L’ambition de la peinture
Jusqu’au 20 juillet 2026
Musée de l’Orangerie, Jardin des Tuileries, côté Seine, Paris 1er
Le musée de l’Orangerie co-organise avec la Fondation Barnes (Philadelphie) une rétrospective de l’oeuvre de Henri Rousseau dit Le Douanier Rousseau (1844-1910) avec neuf toiles prêtées pour la première fois par l’institution américaine.

Huile sur toile. Photo © musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt
Cette collaboration permet la réunion dans une même salle de La Charmeuse de serpents (1907 ; musée d’Orsay) – première oeuvre de Rousseau à entrer dans les collections nationales françaises -, Mauvaise surprise (Fondation Barnes) et La Bohémienne endormie (1897 ; MoMA).
Autre point fort du parcours : les jungles prêtées par la Fondation Beyeler (Suisse), dont Lion, ayant faim, se jette sur l’antilope (1898-1905).

Le parcours débute avec le célèbre autoportrait Moi-même, portrait-paysage (Musée national de Prague) où l’on observe le peintre avec ses attributs posant dans une scène urbaine avec un effet de perspective peu réaliste, pour lequel il sera critiqué.
Henri Rousseau est alors employé municipal, chargé de prélevé l’impôt sur les marchandises entrant dans Paris (L’Octroi, vers 1890 ; The Courtauld Gallery), ce qui lui vaudra le surnom de Douanier. Il devra attendre la retraite pour pouvoir se consacrer pleinement à la peinture (1893).
Peintre autodidacte, il est considéré par ses contemporains comme un « naïf ». Lui se voit en tant que peintre indépendant moderne. Il est apprécié de Paul Guillaume, marchand parisien à l’origine de la collection du musée de l’Orangerie et conseiller du collectionneur américain Albert Barnes.

Huile sur toile. Photo © GrandPalaisRmn (musée national Picasso-Paris) / Adrien Didierjean
Ses portraits combinent une frontalité démesurée et des détails symboliques (fleurs de pensées pour évoquer la passion amoureuse) comme dans Portrait de Femme (1895 ; Musée national Picasso-Paris).

Le pouvoir symbolique des détails s’en trouve multiplier dans La Guerre (vers 1894 ; musée d’Orsay), oeuvre dans laquelle une cavalière enfantine et sauvage, vêtue de blanc, traverse un champ de ruines recouverts de corps.

Huile sur toile. Photo © Philadelphia Museum of Art
Les scènes de forêt mêlent une végétation dense à des personnages costumés comme issus de la commedia dell’arte (Un soir de carnaval, 1886 ; Philadelphia Museum of Art).

Huile sur toile. Photo © Philadelphia Museum of Art
Ses scènes de jungle s’inspirent d’une iconographie exotique populaire ou orientaliste diffusée par les Expositions universelles, et ses propres dessins réalisés dans les galeries du Muséum national d’Histoire naturelle, où il peut croquer faune et flore tropicales (Joyeux farceurs, 1906 ; Philadelphia Museum of Art).
Oeuvres connues que l’on a plaisir à redécouvrir et surprises (Rendez-vous dans la forêt, 1889 ; Washington, National Gallery of Art ou Paysage exotique avec un gorille attaquant un homme, 1910 ; Richmond, Virginia Museum of Fine Arts), font de cette exposition une réussite. Bien qu’une problématique moins linéaire aurait eu ma préférence !

Parallèlement, le musée de l’Orangerie propose un contrepoint contemporain avec quatre nouvelles oeuvres d’Alexandre Lenoir (né en 1992). Sa volonté de représenter la nature s’opère avec une technique singulière à partir de petits morceaux de scotchs qui lui permettent de « masquer, recouvrir puis découvrir » l’image sous-jacente.