Allemagne / Années 1920

Nouvelle Objectivité / August Sander

#ExpoAllemagne1920
@CentrePompidou

Jusqu’au 5 septembre 2022

Centre Pompidou, Paris 4e

Le Centre Pompidou propose un éclairage sur le courant de la Nouvelle Objectivité qui s’est développé en Allemagne après la Première Guerre mondiale. En réaction au sentiment d’humiliation liée à la défaite militaire, l’esthétique expressionniste est délaissée pour un idéal de standardisation, de l’effacement du Moi au profit des types normés. Des oeuvres surprenantes étayées par des cartels étonnamment très clairs !


Heinrich Hoerle, Autoportrait, circa 1931. Courtesy Bröhan Design Foundation, Berlin. Huile sur toile

L’exposition se décompose en deux parties : d’une part la présentation d’oeuvres d’artistes divers qui incarnent les différentes formes plastiques que prend la Nouvelle Objectivité (peintures, films, design) ; d’autre part une sélection de photographies d’August Sander (1876-1964) issues de sa série Menschen des 20. Jahrhunderts (Hommes du 20e siècle), dans sa tentative de classifier la société allemande des années 1920.

August Sander. Le peintre Anton Räderscheidt, 1926 © Die Photographische Sammlung / SK Stiftung Kulture – August Sander Archiv, Cologne / Adagp, Paris 2022

Prologue. George Grosz représente des bâtiments géométriques derrière un mannequin articulé, sans main ni visage, dans Sans Titre [Construction], 1920). Alexander Kanoldt dépeint le village italien d’Olevano vidé de tout romantisme, d’élément pittoresque, et de vie dans Olevano II (1925). Franz Wilhelm Seiwert assimile ses Travailleurs à des Playmobils interchangeables marchant devant des usines (1925). Tous témoignent de la volonté d’effacer les singularités pour recourir à des modèles uniformes, reproduits en série. Les particularités physiques sont gommées au profit de la mise en avant de l’appartenance sociale. D’où le travail du photographe August Sander qui cherche à catégoriser des individus en fonction de leur métier.

Gert Heinrich Wollheim apporte un brin de folie dans cette rigueur normalisatrice en se représentant en dandy, entourée de femmes aux costumes fantaisistes et aux gestes emphatiques. Adieux à Düsserldorf (1924) signe son au-revoir à une jeunesse tumultueuse pour une vie – une oeuvre – plus rangée.

S’ensuit une sélection de natures mortes qui se veulent « objectives », et pures, mais non dénuées de sensibilité telle la série d’Aenne Biermann (Ciboule, Cerfeuil des Alpes, Ficus elastica, Oeufs, 1926/28).


Carl Grossberg, Autoportrait, 1928. Huile sur bois. Collection particuliere, Allemagne / Germany. Photo credit: Grisebach GmbH

Dans les années 20, l’historien de la littérature Helmut Lethen perçoit l’apparition d’un nouveau type social, la persona froide. Elle consiste à afficher un masque de froideur et d’indifférence pour cacher le sentiment de honte lié à la défaite de la guerre et la fin du grand empire allemand. Ainsi Le Profiteur (1920/21) d’Heinrich Maria Davringhausen cumule les attributs qui identifient son métier et sa classe sociale (cigare, téléphone, stylo élégant) élevée mais présente un visage impassible, comme indifférent à sa réussite financière.


Otto Dix, Portrait du marchand d’art Alfred Flechtheim, 1926. Huile sur bois. Staatliche Museen zu Berlin Preußischer Kulturbesitz, Nationalgalerie, Berlin © Adagp, Paris, 2022. Photo © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Jörg P. Anders

Otto Dix dresse des portraits caricaturaux des types de métier : l’avide marchand d’art juif (Portrait d’Alfred Flechtheim, 1926) ou celui de la danseuse provocatrice, toxicomane et bisexuelle Anita Berber (1925).

De son côté, Heinrich Maria Davringhausen donne l’illusion, dans Le Rêveur (1919), de représenter un homme élégant assis à sa table, perdu dans ses pensées alors que sur sa table repose un rasoir ensanglanté qui a servi à mutiler une femme dont le cadavre gît sur son lit à l’arrière-plan.

La critique de l’uniformisation et de la standardisation du travail apparaît dans les oeuvres finales avec Karl Völker (Gare, 1924/26) qui représente une gare flambant neuve, fonctionnelle, pour aider les travailleurs à mieux se rendre dans leur lieu d’un travail aliénant.

Volte-face également pour Sander qui illustre les conditions de vie des travailleurs étrangers ukrainiens en Europe de l’Est, tandis que son fils photographie celles des prisonniers politiques dans la prison de Siegburg. « Un hommage qui apporte une autre signification à son grand récit des Hommes du 20e siècle, commente Florian Ebner, co-commissaire de l’exposition.

Très sobre dans sa présentation, avec des petits cartels clairs et concis, cette exposition est nette et efficace avec des oeuvres originales. Une belle surprise !

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