Archives inédites de la guerre civile espagnole

Agusti Centelles. Famille de Républicains, Barcelone, 25 juillet 1936. Tirage argentique. Archives Centelles, Barcelone (c) Adagp, Paris 2009Agusti Centelles – Journal d’une guerre et d’un exil, Espagnee-France, 1936-1939

Jusqu’au 13 septembre 2009

Jeu de Paume – Hôtel de Sully, 62, rue Saint-Antoine 75004, 5€

Pour la première fois présentée en France, l’oeuvre d’Agusti Centelles (1909-1985) apporte un témoignage bouleversant sur la guerre civile espagnole et l’exil des miliciens républicains vers la France. Les salles voûtées de l’Hôtel de Sully s’accordent avec l’humeur qui ressort des photographies. Glissant progressivement de l’espoir à l’effroi de la défaite contre les fascistes.

L’exposition s’articule en deux parties, de la résistance provisoire des Républicains contre le putsch du Général Franco (18 juillet 1936) à l’exil. En passant par les combats au front, des Pyrénées aragonaises jusqu’à Teruel.

Agusti Centelles est déjà un photoreporter connu lorsque le coup d’Etat militaire éclate. Le lendemain, le 19 juillet 1936, il prend sa photographie la plus célèbre: trois gardes d’assaut tirent dans la Calle Diputacio (Barcelone), derrière les cadavres de deux chevaux.

S’ensuivent d’autres photographies de choc dont celle d’un procès militaire, normalement tenu à huit clos, contre des factieux (Barcelone, août 1936). Durant le conflit, Centelles capture autant les images de combat – attention aux âmes sensibles – que la vie quotidienne des civils à Barcelone.

Tout juste deux mois après la naissance de son premier fils, Sergi, avec Eugenia Marti (épousée en 1935), Agusti est mobilisé dans l’Unité des services photographiques de l’armée (1937). Un an plus tard, il est nommé responsable du Cabinet photographique du service d’information militaire.

Son implication au niveau ministériel le contraint à fuir son pays natal lorsque les troupes de Franco parachèvent leur coup d’Etat. Il a pris la précaution d’apporter avec lui son Leica ainsi qu’une valise d’archives photographiques. En 1939, A. Cendelles franchit la frontière française aux côtés de nombreux réfugiés républicains. C’est l’exode. Le photographe est envoyé dans un camp de réfugiés à Argelès-sur-Mer, puis à Bram (Aude).

Agusti Centelles. Camp de réfugiés de Bram, 1939. Tirage argentique. Archives Centelles (c) Adagp, Paris 2009Le contre-choc de l’exil et l’humiliation de l’internement annihile les capacités photographiques de Cendelles. Son regard est comme atrophié par le suplice qu’il vit. En revanche, il parvient à tenir un journal, qui rend compte de la vie quotidienne au camp. Des citations en illustrent les murs de l’exposition et le carnet lui-même est exposé dans une vitrine.

Pour améliorer le quotidien des réfugiés, A. Cendelles organise au sein du camp, avec son ami Salvador Pujol, un commerce de portraits. Ils installent un petit laboratoire dans l’une des baraques pour développer leurs photos. Les deux compaires échangent leurs gains contre de la nourriture et la redistribuent à leurs camarades, témoignant de la solidarité qui règne entre compatriotes exilés. Le capitaine français Cassagne remarque les talents de Cendelles et l’autorise à se rendre à Carcassonne pour acheter du matériel photographique.

En septembre 1939, après une tentative avortée de départ pour le Mexique, Agusti Cendelles obtient, grâce au commandement en chef de Bram, un emploi dans un studio photographique de Carcassonne. Là encore Cendelles ouvre un laboratoire clandestin dans le sous-sol du laboratoire. Avec d’autres réfugiés espagnols, il participe à la Résistance française (1940). Mais, en 1944, la Gestapo démantèle le groupe. Cendelles confie ses archives à la famille Degeilh qui l’héberge et s’enfuit en Espagne.

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Cendelles retrouve un semblant de vie normale. Ne disposant plus de licence de journalisme, celle-ci lui ayant été retirée par le régime franquiste, il travaille comme photographe freelance pour l’industrie et la publicité. Son second fils, Octavi, naît (1947).

A la mort de Franco, Agusti Cendelles retourne à Carcassonne chercher ses archives photographiques. Pour la première fois depuis la guerre civile, ses clichés sont exposés (1976). Il reçoit le Prix national d’Arts plastiques en 1984, un an avant sa mort à Barcelone.

La force des photos est accentuée par la dramatisation du noir et blanc, les prises en contre-plongée, les gros plans. La deuxième salle est austère, sans cartels ni légendes, comme pour illustrer la dégénération mentale des exilés. Le visiteur est directement confronté à la désolation du camp, aux conditions de vie précaire, même si on est loin des images de camp de confrontation. Un film en fin de parcours retrace en images et en son certains passages du journal de Centelles. Les Français découvrent ici un autre versant des vicissitudes de la Seconde Guerre mondiale.

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Une réponse à Archives inédites de la guerre civile espagnole

  1. Ces rappels sur la guerre civile espagnole mériteraient d’être dédiées à Frédérico Garca LORCA.
    Passionnantes justifiant d’en conserver les mémoires.
    P.Ménard

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