Une nouvelle Sainte Trinité

Yan Pei-Ming, Les Funérailles de Monna Lisa, décembre 2008. Polyptyque, huile sur toile, détail de la toile n°3. Photo: André Morin (c) Yan Pei-Ming / Adagp, Paris, 2009Yan Pei-Ming. Les Funérailles de Monna Lisa

Jusqu’au 18 mai 2009

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Musée du Louvre, Aile Denon, 1er étage, salon Denon, entrée par la pyramide, 75001

Trois cimaises avaient été spécialement montées au musée du Louvre pour exposer Les Femmes d’Alger de Picasso d’après Delacroix. Aujourd’hui, elles supportent Les Funérailles de Monna Lisa de l’artiste franco-chinois Yan Pei-Ming d’après Léonard de Vinci. Confrontation sublime entre l’art occidental et la technique orientale.


Maquette de mise en espace des Funérailles de Monna Lisa, décembre 2008. Photo: André Morin (c) Yan Pei-Ming / Adagp, Paris, 2009Yan Pei-Ming (né en 1960 à Shanghaï) réalise un triptyque en grisaille composé de Monna Lisa, encadrée d’un autoportrait de l’artiste au crématorium et d’un portrait du père de Y.P.-Ming sur son lit de mort. Ambiance!
Monna Lisa est elle-même entourée de deux vanités – peintures baroques, apparues en Hollande au XVIIe siècle, symbolisant la vanité du monde terrestre et la fragilité de l’existence, notamment par la représentation de crânes humains.

Célèbre pour ses portraits de personnalités mâles (Mao, Giacometti, Bruce Lee, Jean XXIII, Ming, Obama) à grands coups de brosse en rouge et blanc ou noir et blanc, l’artiste dresse ici le portrait d’une femme, icône de la peinture occidentale et incarnation du musée du Louvre.

“Pour Yan Pei-Ming, cette surexposition publique tue littéralement La Joconde“, explique Marie-Laure Bernadac, commissaire de l’exposition. D’où ce portrait “posthume”, en grisaille, pour symboliser sa mort – le blanc étant la couleur du deuil en Chine. Une teinte qui permet en outre de ne pas détonner avec le reste des oeuvres du salon Denon.

Sur la cimaise de droite, Y. P.-Ming se représente dans un cerceuil. Car son entrée au musée du Louvre signe en quelque sorte sa mort, à l’instar des artistes défunts qui l’entourent dans la salle.

Sur le mur de gauche, il introduit l’image de son père, qu’il a fréquemment peint tout au long de sa carrière. Lui aussi repose sur son lit de mort. L’artiste, que l’on a du mal à reconnaître tant il bel et est vivant – en atteste la longueur de ses cheveux par rapport à l’autoportrait ! -,  confie que c’est pour lui une manière de compenser l’absence de son mentor. Il remplit son devoir filial en l’immortalisant au Louvre.

L’emplacement de la Monna Lisa franco-chinoise est idéale: juste en face de la salle qui abrite La Joconde italienne. Si la comparaison visuelle est impossible de manière simultanée, il est néanmoins facile de mémoriser les différences entre la copie et l’original. On remarque dès lors que l’artiste n’a pas simplement reproduit une copie des traits féminins de la peinture mais il  a réalisé un portrait de femme. Pour lui, Monna Lisa est avant tout un modèle qui a posé et non une nature morte. Yan Pei-Ming a en outre agrandi le paysage qui se trouve à l’arrière plan.

“J’ai voulu faire de grands formats et donner une autre échelle à Monna Lisa. Le spectateur peut avoir le sentiment de pénétrer dans le paysage de La Joconde. C’est une nouvelle façon d’envisager cette image et de la poursuivre hors des limites fixées par Léonard de Vinci”, explique-t-il à la commissaire (extrait du catalogue de l’exposition).

Travaillant sur le cycle de la vie et de la mort et la filiation père-fils, Yan Pei-Ming invente ici une nouvelle trinité. Se libérant du diktat de l’enseignement oriental, qui met l’accent sur la copie, l’artiste laisse libre cours à son instinct, telle que l’enseigne la peinture occidentale.

Passant inaperçue par excès de visibilité – quel visiteur régulier du Louvre fait le détour par la salle Denon pour l’admirer ? -, La Joconde s’était quelque peu éteinte pour qui n’est pas touriste. Y.P.-Ming lui offre aujourd’hui de somptueuses funérailles en la plaçant, pas moins, à la place du Saint-Père.

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Il fallait tout le subversif d’un esprit libre, détaché de la lourdeur de l’héritage pictural occidental, pour oser le faire.

A noter: Conférence, le vendredi 27 mars à 20h, “Yan Pei-Ming: Images volées” (auditorium du Louvre, entrée libre).

A voir aussi: “Les Batailles de l’empereur de Chine, Quand Qianlong adressait ses commandes d’estampes à Louis XV”. Jusqu’au 18 mai 2009, aile Sully, 2e étage, salles 20 à 23.

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