Peintures de la Hispanic Society of America – De Greco à Velázquez
Jusqu’au 2 août 2026
Musée Jacquemart-André, 158 boulevard Haussmann, Paris 8e
Le musée Jacquemart-André accueille une sélection pointue de la Hispanic Society of America (New York), le temps que la célèbre institution termine ses travaux. Le parcours est centré sur le Siècle d’or espagnol avec des oeuvres de ses plus grands maîtres, dont Greco, Velázquez et Zurbarán.

Le Siècle d’or espagnol s’étend du début du XVIe à la fin du XVIIe siècle. C’est une ère d’effervescence artistique alors que la péninsule ibérique domine la majeure partie de l’Europe, l’Amérique latine, et même l’Asie (Philippines).
Cette richesse économique liée aux échanges commerciaux et une colonisation par assimilation (mélange avec les autochtones) contribue à forger un style baroque, fondé sur la synthèse des influences flamandes, italiennes, et latino-américaines.
Le style baroque mêle ainsi la sobriété protestante au faste méridional en passant par l’inclusion de matières exotiques comme la nacre. La peinture espagnole baroque se distingue également par sa puissance mystique.

Si épure il y a, elle reste de façade car les portraits de l’aristocratie et de la royauté révèlent le luxe de leurs étoffes parmi lesquelles la soie et le velours (Portrait de Philippe IV, roi d’Espagne, vers 1645-50, de Juan Carreño de Miranda).

Pietà, vers 1574-1576. Huile sur toile. Photo: courtesy of The Hispanic Society of America, New York
La seconde salle témoigne de l’influence italienne chez les peintres espagnols comme Luis de Morales, surnommé lo divino, qui importe le sfumato de Léonard de Vinci en Espagne (Vierge à l’Enfant au fuseau, 1566-1570). Le Greco, qui émigre dans la péninsule ibérique sous Philippe II, cherche à unir les coloris libres du Titien à l’expressivité et la musculature des figures de Michel-Ange (Pietà, vers 1574-75). « Cette salle présente l’unique dessin de l’exposition, réalisé par El Greco, et exposé pour la première fois au public », précise Guillaume Kientz, co-commissaire de l’exposition.

Passage outre-Atlantique avec des artistes du Nouveau Monde, d’où le royaume d’Espagne importe son or, qui est incorporé dans des oeuvres de dévotion, au cadre magnifiquement sculpté (Les Noces de Cana, 1896, du Mexicain Nicolás de Correa). Les scènes où la nacre attire la lumière veulent transcrire l’idée du sacré, du divin.

Viennent ensuite des huiles sur cuivre telle l’Immaculée Conception (vers 1640) de Fray Alonso López de Herrera, thème central de la piété hispanique. Le cuivre permet d’intensifier l’éclat du bleu céleste et de la lumière divine.
La première influence du Caravage chez les artistes hispaniques se révèle chez Baltasar de Echave Ibia (Saint Jean Baptiste à la source, vers 1930). Son oeuvre atteste que le Nouveau Monde connaît les innovations artistiques européennes et l’adapte rapidement.
L’avant-dernière salle est consacrée au grand maître Velázquez, qui révolutionne l’art du portrait. Figure dans cette salle une huile retrouvée, Scène de cuisine (1617), qui serait plutôt « le fragment d’une composition plus grande et un exercice d’atelier », ajoute G. Kientz, comme le révèle les problèmes d’échelle.
Citons aussi la représentation de Donna Olimpia Maidalchini Pamphilj (1650), surnommée la « Papesse », tant son rôle est important auprès du Pape Innocent X, et dont Velázquez dresse le portrait pour obtenir une entrevue auprès du Saint-Père.

Sans oublier le Portrait de jeune fille (vers 1638-42) qui insuffle la même aura que la Joconde. Dans une composition sobre et des coloris austères, le spectateur ne voit que son regard hypnotique « Si l’identité du modèle reste inconnue, son regard direct prouve qu’il ne s’agit pas d’une aristocrate ou d’une princesse », précise Guillaume Kientz. Il s’agirait peut-être de la petite-fille de Velázquez, Inès Manuela.

La dernière salle se clôt sur les Saintes aristocratiques de Zurbarán (Sainte Émérentienne, vers 1635-40) au rendu précis des étoffes et à la délicatesse du visage ; la Vierge à l’Enfant (vers 1669) de Bartolomé Estéban Murillo, caractérisée par une douceur lumineuse ; et en apogée finale L’Extase de sainte Marie-Madeleine (vers 1660-1655) de Luca Giordano, baignée de lumière, s’élevant au ciel, les mains en prière.
Ces oeuvres sont montrées pour la première fois au public et rassemblées hors de New York pour la dernière fois puisque l’Hispanic Society of America devrait rouvrir ses portes à l’automne 2027. Une rare chance de les admirer à Paris !