Une hirondelle ne fait pas le printemps
Jusqu’au 20 septembre 2026
Musée de la Chasse et de la Nature, 62 rue des Archives, Paris 3e
L’artiste française Annette Messager (née en 1943) investit le musée de la Chasse et de la Nature pour y jouer avec les mots et les animaux. Une thématique récurrente de son oeuvre, pourtant encore jamais explorée.

Annette Messager, Sanglier [fragment de l’ensemble Eux et nous, nous et eux], 2017. Cochon asiatique naturalisé, peluche, bois © Marc Domage
Le parcours est rythmé par la dualité. Les oeuvres issues de la propre collection de l’artiste côtoient celles du musée, on passe du sourire à la réflexion, de la joie enfantine de voir des peluches bigarrées positionnées dans d’étranges positions au questionnement sur l’image qu’elles renvoient des attitudes humaines.

Annette Messager, L’Opération, 2011. Peluches, mousse, outils, cordelettes. Courtesy Annette Messager et Marian Goodman Gallery © Annette Messager — adagp, Paris, 2026
La première oeuvre donne le ton. L’Opération (2011) présente un lapin noir en peluche écartelé dont l’intérieur est truffé de doudous colorés, avec autour de lui les outils de l’atelier qui ont servi à son éviscération. Et l’artiste de demander : « Est-ce une expérimentation scientifique menée par les hommes sur un animal sacrifié ? Ou, libérant des formes vives et vivantes, n’est-elle pas une délivrance radieuse, une césarienne joyeuse ? »

Lapin naturalisé, bois, métal, cuir. Courtesy Annette Messager et Marian Goodman Gallery © Annette Messager — adagp, Paris, 2026
Les bêtes d’Annette Messager parodient les postures humaines, autant que leurs passions et pulsions.
« Humains, trop humains, les animaux trahissent nos secrets, allégorisent nos désirs et stigmatisent nos turpitudes », commente Colin Lemoine, commissaire de l’exposition.

[série « Annette Messager collectionneuse »], 1972. Crayon de couleur sur carton. Courtesy Annette Messager et Marian Goodman Gallery © Annette Messager — adagp, Paris, 2026
Assemblage des matériaux du quotidien, accumulation et mise en scène théâtrale sont les marques de fabrique de l’artiste, qui multiplie les média artistiques : dessins, sculptures, taxidermie, objets, mots – comme cette série réalisée spécialement pour l’exposition d’expressions animalières inscrites au feutre sur papier – ou celles inscrites sur des cartes tirées des surnoms données par les hommes aux femmes (« mon oiseau des îles », « ma biche », etc.).

Son installation Le Bestiaire amoureux (1990) reprend le motif de la spirale, majeure dans le travail d’A. Messager. Elle est composée de petites aquarelles encadrées évoquant les signes du zodiaque ou les cartes de tarot, autour du langage amoureux. « L’amour n’est-il pas un acte de sorcellerie et le lieu infini des sortilèges ? » se demande l’artiste qui préfère poser des questions plutôt que de donner des réponses.

Annette Messager, Soutiens-gorge, 2015. Courtesy Annette Messager et Marian Goodman Gallery © Annette Messager — adagp, Paris, 2026
Plus ou moins convaincantes (l’assemblage de soutiens-gorge pour former une araignée ou un crabe m’a laissée perplexe!), les oeuvres amusent, intriguent, provoquent une réaction qu’elle soit positive ou négative ; en tout cas, elles ne laissent pas indifférentes.