“Les modes passent, le style demeure”

Yves Saint Laurent, 1969. Photographie Jeanloup Sieff (c) The Estate of Jeanloup SieffYves Saint Laurent

Jusqu’au 29 août 2010

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Petit Palais, avenue Winston Churchill 75008, 11€

Trois petits prénoms, qui en disent pourtant long. Le Petit Palais propose une rétrospective inédite sur la mode vue par Yves Saint Laurent (1936-2008). L’inventeur d’un nouveau genre, mi-féminin mi-masculin, qui, comme Coco Chanel, a libéré la femme de ses entraves vestimentaires, imposées par les codes sociaux. Ce n’est pas rien! D’où le succès colossal dès le vernissage de l’exposition qui promet de longues heures d’attente au pied du Petit Palais…

Collection haute couture printemps-été, 1958, Dior (c) Alexandre GuirkingerOrganisée par son compagnon et associé Pierre Bergé, l’exposition Yves Saint Laurent entraîne le visiteur dans soixante ans de mode intemporelle. Car ce qui importe au jeune homme qui fait ses armes dans la maison Christian Dior (1954) c’est de passer outre la futilité, l’éphémère de la mode pour s’inscrire dans la durée: “Mon rêve est de donner aux femmes les bases d’une garde-robe classique qui, échappant à la mode de l’instant, leur permette une plus grande confiance en elles-mêmes”.

“Classique” ne semble pas le mot le plus approprié. En 1971, le couturier ose présenter une collection rétro, inspirée des années 40. La critique est consternée. Comment oser rappeler la période de l’Occupation, l’austérité de la guerre, avec un style qui suggère l’opposé, à la croisée l’avenue Montaigne et du Bois de Boulogne ? Mais, le public suit. Cette collection du scandale marque une étape importante dans le retour du glamour et de la sophistication.

Cette même année, Yves Saint Laurent fait encore parler de lui quand il pose nu, devant l’objectif de Jeanloup Sieff, pour le lancement de son premier parfum pour homme.

Collection haute couture automne-hiver, 1965 (c) Alexandre GuirkingerEt, que dire de sa collection Mondrian (1965) qui mêle les hiérarchies entre les genres artistiques? Le couturier créera ensuite régulièrement des pièces s’inspirant du monde de l’art, construisant ce qu’il appelait des “dialogues” avec Poliakoff, Van Gogh, Matisse, Picasso, Braque, etc. “Mon propos n’a pas été de me mesurer aux Maîtres, tout au plus de les approcher et de tirer les leçons de leur génie”.

Collection haute couture automne-hiver, 1966 (c) Fondation Pierre Bergé - Yves Saint LaurentLe nom Yves Saint Laurent est indéniablement associé au port du smoking par la femme. Ses autres emprunts au dressing masculin sont la saharienne, le caban, le tailleur-pantalon, la blouse normande, le jumpsuit.

“On a souvent dit que Chanel avait libéré les femmes. C’est vrai. Des années plus tard, Saint Laurent devait leur donner le pouvoir. Le pouvoir, on le sait, est détenu par les hommes; aussi en s’inspirant du vestiaire masculin, en faisant glisser les épaules d’un homme sur celles d’une femme le caban, le tailleur-pantalon, […], Saint Laurent le leur a transmis. Il a oeuvré socialement, plus que beaucoup d’autres, pour l’égalité des sexes et la reconnaissance d’une femme moderne, laquelle n’est jamais objet mais participe à la vie de son temps et affiche ses certitudes”, commente Pierre Bergé, croisé dans les couloirs de l’exposition, et qui a l’air bien perdu sans son partenaire.

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Robe de bal Proust, 1971. Donation Jane BirkinContre-face de la mode allégée, loin du total look, siglée YSL: les tenues nocturnes. Du vestiaire conçu pour Catherine Deneuve depuis son rôle dans Belle de Jour (1967) aux magistrales robes de bal, l’imagination d’Yves Saint Laurent ne peut que fasciner. Qu’il s’agisse d’ôter un morceau de tissu pour laisser entrevoir le cambré du dos ou supprimer au contraire le haut pour créer un bustier qui se lie dans le dos, Yves Saint Laurent visionne parfaitement comment envelopper la silhouette féminine. “Un corps de femme nue, que je dois habiller sans porter atteinte à la liberté de ses mouvements naturels. Bref, mon métier est le dialogue amoureux de cette femme nue, avec tous les sortilèges des enroulements de mes tissus”.

Doté d’une imagination foisonnante, Saint Laurent développe une vision mentale qui lui permet d’imaginer la juste toile. Nul besoin de voyager, tout se passe dans sa tête. Lui qui est né à Oran, déteste partir à l’étranger. “J’exerce mon imagination sur les contrées que je ne connais pas. Si je lis un livre sur les Indes, avec des photos, ou sur l’Egypte où je ne suis pas allé, mon imagination m’emporte. C’est là que je fais mes plus beaux voyages”.
Une exposition-conte de fées qui permet de découvrir une marque pionnière dans le monde de la mode. Avec l’ouverture de sa première boutique de prêt-à-porter de luxe Rive Gauche (1966), la maison YSL a inauguré le succès des enseignes de mode globales, telles que la femme de la rue les connaît aujourd’hui.

A noter: Le 29 septembre 2010 sortira au cinéma Yves Saint Laurent – Pierre Bergé, l’Amour fou. Un film de Pierre Thoretton.

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Une réponse à “Les modes passent, le style demeure”

  1. dominique Schaller dit :

    J’attendais avec impatience le CR de cette expo qui doit etre fabuleuse
    merci Sophie

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