Beauté coréenne, histoire d’un phénomène
Jusqu’au 6 juillet 2026
Musée Guimet, salles de la Rotonde, 6 place d’Iéna, Paris 16e
Après l’exposition manga, le musée Guimet investit une nouvelle fois la culture populaire pour la relier à l’histoire ancienne des arts asiatiques à travers le phénomène mondial de la K-Beauty.

La « K-Beauty » désigne l’industrie cosmétique qui diffuse ses idéaux esthétiques dans l’univers plus large de la création musicale (K-pop), télévisuelle (K-drama) et culinaire (K-food).
La philosophie de la beauté comme valeur morale est issue du néo-confucianisme et se développe à l’ère Joseon (1392-1910).

L’exposition débute à la fin de cette longue ère avec des oeuvres novatrices de Shin Yun-bok dit Hyewon (1758-1813) qui porte un regard novateur sur les femmes. Autrefois peu représentées, confinées dans leur intérieur, et cachées lorsqu’elles sortaient, elles apparaissent dans ses oeuvres comme des sujets individualisés, ayant un désir propre, sensuelle. Le peintre s’intéresse en particulier à la figure de la courtisane (gisaeng), au teint très fardé, coiffure excentrique et tenue colorée. Une iconographie que l’on retrouve aujourd’hui dans les webtoons (romans graphiques publiés sur smarphones), telle La Manche Rouge.

Le parcours se poursuit avec la présentation des contenants et ingrédients permettant d’avoir la peau claire et nette, les cheveux soignés décorés de quelques épingles, et de sentir bon (parfums et baumes). On découvre dans cette section les boîtes raffinées qui ont fait partie du rituel de toilette de la princesse Hwahyeop (1733-1752), fille du roi Yeongjo, et les traités médicaux rassemblés par le médecin Heo Jun dans le Donguibogam (1613).

Les traditions coréennes sont bouleversées par l’occupation japonaise (1910-1945), la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), et la Guerre de Corée (1950-1953). Les canons de beauté de l’ère Joseon sont confrontés à l’intrusion de silhouettes occidentales : les cheveux et les vêtements se raccourcissent. Mais les deux styles coexistent comme en témoignent l’extrait du film Une femme libre (1956), les portraits à l’huile de Kim In-song (Listening, 1966) et les photographies de Han Youngsoo (Myeongdong, 1958).

À partir des années 1960, l’industrie cosmétique se développe à l’étranger. Elle introduit la technique de soin du multiple layers (plusieurs étapes pour prendre soin de son visage). Les contenants modernes font référence à l’art ancien comme le célèbre jarre-lune ou les vases maebyeong.

Les Jeux Olympiques de 1988 à Séoul et la croissance économique de la Corée du Sud contribuent à la reconnaissance internationale du pays. Elle s’accompagne d’une politique d’influence culturelle forte (soft power) à travers l’industrie du cinéma et de la musique qui font déferler une « vague coréenne » (Hallyu) à l’étranger. Jeunes hommes et femmes de la K-pop deviennent des idoles qui incitent le public à leur ressembler au prix de régimes alimentaires et transformations esthétiques poussées.

Le parcours se termine sur trois oeuvres emblématiques : une vidéo d’un groupe pop virtuel en référence à BTS, une robe Chanel (2016) qui re-interprète le traditionnel hanbok, et une photographie de Yuni Kim Lang, Woven Identity I (2013), qui utilise le cheveu comme matière sacrée unificatrice des corps.
Si le thème de l’apparence régit la société coréenne contemporaine, Claire Trinquet-Solery (co-commissaire de l’exposition) précise qu’elle est toujours accompagnée d’une valeur morale : l’aspect extérieur doit être aussi impeccable que la beauté intérieure.
Cette exposition, qui célèbre le 140e anniversaire des relations diplomatiques France-Corée, décrypte avec brio les codes passés et présents de la culture coréenne. Elle sera complétée par trois autres événements au cours de l’année : une installation monumentale en façade de Seulgi Lee (mai 2026-février 2027), une exposition sur les trésors royaux du royaume de Silla (20 mai 2026-31 août 2026) et une autre sur les savoirs en trompe-l’oeil (16 septembre 2026 – 4 janvier 2027). À suivre !