Calder

Rêver en équilibre

Jusqu’au 16 août 2026

Fondation Louis Vuitton, 8 avenue Mahatma Gandhi, Paris 16e

La Fondation Louis Vuitton présente une grande rétrospective sur le travail d’Alexander Calder (1898-1976), de ses mobiles aériens à ses sculptures massives, en passant par son cirque en miniature et des bijoux sculpturaux. Un parcours qui célèbre le mouvement, inhérent à l’oeuvre de l’artiste qui a lui-même passé sa vie à jongler entre l’Amérique et la France.

Alexander Calder, Black Widow, 1948. Feuille de métal, fil de fer et peinture. Instituto de Arquitetos do Brasil – Departamento de São Paulo, Dépôt de l’artiste, 1948 © 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris – Photo : Tim Nighswander / IMAGING4ART, courtesy of Calder Foundation, New York / Art Resource, New York

L’exposition présente plus de 300 oeuvres réparties sur les quatre étages de la Fondation LV et se poursuit pour la première fois dans son jardin avec des sculptures monumentales, qui entrent en résonance avec l’architecture du bâtiment de Frank Gehry.

Le visiteur est accueilli dans le hall par Rouge triomphant (1963), composition végétale parée de noir et d’une unique feuille rouge, qui semble mener la danse. Ce mobile résume l’oeuvre de Calder, équilibre entre forces contraires et expression du flow de la vie.

Issu d’une famille d’artistes (mère peintre, père et grand-père sculpteurs), Alexander Calder débute sa formation par des études en inginiérie mécanique, avant d’embraser la vie d’artiste.

« Génie du rien, mécanicien du rebut, recycleur de l’ordinaire », écrit Suzanne Pagé (directrice artistique de la Fondation LV) dans le catalogue de l’exposition, Calder recrée l’univers du Cirque avec ses clowns, funambules, acrobates, animaux, à base de bouchons de liège, fils de fer, caoutchouc, velours et strass, capsules de bouteille. Lorsqu’il s’installe à Paris en 1926 dans le quartier de Montparnasse, il en récite le scénario, toujours changeant, devant un public d’artistes (Fernand Léger, Jean Hélion, Le Corbusier, Jean Arp, Joan, Miró) et un public grandissant (voir le film de Carlos Vilardebó, 1961, à ce sujet dans la salle du rez-de-chaussée).

Alexander Calder, The Brass Family, 1929. Fil de laiton et bois peint. Whitney Museum of American Art, New York
Gift of the artist © 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris – Photo : Digital image Whitney Museum of American Art / Licensed by Scala

Cette section comprend également des sculptures en bois, matériau qui traduit l’impassibilité d’un lion au repos et le flegme d’une vache. À l’inverse, le fil de fer reproduit le trémoussement de la danse du ventre de Joséphine Baker et la vitalité des acrobates.

La visite de Calder de l’atelier de Piet Mondrian marque un tournant dans son oeuvre. L’artiste s’élance dans la voie de l’abstraction. D’abord dans la peinture. Puis la sculpture, à travers ses Mobiles – termes donnés par Marcel Duchamp – aériens, qui épousent les variations de l’air, et ses Stabiles – baptisés ainsi par Arp en réponse à Duchamp -, ses sculptures statiques.

À partir de 1933, Calder voyage continuellement entre les États-Unis et son atelier de Saché (Touraine). Ses Mobiles prennent une forme plus organique à l’image des oeuvres biomorphiques de Arp et Miró, dont les oeuvres sont exposées en contrepoint.

Sa série des Fish (1937) incorpore des éclats de miroir et de porcelaine tandis que la série des Gong inclue des gongs (!) qui génèrent une dimension musicale supplémentaire.

Autres splendeurs méconnues : sa collection de bijoux en laiton, cuivre, acier, or et argent, offerts à ses proches, conçus comme des objets sculpturaux qui se meuvent avec le corps.

Le dernier étage présente des mobiles grand format (Black Clouds, v.1939 ; Quatre Systèmes rouges, 1960 ; La Grande Vitesse, 1969) voire monumentaux tel Southern Cross, 1963, qui évoque le corps d’une girafe. Ils font la liaison avec les sculptures massives présentés sur les pelouses extérieures (Black Flag, 1974 et Five Swords, 1976).

Entre légèreté et masse, vide et creux, mobilité et statisme, les oeuvres de Calder témoignent de la dualité de cet artiste un pied de part et d’autre de l’Atlantique, géant de carrure mais parvenant à manipuler des objets miniatures. Un artiste de haute voltige qui avance tel un équilibriste entre création et existence.

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