Kurosawa, cinéaste et dessinateur

Ran, 1985. Dame Kaede se jetant sur Jiro dans le donjon du troisième château (c) Kurosawa Production Inc. Licensed exclusively bu HoriPro Inc.KUROSAWA Akira – Dessins

Jusqu’au 11 janvier 2009

Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, avenue Winston Churchill 75008, 7€

Avec une iconographie tout aussi complexe que la culture zen, les dessins de KUROSAWA Akira s’apparentent à des oeuvres autonomes qui reflètent l’atmosphère des films de ce grand cinéaste japonais. Un art qui mêle des spécificités artistiques nationales et une forte influence occidentale, liée à l’ouverture du pays sous l’ère Meiji pendant laquelle vécut KUROSAWA.

DEUXIEME PARTIE: LES DESSINS DE KUROSAWA

Les dessins de KUROSAWA Akira (1910-1998) fonctionnent comme des oeuvres à part entière, qui ne nécessitent pas d’avoir vu – même si c’est mieux! – les films du cinéaste.

Le parcours propose 87 dessins, conçus pour ses derniers films. Lors d’un entretien avec le peintre UMEHARA Ryûzaburô, KUROSAWA explique pourquoi il réalise des dessins: “[…] je ne me situe pas sur un plan artistique. Je souhaite juste qu’ils servent aux acteurs et leur permettent de mieux saisir le sens ou l’ambiance de certaines scènes.”

Ran, 1985. Hidetora erre dans l'enceinte du château d'Azusa au milieu des ruines (c) Kurosawa Production Inc. Licensed exclusively bu HoriPro Inc.De fait, les dessins de KUROSAWA sont chargés d’une forte dose émotionnelle. Le choix précis des couleurs indique la psychologie des personnages. Telle Dame Kaede, représentée les yeux dorés pour exprimer la folie qui la gagne, sa soif de vengeance. “La carnation des personnages change en fonction de leur état intérieur”, explique Charles Villeneuve de Janti, commissaire de l’exposition. Hidetora Ichimonji, trahi par ses fils qui lui font la guerre, erre sur un champ de ruine. Son visage devient progressivement verdâtre – couleur signifiant qu’il passe dans l’au-delà (l’autre monde pouvant indiquer la mort ou la folie).

Kagemusha, 1980. La lune rousse sur l'enceinte sacrificielle du château de Takatenjin (c) Kurosawa Production Inc. Licensed exclusively bu HoriPro Inc.Pour imprimer le mouvement à des scènes de bataille, Kurosawa joue sur la position plus ou moins levée des lances. Dans ses films, le cinéaste choisit toujours de représenter la confrontation des armées avant le combat et/ou lechamp de ruine qui s’ensuit, mais jamais la confrontation elle-même, précise C. Villeneuve de Janti. D’où la dramatisation des scènes (cf. cet homme qui tient son bras perdu dans son autre main – dessin qui rappelle une série du peintre Jacques Callot) et la transmission, peut-être, d’un message antimilitariste. “Les Japonais ont été profondément marqués par la Seconde Guerre mondiale”, rappelle le commissaire de l’exposition. Non seulement, ils ont été occupés par les Américains, mais ils ont vécu l’horreur de deux bombes atomiques.

La fascination des Japonais pour les Américains n’en demeure pas moins forte. KUROSAWA dit avoir été influencé par John Ford, tandis que lui-même a marqué Georges Lucas (Les Sept Mercenaires s’inspire directement des Sept Samouraïs de KUROSAWA) et Francis Ford Coppola.

Rêves, 1989. Le vieux meunier (Le village des moulins à eau) (c) Kurosawa Production Inc. Licensed exclusively bu HoriPro Inc.Au niveau pictural, KUROSAWA exprime son ouverture d’esprit et son goût pour l’art occidental en rendant hommage dans ses dessins à Marc Chagall [cf. Versant de montagne (Je vole)], Vincent Van Gogh (cf. Le vieux meunier, Un vieil homme et moi), Renoir, Cézanne, Rouault mais aussi Paolo Ucello (La bataille de San Romano, exposée au Louvre), ou encore J. A. McNeill Whistler (Le Pont de Battersea se retrouve dans La Lune sur les ruines).

Le cinéaste s’inspire également de sources littéraires occidentales tels Shakespeare (cf. son film Ran, synthèse du film des Sept Samouraïs et du Roi Lear de Shakespeare), Dostoïevski ou encore Tolstoï.

Descendant de samouraïs, Kurosawa commence une carrière de peintre avant de s’orienter vers le cinéma. Il ne recommence à peindre qu’à partir de 1978. Le cinéaste reçoit le Lion d’or au festival du film de Venise pour Rashomon (1950), la Palme d’or du festival de Cannes et le César du meilleur film étranger pour Kagemusha (1980). En effet, les films de KUROSAWA posent des question essentielles: Kagemusha invite le spectateur à réfléchir sur les questions d’identité et de l’ambition, Ran s’emploie à analyser la folie et la vengeance, Rêves – une série de court métrages inspirés des propres rêves de KUROSAWA – décrypte le traumatisme des attaques nucléaires.

Ainsi, l’exposition présentée au Petit Palais retrace la biographie et l’art de KUROSAWA à partir de ses dessins, qui construisent un pont remarquable entre l’Orient et l’Occident. Un voyage initiatique qui aurait plu au cinéaste.

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