Peintures des lointains

La collection du musée du quai Branly – Jacques Chirac

Jusqu’au 06 janvier 2019

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Catalogue de l’exposition : 

Musée du quai Branly – Jacques Chirac, 37 quai Branly Paris 7e

 

Le musée du quai Branly présente près d’une centaine d’oeuvres de sa collection de peintures, dont la plupart ont été restaurées pour l’exposition. Ce corpus a la particularité d’avoir été commandé et acquis en vue de l’Exposition coloniale internationale de 1931 à Paris. Les oeuvres sont ainsi dotées d’une connotation subjective : l’idéologie colonialiste…

Après l’Exposition, les toiles et dessins rejoignent les cimaises du Musée colonial, construit Porte Dorée.
Lorsque les colonies françaises accèdent à leur indépendance, les oeuvres sont mises en réserves et le musée des colonies est alors dédié aux arts d’Afrique et d’Océanie.
Ce dernier ferme à son tour ; sa collection est transmise au musée du quai Branly (2006).
Une dizaine d’années plus tard, les oeuvres sortent enfin de leurs réserves…

L’exposition présente quelque 120 tableaux d’une collection en comptant plus de 500. « Des portraits de George Catlin aux scènes de vie quotidienne du Caire d’Emile Bernard, en passant par les estampes et dessins de Tahiti signés Henri Matisse ou Paul Gauguin… C’est un voyage aux destinations multiples que propose à travers cette exposition le musée du quai Branly – Jacques Chirac en présentant pour la première fois sa collection de peintures », annonce fièrement Sarah Ligner, commissaire de l’exposition (responsable de l’unité patrimoniale Mondialisation historique et contemporaine du MQB) !

Le parcours thématique est scindé en trois parties : l’exotisme et ses clichés, la représentation de l’autre, la conquête par les artistes des espaces lointains.

La peinture exotique se caractérise par des couleurs chatoyantes (Jean Dunand, Le Flamboyant, Martinique, 1930), une nature luxuriante (Georges Michel, Principales productions d’origine végétale, vers 1930), des silhouettes idéalisées (François-Auguste Biard, Deux indiens en pirogue, vers 1860). Elle s’applique en particulier à l’Orient, aux frontières fluctuantes en fonction des pays conquis : Afrique du Nord, Asie du Sud-Est. Les peintres de la Marine, comme Charles Fouqueray (1869-1956) et Paul Jobert (1863-1942) représentent des ailleurs lointains axés sur les ports maritimes. D’autres, non formés académiquement à la peinture mais amenés à faire carrière dans les colonies, tel Paul Mascart (1874-1958), offrent des vues inédites de paysages encore peu explorés (îles de la Mélanésie, Océanie).

La représentation d’autrui alterne entre représentation stéréotypée de l’étranger (Ange Tissier, L’Odalisque dit aussi l’Algérienne et son esclave, 1860), perspective ethnographique avec une attention particulière apportée aux vêtements (Marc Alfred Chataud, Filles kabyles, seconde moitié du XIXe siècle) et au regard(Lucien Lévy-Dhurmer, Le Marocain, vers 1901). Sans oublier l’affirmation du style de l’artiste (Marie-Antoinette Boullard-Devé, Terre rouge, femme de Cochinchine, Vietanm, années 1920).

L’art devient l’instrument de la propagande coloniale (André Herviault, L’Officier administrateur, vers 1930/31, qui illustre le rôle social de l’armée passant sous silence les inégalités de droits entre colons et colonisés ou Georges Michel, Principales productions d’originale animale, vers 1930, dont la scène s’apparente à des étals de marché florissant, ignorant les conditions de travail que la force humaine représente pour les colonies).
Au début du XXe siècle, les séjours d’artistes sont encouragés dans les colonies pour transmettre les enseignements de la peinture occidentale. En échange, les artistes doivent enseigner dans les écoles des beaux-arts qui se créent comme à Hanoï et Tananarive.

On se laisse d’abord bercer par ces vues enchantées où la lumière et les couleurs nous font rêver d’un Orient paradisiaque. Avant que la raison se rappelle à nous et nous fasse porter un regard plus réaliste voire critique sur les oeuvres. Pour autant, au-delà du message de propagande indéniable, la qualité plastique des oeuvres est exceptionnelle. Alors que le renouvellement des expositions se fait attendre, celle-ci est assurément à voir !

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