Modernité hongroise
Jusqu’au 6 septembre 2026
Petit Palais, avenue Winston Churchill, Paris 8e
Le Petit Palais présente une dernière exposition orchestrée sous la direction d’Annick Lemoine – mutée au musée d’Orsay – du peintre hongrois, Károly Ferenczy (1862-1917), célèbre dans son pays natal, mais complètement méconnu en France. À tort !

Son oeuvre à mi-chemin entre le naturalisme français et le symbolisme allemand, découvert à Munich, témoigne de ses voyages à travers l’Europe et de son éducation cosmopolite, typique de la fin du XIXe siècle dans les milieux aisés.

Le parcours, composé de 140 oeuvres essentiellement prêtées par la Galerie nationale hongroise et le Musée des Beaux-Arts de Budapest, met en avant son rôle majeur dans la gestation d’une école artistique moderne en Hongrie.

Issu d’une famille originaire de Vienne installée à Budapest, Károly Ferenczy étudie les paysages, les vestiges antiques et les maîtres anciens en Italie, s’imprègne du naturalisme subtil de Bastien Lepage à Paris, où il étudie quelque temps à l’Académie Julian, puis découvre le symbolisme munichois. Avant de poser sa palette à Szentendre, ville des environs de Budapest, avec sa femme, et leurs futurs trois enfants, qui deviendront tous des artistes accomplis.

Sa peinture se caractérise tout au long de sa carrière par une palette de couleurs délicates, la traduction de l’harmonie entre la nature et l’homme, le quotidien simple de la vie provinciale, et surtout la réflexion du soleil sur le paysage.

Les toiles vont souvent de pair, que ce soit au niveau des coloris (le rouge et le vert du Chant d’oiseau, 1893, et d’Orphée, 1894), de la thématique (celle du jardin dans Jeunes filles cultivant des fleurs, 1889 et Les Jardiniers, 1891), ou des variations atmosphériques (Paysage nuageux, la forêt de sapin d’Izvora II, 1909, et Paysage, Izvora en automne III, 1909).
Bien que non-croyant, Károly Ferenczy réalise des peintures bibliques, en situant son iconographie sacrée dans un paysage naturel comme la forêt (Les Rois Mages dans la forêt, 1898 ; Le Sacrifice d’Abraham, 1901).

Le peintre représente fréquemment ses enfants dans des portraits familiaux et comme modèles (son fils aîné Valér pose dans Joseph vendu par ses frères, 1900). K. Ferenczy se tourne également vers les Tsiganes pour modèles, non pour leur intérêt social, mais pour le rapport de la couleur d’un costume à son environnement, qu’il s’agisse du bleu (Les Tsiganes I, 1901) ou des couleurs automnales (jaune, rouge, Au milieu des sommets, 1901).

Les représentations en plein-air, en particulier dans la communauté de Nagybánya, dominent cette oeuvre lumineuse et originale, à la croisée des chemins de plusieurs traditions artistiques. Le regard perdu au loin des sujets apporte aux oeuvres un effet méditatif. Un artiste à découvrir.