Collection Simenon, les romans durs
José-Louis Bocquet (scénario) & Javi Rey (dessin)
Dargaud, 96 pages, 22,95€
Cette collection adapte en BD un « roman dur » de Georges Simenon – roman dans lequel le commissaire Maigret n’apparaît pas -. José-Louis Bocquet, qui en est à son troisième essai (après Le Passager du Polarlys, 2023 et La Maison du canal, 2025), livre un récit d’une grande force sur les préjugés raciaux des années 1930.

Germaine et Joseph Dupuche viennent de se marier à Amiens. Lui sort d’une école d’ingénieurs, elle a une place dans l’administration des Téléphones, où son père y est receveur des Postes. Joseph ne trouve pas d’emploi en province. On lui propose un poste à la Société anonyme des mines de l’Equateur (SAME) à Panama.

Le jeune couple part pour un long voyage et vit ses derniers instants de bonheur. Car la SAME fait faillite et l’argent promis sur place à Dupuche n’arrivera jamais.

Germaine obtient tout de suite une place à l’hôtel qui les héberge. Joseph a plus de mal et doit accepter des petits boulots, plus ou moins honnêtes. Ils ne se comprennent plus. Joseph, fait comme tous les colons sur place, il se console dans la chicha (alcool indigène à base de grains de maïs) et se dirige vers le barrio negro (« quartier noir »), le seul endroit où il peut se payer un loyer. Il y rencontre Véronique, une indigène qui « donne de l’amour ».
José-Louis Bocquet signe un récit vibrant qui traduit avec justesse le mépris des coloniaux pour les indigènes, mais aussi la liberté de passer outre les conventions sociales. Les dessins évoquent la douceur des teintes de Jacques de Loustal, tout en révélant la force de caractère des personnages et leurs tourments. Une BD saisissante.