Cezanne et nous

Jusqu’au 17 janvier 2027

#CezanneEtNous

Grand Palais, entrée square Jean Perrin, Paris 8e

Le Grand Palais offre une majestueuse confrontation entre les oeuvres de Paul Cezanne (1839-1906) et celles d’artistes qu’il a inspirés, du XIXe siècle à nos jours. « Père de tous » (Picasso), le fervent admirateur de la montagne Sainte-Victoire a initié la peinture moderne.

Paul Cezanne, La Montagne Sainte-Victoire au grand pin, vers 1887. Huile sur toile. Courtauld Gallery, Londres © photo Courtauld

Le propos de l’exposition s’inscrit dans les années 1880-90 lorsque Cezanne est en quête d’un art « pur ». Il cherche non pas à copier la nature mais à transmettre plastiquement les sensations qu’il ressent face à elle. Ce qui l’amène à traduire l’essentiel par des formes géométriques, une composition où domine la verticalité, un traitement égal du sujet et du fond (le premier se confond parfois avec le second), d’où résulte une certaine étrangeté (Le Baigneur, vers 1885).

Paul Cezanne, Le Baigneur, vers 1885. Huile sur toile. The Museum of Modern Art, New York © photo Digital image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

Émile Bernard sera le premier à consacrer un article à Cezanne tandis qu’Ambroise Vollard participera à sa reconnaissance publique à travers sa collection personnelle et les premières expositions qu’il organise entre 1895 et 1906.

Paul Cezanne, Les Grandes Baigneuses, vers 1894 – 1905. Huile sur toile. The National Gallery, Londres © photo The National Gallery, London

Loin de ses échecs du début, lorsque quelques-unes de ses oeuvres traînaient dans la boutique du père Tanguy, Cezanne connaît la postérité au début du XXe siècle en France, mais aussi auprès des avant-gardes européennes et internationales.

Paul Cezanne, Le Jardin des Lauves, vers 1906. Huile sur toile. The Phillips Collection, Washington © photo The Phillips Collection, Washington, D.C.

La première partie du parcours confronte les oeuvres de Cezanne à celles des artistes de son temps – avec une cimaise pétillante n’affichant que des Paul (Sérusier, Signac, Gauguin) -. On y voit la modernité se construire avec la géométrisation des formes qui conduiront au cubisme. Puis la simplification des lignes qui mènera aux abstractions (expressionnisme abstrait américain, abstraction géométrique et optique européennes). Le Jardin des Lauves (vers 1906) résume l’audace de Cezanne qui dépeint un paysage en seulement trois bandes et quelques touches de couleurs vives.

La seconde partie de l’exposition expose des artistes contemporains qui se revendiquent de Cezanne. Cette section est plus conséquente que la première. Le visiteur admire seulement 69 oeuvres de Cezanne mais 105 oeuvres de 78 artistes qui se sont confrontés à ses motifs. Notamment ses représentations de la montagne Sainte Victoire, ses baigneurs, ses pins et ses natures mortes aux pommes. Parmi les interprétations les plus réussies, citons Peter Doig, Marsden Hartley, Mark Tansey, Etel Adnan, et Zao Wou-ki.

Paul Cezanne, Pommes et biscuits, 1880. Huile sur toile. Musée de l’Orangerie, Paris
© photo GrandPalaisRmn (musée de l’Orangerie) / Franck Raux

« Certains privilégient le geste et la couleur comme principes constructeurs de l’espace pictural, d’autres réintroduisent la figure et le motif pour interroger la représentation, tandis que d’autres encore explorent les systèmes perceptifs et les structures visuelles. Ce pluralisme fait éclater toute idée d’un héritage linéaire et unifié », expliquent les commissaires de l’exposition Claire Bernardi, Xavier Rey, Michel Gauthier, et Jean-Rémi Touzet.

Etel Adnan, Paysage, 2014. Huile sur toile. Musée de l’Institut du monde arabe, Paris © Adagp, Paris, 2026 – Photo musée de l’IMA / Jean-Louis Losi

Si la seconde partie de l’exposition est à mes yeux trop importante par rapport à la première, la confrontation entre les oeuvres des uns et des autres se révèle édifiante.

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