Global Warning
Jusqu’au 24 mai 2026
Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, Jardin des Tuileries, Paris 1er
Le Jeu de Paume expose l’oeuvre du célèbre photographe anglais Martin Parr (1952-2025), qui pose un regard au vitriol – mais toujours humaniste – sur notre société de consommation, dont il ne s’exclue aucunement.

Le parcours revisite son travail des années 1970 aux années 2000 avec un focus sur les différents thèmes qui traversent son oeuvre : la plage, les comportements des différentes couches sociales, la (sur)consommation, les déchets, le tourisme, les animaux, notre rapport aux technologies.
« Martin Parr ne se considérait ni comme un lanceur d’alerte, ni comme un humoriste », précise Quentin Bajac (directeur du Jeu de Paume), un des trois commissaires de l’exposition. « Il se voyait plutôt comme un critique documentaire dont l’oeuvre, bien qu’elle prête à rire, était à prendre au sérieux ».
De l’une de ses premières photographies, dans un camp de vacances (Butlin’s, Filey, Angleterre, 1972) avec une piscine surpeuplée, à celle du Blue Lagoon overcrowded (Islande, 2024), l’incroyable velléité des humains à se côtoyer pour profiter d’un moment de loisirs a toujours fasciné le photographe. L’exemple le plus frappant est celui de la plage de Mar del Plata, la plus grande station balnéaire d’Argentine (2014).

Le sujet en vacances est propice à se laisser aller comme le montre nombre d’images cocasses d’individus faisant la sieste la bouche ouverte (Benidorm, Espagne, 1997), de femmes se brûlant la peau au soleil, lunettes Gucci on ne peut plus bling bling (Cannes, 2018) ou avec un drôle de couvre-oeil (Benidorm, Espagne, 1997).
Peu importe le décor, l’homme est prêt à tout pour accéder à ce « droit au loisir ». Même au milieu des travaux (femme allongée au pied d’un tracteur à New Brighton, 1983/85) ou des déchets que la fête engendre (Melbourne, Australie, 2008). À Delhi, des parfums sont vendus au pied d’une montagne de détritus (2010).

Ces déchets sont engendrés par une société de consommation, qui touche toutes les couches de la société. « Le supermarché, c’est ma ligne de front », disait M. Parr. Des classes populaires (chariots empilés de packs de bière à Calais, 1988), moyennes, aux plus riches (Foire des millionnaires à Moscou, 2007).

Ces catégories plus ou moins aisées ont maintenant aux loisirs globalisés. Ce qui engendre de nouvelles situations saugrenues : multitudes de mains qui se lèvent devant le mont Cervin (Suisse), lots de corps penchés devant la tour de Pise, amalgame de téléphones devant la Joconde.
Les sujets arborent des vêtements de leurs différents voyages (t-shirt Bali devant la Sagrada Familia, casquette Yankees devant Notre-Dame de Paris, jogging USA devant l’Arc de Triomphe).

L’avant-dernière section interroge notre relation aux animaux, parfois cruelle (gorilles enfermés dans une cage étroite devant un écran de télévision au West Midlands Safari Park, 1998), parfois tendre (chiens choyés comme des enfants dans le public du World Cup Races à Dubai).
Entre les deux extrêmes, une photo incarne une cohabitation paisible entre une vache, des locaux, et des touristes étrangers sur une plage de Goa (1993).

Notre dépendance à la technologie (voitures, ordinateurs, téléphones portables, jeux vidéos), attise la curiosité de Martin Parr, qui observe, documente, recense, nos comportements, altérés par ces médias addictifs.
Une exposition qui résonne avec d’autant plus de force que l’artiste a participé à son organisation, juste avant son décès impromptu il y a quelques mois.