Éternel Tintoret

Jusqu’au 24 janvier 2027

Musée Jacquemart-André, 158 boulevard Haussmann, Paris 8e

Le musée Jacquemart-André présente l’oeuvre de l’un des plus grands peintres de l’âge d’or vénitien (XVIe siècle), Jacomo Tintoretto, dit Tintoret. En dépit de la « petitesse » des salles du musée, le rendu de la grandeur du travail du maître est éblouissant.


Tintoret, Autoportrait, vers 1588. Huile sur toile, Paris, Musée du Louvre, département des Peintures Crédit photo : © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Avec Titien (1488-1576) et Véronèse (1528-1588), Tintoretto (1518-1594) a marqué les esprits de son temps aussi bien que ceux de la postérité. Ornant de ses fresques nombre d’églises et de scuole vénitiennes, Tintoret se distingue par son côté frondeur, son ambition de s’emparer des canons de la Renaissance pour mieux les détourner.

Durant sa carrière, entièrement passée à Venise, Tintoret a peint près de 650 tableaux, précise Pierre Curie (conservateur du musée Jacquemart-André). Ce volume a été rendu possible grâce à sa vélocité. « Il peint comme il dessine. Il débute par un empâtement de gris-brun, souvent visible sur la toile, qu’il va ensuite étaler et travailler avec d’autres couleurs ». Cette vivacité d’exécution (prestezza) et ce rendu non léché lui seront reprochés par le critique d’art Vasari, par exemple, mais sera très appréciés des peintres français du XIXe siècle puis des Romantiques.


Tintoret, Le Miracle de saint Augustin, 1547-1549. Huile sur toile. Musei Civico di Palazzo Chiericati . Crédit photo : Musei Civici di Vicenza – Museo Civico di Palazzo Chiericati

La première salle montre la maturité du jeune peintre, qui s’inspire de la Bible et de l’histoire des saints, pour mettre en oeuvre des gestes dynamiques qui invitent le public dans la scène. Ses vues en contre-plongée sont étourdissantes, et les effets de lumière dramatiques (Le Miracle de saint Augustin).


Tintoret, Suzanne et les vieillards, vers 1555-1556. Huile sur toile. Vienne, Kunsthistorisches Museum, Gemäldegalerie . Crédit photo : © KHM-Museumsverband

La deuxième salle expose des oeuvres sensuelles de nus féminins, qui sont loin de jouer les potaches ! Dans Suzanne et les vieillards, le corps de la jeune femme dénudé permet de critiquer le voyeurisme des hommes et leur désir déplacé.

Tintoret et atelier, Sainte Catherine d’Alexandrie et un ange, vers 1557-1570. Huile sur toile. Collection particulière. Crédit photo : private collection. All rights reserved

Tintoret souhaite rendre accessible la peinture d’Histoire au peuple et à la bourgeoisie – fidèles qui fréquentent les églises dont il pare les murs. Il désacralise les scènes en introduisant des détails vernaculaires, apporte une touche d’ironie, et développe la théâtralité des couleurs. « En ce sens, il préfigure le mouvement baroque », commente P. Curie.


Atelier de Tintoret, Portrait d’homme, vers 1547-1555. Huile sur toile. Besançon, musée des Beaux-arts et d’Archéologie Crédit photo : © Besançon, musée des beaux-arts et d’archéologie – Photographie E. Chatelain

Puisque Tintoret offre ses toiles aux églises, pour gagner sa vie, il peint des portraits. Il apporte une attention particulière à l’âme intérieure de ses sujets, particulièrement expressive dans leur regard. Le portrait participe à sa renommée auprès des élites vénitiennes. Là encore il détourne les codes du genre en choisissant un cadrage resserré, une confrontation directe et une palette restreinte qui contraste avec la luminosité du regard (Portrait d’homme d’Oxford). À l’image des scènes bibliques, la touche des portraits se fait légère, fluide, dynamique.


Paul Cézanne, La Tentation de saint Antoine, vers 1870. Huile sur toile.
Zurich, Kunsthaus Zürich / Foundation E.G. Bührle Collection . Crédit photo : Kunsthaus Zürich

Les deux dernières salles se focalisent sur la postérité de Tintoret. Delacroix, Manet, Cézanne ont célébré ses compositions, sa lumière et ses couleurs, qui concourent à transposer une émotion plus forte que le sujet lui-même, qu’il soit mythologique ou religieux.

Une magnifique exposition pour une rentrée culturelle en beauté !

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