Art et spiritualité au XXe siècle

Max Ernst, La Vierge corrigeant l'Enfant Jésus devant trois témoins: André Breton, Paul Eluard et le peintre, 1926. Huile sur toile. 196 x 130 cm. Museum Ludwig, Cologne. Photo: Stadt Köln Rheinisches Bildarchiv (c) Adagp, Paris, 2008Traces du Sacré

Jusqu’au 11 août 2008

Centre Pompidou, Galerie 1, Niveau 6, Place Georges Pompidou 75004, 01 44 78 12 33, 12€

Alors que tout-un-chacun déplore que le monde contemporain soit marqué par les valeurs matérialistes, le Centre Pompidou propose une exposition qui analyse le rôle du sacré, de la spiritualité, au coeur de la création artistique!


“Traces du Sacré” présente quelque 350 oeuvres pluridisicplinaires – peintures, sculptures, installations, vidéos – qui traversent l’histoire de l’art de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours.

Vingt-quatre thèmes se dégagent du parcours, dont le dénominateur commun est le rapport de l’art au sacré. Autrement dit, de la relation de l’homme au religieux. L’art est en effet constitutif de la nature humaine. Dès la préhistoire, l’Homo Sapiens s’exprime à travers le medium artistique.

Les religions reposent sur l’inquiétude de l’homme face à son existence, son origine et son devenir. Spiritualité et création sont intrinsèquement liées. Mais, à partir du XVIIIe siècle en Occident, sous l’effet de la Réforme, de l’essor du capitalisme, de la philosophie des Lumières et du culte de la raison, la relation entre l’art – la création – et le religieux se modifient.
Nietzsche va même jusqu’à annoncer que “Dieu est mort”! De son côté, Baudelaire déclame: “Mais je poursuis en vain le dieu qui se retire,/ L’irrésistible nuit établit son empire,/ Noire, humide, funeste et pleine de frissons”.
La naissance de la psychanalyse, les progrès des sciences, notamment de la physique, et le développement du marxisme repositionnent l’homme face au divin.

Or, “Traces du Sacré” avance que l’art moderne et contemporain – de Caspar David Friedrich à Damien Hirst, de Ferdinand Hodler à Bill Viola, de Mondrian à Anish Kapoor, de Warhol à Jean-Michel Alberola – exprime de manière surprenante un rapport à la spiritualité. Questionne des forces mystiques. Tente inexorablement de s’élever: “Nous voulons, concevons et créons ensemble le nouvel édifice du futur […], qui s’élèvera par les mains de millions d’ouvriers vers le ciel futur, comme emblème cristallin d’une nouvelle foi à venir”, écrit Walter Gropius, dans le manifeste du Bauhaus.

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Otto Dix, Schwangeres Weib (Femme Enceinte), 1919. Huile sur toile. 135 x 73 cm. Kunst Museum, Stuttgart. Prêt permanent du Dr. Freerk Valentien (c) Adagp, Paris, 2008En dépit de la crise religieuse – dont la puissance renaît aujourd’hui – la question métaphysique reste donc au coeur des préoccupations humaines. Elle a même été le moteur créatif de nombre d’artistes.

La lecture des oeuvres présentées à travers le prisme du sacré se révèle surprenante mais convaincante. Il est difficile de ne pas adhérer à la thèse de l’exposition. Car même dans notre société post-industrielle, certains artistes (Paul Chan, Pierre Huyghe, etc.) parviennent à voir une petite lumière qui s’extrait de la saturation d’images de notre société consumériste. L’exposition se termine sur l’oeuvre de Jean-Michel Alberola: un fil lumineux qui porte, bien que près du sol, le mot “espérance”…

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