Chronique d’un hôtel particulier
Jusqu’au 5 juillet 2026
#Expo_18esiecle
Musée des Arts décoratifs, 107 rue de Rivoli, Paris 1er
Le XVIIIe siècle est à l’honneur du Musée des Arts décoratifs. L’exposition reconstitue l’intérieur d’un hôtel aristocratique parisien et présente plus de 500 pièces qui regroupent tous les domaines des arts décoratifs.

Papier-peints, boiseries, mobilier, céramique, orfèvrerie, mode, jouets, animent cette demeure, où semblent vivre encore maîtres et domestiques, grâce à une ambiance sonore et olfactive, orchestrée par Givaudan et le parfumeur Daniela Andrier.

Décor ou surtout de table avec jardin imaginaire —
France, XVIIIe siècle (et XIXe siècle?). Bois, métal et miroir, papier polychromé découpé et textile, émaux polychromes (verre filé de Nevers), verre soufflé © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière
Dès l’entrée, le visiteur est projeté au XVIIIe siècle, avec des bruits de rue, de calèches, de chaises à porteur, de pas sur les pavés, au seuil de l’hôtel, avant de pénétrer – tel un invité privilégié – dans la demeure aristocratique, dont l’élégance à la française, fait jalouser toute l’Europe. Le porche incarne le statut social du propriétaire e et fait barrage au tout-venant. La cour est agrémentée de parterres de fleurs en porcelaine – l’exposition déborde de ces miniatures en céramique dans chacune des pièces -, et de vraies plantations.

Papier peint à motif répétitif à raccord droit — Manufacture Jacquemart et Bénard, Paris, 1794-1797. Papier rabouté, fond bleu brossé à la main, impression à la planche de bois en dix couleurs © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière
« Posséder un jardin à soi, dans l’espace confiné d’une ville ancienne, où le bâti ne cesse d’étendre son emprise […] est une marque d’élection sociale », commente Ariane James-Sarasin, co-commissaire de l’exposition.
L’exposition reconstitue la journée type d’une famille aristocratique française du XVIIIe siècle, tels les Gohin, peints par Louis-Léopold Boilly, qui fait fortune dans le commerce lointain. Madame est parée de bijoux, Monsieur d’une épée de Cour. Le couple s’entoure de nombreux domestiques, qui ont pour devoirs de récurer la vaisselle en argent, préparer les repas, tirer l’eau à la fontaine de cuivre, laver et repasser le linge, etc. Sans oublier les enfants, leur éducation et jeux quotidiens, et les animaux de compagnie (chiens, chats, oiseaux), expression d’une affection nouvelle pour le siècle.
Les trois parties de la journée (matin, après-dîner, soir) sont traitées avec une lumière adaptée. Les progrès scientifiques offrent un nouveau rapport au temps (horloges, montres, almanachs de poche) et un allongement de la journée (coucher plus tardif).

La journée commence dans la chambre à coucher, agrémentée d’un lit à la duchesse avec baldaquin et tissus pour conférer de la chaleur au dormeur. Les domestiques s’affairent dès quatre heures du matin. Ils réveillent leurs maîtres, chacun dans leur appartement, vers sept heures.
Avant toue chose, le premier devoir est de faire ses prières. Puis ils prennent leur « déjeuner » composé d’un bouillon de viande et de légumes. L’habillage, la coiffure (perruque poudrée pour toute la famille) et le maquillage, se fait souvent sous les yeux d’un cercle intime. Seuls les plus fortunés disposent d’un cabinet avec chauffe-bain en cuivre (l’eau courante n’existe pas). À défaut, ils utilisent aiguière et bassin.

Pendule — Ladouceur à Paris, manufacture de Chantilly, vers 1745. Porcelaine tendre, bronze ciselé et doré © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière
Avant ou après le dîner (déjeuner pour nous), les gentilshommes se rendent dans leur bibliothèque, pour cultiver leur savoir relatif à la science, la philosophie, les arts, l’ailleurs (passion pour la Chine et le Japon). Ils doivent aussi gérer leurs affaires. La bibliothèque est un espace réservé aux hommes, peu formel, où ils revêtent une simple robe de chambre, bonnet d’intérieur, et mules aux soieries colorées.

Martin Carlin (vers 1730-1785), Bonheur-du-jour, Paris, vers 1766. Chêne, bois de rose, érable ondé, ébène, amarante, bronze ciselé et doré, porcelaine tendre © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière
Le pendant de la bibliothèque de Monsieur est le boudoir de Madame. Elle y lit assise dans une ottomane, écrit sur son bureau qualifié de « bonheur-du-jour », dessine, fait des travaux d’aiguille, où joue à faire des noeuds et des cordelettes en fils de soie.
Le dîner est pris entre 14h et 16 heures. La salle-à-manger dispose d’une fontaine murale pour se laver les mains, d’un rafraîchissoir pour garder verres et bouteilles (jamais déposés sur la table ; ils sont apportés à la demande des convives). La table fixe remplace les tréteaux à la fin du XVIIIe siècle. Après le repas, thé, café, chocolat – importés de loin et réservés à l’élite – sont servis dans des pièces d’orfèvrerie ou de porcelaine. Le tabac est prisé ; c’est un honneur et un signe de distinction de pouvoir en offrir à autrui.

Le souper se prend entre 20h30 et 23h, dans l’intimité, avec un nombre restreint de domestiques. Les tables à roulettes sont créés pour pouvoir se servir soi-même.
Il se termine par le jeu (tric-trac, brelan, etc.), auquel un mobilier est spécifiquement dédié comme les les voyeuses sur lesquelles on s’assoit à genoux ou à califourchon.
La musique de chambre émerge. Harpe, violon, clavecin, guitare, flûte traversière sont à la mode, pratiqués devant un petit cercle d’intime.
Au coucher (vers minuit), on se lave le visage puis femmes et hommes enfilent une chemise de nuit blanche, un bonnet de nuit pour Monsieur et une dormeuse pour Madame (bonnet pour protéger sa chevelure). Une veilleuse reste allumée.
L’exposition regorge d’objets en porcelaine miniature et de mobilier raffiné. Le visiteur se sent vraiment plongé en arrière grâce à une scénographie minutieuse et un parcours exhaustif.
Le XVIIIe siècle sera prochainement mis à l’honneur au Palais Galliera ; à suivre !