“Ah! c’est notre ami Croquetel!”

Gabriel de Saint-Aubin, Louis XVI posant la première pierre de l'amphithéâtre de l'école de chirurgie, 1774. Pierre noire, aquarelle et gouache. 23,1 x 17,4 cm. Inscriptions: vers le haut, à droite: M. le comte d'Angiviler présente le mortier au roi Louis...; en bas à gauche: Gabriel de St Aubin fecit 1774. Paris, musée Carnavalet (c) Georges PoncetGabriel de Saint-Aubin (1724-1780)

Jusqu’au 26 mai 2008

Musée du Louvre, aile Denon, 1er étage, 75001, 01 40 20 53 17, 9€

Suite à l’acquisition du livre de la famille des Saint-Aubin en 2001, Pierre Rosenberg (président-directeur honoraire du musée du Louvre et membre de l’Académie française) a longtemps souhaité mettre en lumière les innombrables croquis parisiens de Gabriel de Saint-Aubin. Mais l’idée était restée en suspens. Jusqu’à ce que Colin B. Bailey, conservateur en chef de la Frick Collection de New York, relance Pierre Rosenberg…


Si peu de données sont connues concernant la biographie de Gabriel de Saint-Aubin (1724-1780), l’Almanach historique et raisonné de l’Abbé Le Brun (1777), nous apprend qu’il est le benjamin d’une illustre famille d’artistes. “Les Messieurs de Saint-Aubin sont quatre frères qui se distinguent dans les arts et dont les talents précieux ne doivent point être confondus. Le premier est Charles [-Germain] de Saint-Aubin, dessinateur du Roi pour la broderie et les dentelles […] Le second est Gabriel de Saint-Aubin, autrefois professeur de l’Académie de Saint-Luc, qui a tellement la passion de son art qu’il dessine l’Histoire en tout temps et en tout lieu. Le troisième est Augustin de Saint-Aubin, graveur en l’Académie […] Le quatrième est Louis de Saint-Aubin, peintre à la Manufacture de Sèvres”. Quelle pittoresque fratrie!

Hormis cette indication filiale, l’oeuvre, seule, permet de connaître la vie de Gabriel. L’artiste rate le Grand Prix – il arrive second -, ce qui le prive du voyage initiatique à Rome, où tout étudiant européen doit faire son apprentissage pour appréhender les maîtres de la Renaissance italienne.

Gabriel doit donc se contenter de Paris. Plutôt que de dessiner les curiosités locales, il capte l’évolution de la ville. Il modifie ce que son guide – Description de Paris (1742) de Piganiol de la Force (dont l’exemplaire personnel a été prêté par le Petit Palais) -, présente et ce qu’il observe entre 1770 et 1775 (cf. le plan historique de la Ville et des Faubourgs de Paris de Maurille-Antoine Moithey, 1774).

Si ses compositions paraissent brouillonnes de premier abord, il faut prendre le temps d’observer les multiples détails que retient l’artiste. “Comme les chats dans l’oeuvre de Bonnard, présents et cachés, ils sont malicieusement disposés afin d’arrêter notre regard. Il faut savoir les chercher, les surprendre, les découvrir”, commente par analogie Pierre Rosenberg.

Gabriel de Saint-Aubin, La Parade du Boulevard, 1760. Huile sur toile. 81 x 63 cm. Londres, The National Gallery (c) National GallerySaint-Aubin ne dessine pas tout ce qu’il a sous les yeux. Il choisit sa technique – pierre noire, reprise à la plume, parfois à la sanguine; lavis gris; aquarelle; pastel; crayons de couleurs (cf. Feuilles d’études avec la Vénus de Pfaff) -, son angle, ses sujets. Plus que la ville, il représente ses habitants, l’activité humaine des boulevards (cf. La Parade du Boulevard, 1760) et des jardins publics. Il aime croquer la vie de théâtre et de l’Opéra. Les grands événements. Les processions. C’est un chroniqueur de la vie parisienne.

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Gabriel de Saint-Aubin, Vue du Salon de 1765. Pierre noire, encre et aquarelle. 24 x 46,7 cm. Paris, Musée du Louvre, département des Arts graphiques, inv. 32749 (c) Erich Lessing“Mais je le vois accompagné d’une espèce de Dessinateur occupé à griffoner sur les marges d’un livret les plus grands tableaux d’Histoire du Salon” [cf. Vue du Salon, 1765] – Ah! c’est notre ami Croquetel […] Qui est-ce qui ne le connoît pas? Qui est-ce qui ne l’a pas vu, calquant, croquant, dessinant dans les jardins, les salons, les ventes, les places publiques? Il n’étoit pas nécessaire de me dire qu’il étoit ici, je l’aurois pressenti” (Anonyme, Janot au Salon, 1779).

Gabriel de Saint-Aubin, Le Couronnement de Voltaire au théâtre-Français le 30 mars 1778. Aquarelle sur plume et encre noire. 35,5 x 24 cm (y compris le cadre aquarellé de vert). Inscriptions: en haut, au centre: Toi dont [la] Grèce eut fait un Dieu, Ton nom fixant tous les suffrages, Doit vivre en tout temps, en tout lieu, Comme tes sublimes ouvrages. Comme l'explique Saint-Aubin dans une note en bas à gauche, il s'agit d'un poème de Voltaire, connu sous le titre Les Adieux d'un vieillard, écrit juste avant sa mort et dédié au marquis de Villette. Paris, Musée du Louvre, département des Arts graphiques (c) RMN / DRGabriel de Saint-Aubin se dévoile comme un artiste marginal et bohème, redécouvert par les frères Goncourt , et aujourd’hui par les experts du Louvre et de la Frick Collection. Artiste lettré, au regard aigu, au coup de crayon rapide, il laisse exprimer sa liberté de ton, son détachement amusé sur la vie de son époque. C’est un véritable artiste des Lumières.

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