Richard Serra investit la nef du Grand Palais

Montage, 4e jour. Photo Lorenz Kienzte. Tous droits réservés, Monumenta, 2008. Ministère de la Culture et de la CommunicationMonumenta 2008: Richard Serra, Promenade

Jusqu’au 15 juin 2008

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Nef du Grand Palais, Avenue Winston Churchill 75008, 4€ (inclus la programmation culturelle)

On a beau connaître l’oeuvre de Richard Serra, sculpteur américain post-minimaliste, son occupation de la nef du Grand Palais surprend. Et va faire couler beaucoup d’encre!


Après Sternenfall d’Anselm Kiefer, Monumenta – rendez-vous annuel qui permet à un artiste de renommée internationale de se mesurer à la nef du Grand Palais en créant une oeuvre inédite – présente pour sa deuxième édition Promenade de Richard Serra.

Montage, 2e jour. Photo Lorenz Kienzte. Tous droits réservés, Monumenta, 2008. Ministère de la Culture et de la CommunicationSculpteur radical, Richard Serra (né en 1939 à San Francisco, il vit aujourd’hui à New York) sort la sculpture de son champ traditionnel. Si sa dernière oeuvre est certes verticale, à l’instar des statues de l’Antiquité, elle se démarque de la tradition artistique en sortant de l’ère de la contemplation. En clair, ses sculptures d’acier, légèrement oxydées à l’air, n’ont pas pour vocation à être admirées – elles sont loin d’être esthétique!

A l’inverse, elles sont là pour donner à voir les pleins et les vides qui les entourent, les effets de perspective, le tout qu’elles forment avec leur contenant – la monumentale nef du Grand Palais.

Comme son titre le suggère, lisible en anglais comme en français, Promenade est une oeuvre qui amène le spectateur à bouger. Dans un espace fermé, le corps a naturellement tendance à mouvoir selon un axe médian. Or, jamais encore dans une exposition, le public a été amené à traverser un hall dans le sens de sa longueur. Tel a été le point de réflexion initiale de Richard Serra.

Lorsque l’artiste a pris connaissance du Grand Palais, vide, il a été bouleversé, “submergé” par l’ampleur de l’espace. Au point qu’il s’est senti obligé de dessiner et de réaliser des maquettes avant de se lancer dans la réalisation complète de son oeuvre. Ordinairement, il dessine après la concrétisation de son travail pour en mesurer l’ampleur. C’est dire si ce projet a constitué un réel défi pour lui.
Montage, 1er jour. Photo Lorenz Kienzte. Tous droits réservés, Monumenta, 2008. Ministère de la Culture et de la CommunicationSa problématique initiale était donc de concilier les contraintes de son oeuvre avec les dimensions de la nef. Pour en garder la transparence qui donne cet impression de liberté et de légèreté. L’artiste a conçu une échelle qu’il a appliqué à des planches d’acier Corten – son matériau de prédilection après le plomb et le caoutchouc -, verticales, pour élever le regard vers la luminosité de la verrière. Effet de contraste avec la masse de l’acier.

Montage, 2e jour. Photo Lorenz Kienzte. Tous droits réservés, Monumenta, 2008. Ministère de la Culture et de la CommunicationChaque planche pèse 75 tonnes, s’élève à 17m, mesure 4m de largeur et est inclinée à 1,69 degré, soit vers la droite, soit vers la gauche. Par un effet de perspective, les oeuvres donnent l’impression d’être de taille différente. D’un point de vue physique, elles atteignent la limite du point de rupture gravitionnel; sur le plan artistique, elles brouillent la frontière entre art et architecture.
Le promeneur est invité à parcourir tranquillement – d’où le terme de “promenade” -, à la façon des Romantiques, la nef dans un axe horizontal. En fonction de son angle de vue, il aura une vision différente de l’oeuvre. Marcher, regarder les planches, regarder les autres spectateurs pour voir ce qu’ils expérimentent. Comme dans une gare à laquelle Richard Serra compare la nef du Grand Palais. C’est un lieu à vocation publique où chacun expérimente des sentiments de manière intime.

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“Vous n’avez pas besoin de connaître quoi que ce soit sur l’histoire de la sculpture ou sur l’histoire de l’art pour comprendre, voir et percevoir ce travail conçu en relation avec l’espace. Le contenu réside dans le visiteur”, commente Richard Serra.

La démarche du sculpteur s’inspire de la philosophie orientaliste. L’expérience du jardin zen requiert contemplation, mouvance, et méditation pour ressentir la fusion avec le tout. Sauf qu’elle s’exprime ici avec des matériaux industriels aux antipodes de la naturalité orientale et romantique.

En parallèle à Promenade (Grand Palais), le public est invité à se rendre, pendant la durée de l’exposition, au siège de Louis Vuitton (22, avenue Montaigne 75008), qui a acquis Single Double Torus. Ainsi que dans le jardin des Tuileries qui accueille de nouveau Clara-Clara (1983) – une sculpture en hommage à la femme de l’artiste – qui avait été taguée et retirée du jardin.
Depuis sa réinstallation, les visiteurs s’amusent à la marquer des traces poussiéreuses de leurs chaussures. Réaction de l’artiste: “Au moins, mes scuptures font réagir!” Gageons qu’aucun visiteur ne fera de procès à Richard Serra comme cela s’est passé avec Tilted Arc (1981), commandée par le gouvernement américain pour la Federal Plaza, New York City, et qui a finalement été détruite par son commanditaire en 1989 car elle encombrait un espace public…

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