Jusqu’au 31 août 2026
Bourse de Commerce – Pinault Collection, 2 rue de Viarmes, Paris 1er
La Bourse de Commerce présente une nouvelle sélection d’oeuvres issues presque exclusivement de la Collection Pinault, centrées sur le thème du clair-obscur, des années 1960 à nos jours. Avec en point d’orgue, le film Camata de Pierre Huyghe, les palimpsestes de Sigmar Polke, et les oeuvres énigmatiques de Victor Man.

Pierre Huyghe (né en 1962) investit l’espace de la Rotonde avec Camata (2024), projeté au centre de la pièce, que l’artiste décrit non pas comme un film (de 200 heures) mais comme un « territoire », précise Emma Lavigne, commissaire et directrice générale de la Collection Pinault. Le spectateur observe des bras mécaniques, activés grâce à des panneaux solaires, qui déposent des petites pierres, telles des amulettes, autour d’un squelette au beau milieu du désert d’Atacama (Chili). Le montage du film se fait en direct grâce à un algorithme d’apprentissage automatique. Une oeuvre entre ciel et terre qui évoque un rituel funéraire et interroge la place de l’humain dans un monde dominé par les technologies.

Dans la galerie 2, l’oeuvre alchimiste de Sigmar Polke (1941-2010), Axial Age (2005-2007), qui se réfère au concept du philosophe Karl Jaspers, se déploie sur neuf larges panneaux. L’artiste y mélange des techniques anciennes (feuilles d’or et d’argent, pigments de lapis-lazuli, malachite) pour symboliser l’âge d’or de l’Antiquité comme évoquée par Jaspers dans Origine et le sens de l’histoire (1949) et des matériaux modernes (acrylique, composants métalliques, résine artificielle). En résulte une atmosphère sacrée face à ces retables suspendus sur des structures métalliques, et dont les jeux de lumière proviennent de l’éclairage inhabituel par l’arrière.

Photo : Nicolas Brasseur.
La visite se poursuit avec Byars Is Elephant (1997) de James Lee Byars (1932-1997), dont l’oeuvre est marquée par la dominance de l’or, symbole du sublime et du divin. Cette couleur évoque aussi bien le temple du Pavillon d’or à Kyoto, au Japon, où l’artiste a vécu pendant dix ans, et les églises de Venise, où il a résidé à partir des années 1980. Un unique clou doré dans une vitrine fait office de relique et évoque le supplice du Christ, tandis qu’une sphère formée d’une corde en poil de chameau est disposée sur un piédestal, non loin d’une Golden Tower, cylindre couvert de feuilles d’or. L’ensemble symbolise un tombeau égyptien. L’artiste a conçu cette oeuvre ultime au Caire, alors qu’il meurt d’un cancer.

La section qui m’a le plus interpellée se trouve dans la galerie 3. On découvre une sélection de peintures de Victor Man (né en 1974), artiste roumain, très peu exposé. Ses peintures contemporaines semblent hors du temps, avec des références au Greco et Goya. Des peintures classiques à l’huile mais avec des sujets énigmatiques (couleur verdâtre des corps, singe dans un bordel) et la volonté d’attirer l’attention du spectateur (peintures volontairement peu éclairées pour forcer l’attention).

La galerie 4 confronte la forme surréaliste de Mind’s Eye (2024) – une interprétation des ondes cérébrales par un algorithme – de Pierre Huyghe et des paysages chimériques d’Yves Tanguy (1900-1955), peintures de l’inconscient.

Un parcours étonnant qui offre un regard aiguisé sur des oeuvres qui vagabondent entre ténèbres et lumière et ré-interprètent le concept caravagesque du clair-obscur qui a révolutionné l’histoire de la peinture.