de la ville. Babylone est entourée de murailles et abrite en son centre une tour à étages (ziggurat) qui engendre la légende de la Tour de Babel.

La perte d’indépendance.
Le roi des Perses Cyrus le Grand conquiert Babylone en 539 avant J.-C.. Puis c’est au tour du macédonien Alexandre le Grand de s’emparer de la ville (330 avant J.-C.), avant de la céder aux Parthes entre 141 avant J.-C. et 122 avant J.-C.. Ironie du sort, le plus grand admirateur de la Tour, Alexandre le Grand, est responsable de son démantèlement. Voulant assainir le terrain sous la Tour, il la fait déplacer brique par brique. Mais le roi meurt avant d’avoir eu le temps de la faire rebâtir à son emplacement initial.

Frank Lloyd Wright, monument dédié à Harun al Rashid pour son 'Plan for Greater Baghdad', 1958. Frank Lloyd Wright Foundation à Scottsdale, Arizona (c) Frank Lloyd Foundation, Scottsdale, AZL’héritage culturel de Babylone.
Jusqu’au Moyen-Age, de l’Inde à Rome, le legs babylonien influence les sciences et la littérature occidentales et orientales. Principaux apports: conception de l’histoire (les chroniques et listes dynastiques inspirent les rédacteurs de la Bible et les auteurs classiques), enseignement (dictionnaires multilingues élaborés dans le Proche Orient antique), sciences (lois, poids et mesures, astronomie, astrologie, divination – la transmission majeure des savants chaldéens à la civilisation occidentale est la division du cercle en 360° et les douze mois de l’année), littérature, thèmes iconographiques qui influencent les thèmes bibliques (notamment le Déluge) et la littérature grecque (Homère, les fables), politique (modèle de gouvernement), architecture (cf. le projet de reconstruction de Bagdad par Frank Lloyd Wright au XXe siècle).

John Martin, La destruction de Babylone, 1831. BnF, cabinet des estampes (c) BnFLégendes attachées à Babylone.
Si la ville est objet d’admiration de ses contemporains, Babylone devient dans le monde biblique la ville pécheuse par excellence. Elle se mue en ville de malédiction en raison de sa tour qui symbolise l’orgueil de ses habitants et de son roi Nabuchodonosor, archétype du roi maudit (dans l’Apocalypse de Jean, Babylone incarne la ville du diable et est référée comme la « grande prostituée »). C’est l’antithèse de Jérusalem, ville détruite au moment même où Babylone atteignait son apogée…
A l’inverse, pour les historiens antiques, Babylone abrite trois des sept merveilles du monde (deux sont communément retenues: les jardins suspendus et la muraille). Cette fascination conduit à une déformation des faits historiques qui donne naissance à la création des légendes des Sémiramis et de Sardanapale. Au fil des siècles, la légende efface la vérité historique de la ville, confortée par l’absence de trace archéologique. Il faut attendre le début des fouilles en Mésopotamie (milieu du XIXe siècle), sur le site de l’ancien royaume d’Assyrie, puis le déchiffrement des inscriptions cunéiformes (2e moitié du XIXe siècle) pour que la ville retrouve une réalité historique.

Mais aujourd’hui encore, l’image liée à Babylone résulte d’une bonne dose d’imaginaire, confortée par notre culture judéo-chrétienne…

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