Jusqu’au 19 juillet 2026
Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, Paris 6e
Méconnue en France, Leonora Carrington (1917-2011) est depuis longtemps célébrée au Mexique, où elle a vécu de nombreuses années. Le musée du Luxembourg rend hommage à celle qui est considérée comme une artiste féministe aussi importante que Frida Kahlo et Remedios Varo.

L’univers intellectuel et artistique de Leonora Carrington, née dans le Lancashire, d’une mère d’origine irlandaise et d’un père anglais, étonne par son imagination, comme le montrent ses premiers carnets de dessins (Sisters of the Moon) de ses quinze ans. La jeune fille invente un bestiaire animal extravagant et des personnages féminins, finement dessinés, inspirés des contes irlandais que sa mère lui relate.

Plusieurs fois renvoyée des pensions catholiques, Leonora part étudier à Florence (1932-1933). Elle y débute sa formation de peintre qu’elle poursuit à Paris puis à Londres (Chelsea School of Art, 1936). Sa mère lui offre le livre Surrealism, où elle découvre l’oeuvre de Max Ernst, qui deviendra plus tard son amant. Le père de Leonora désapprouve cette relation, jugeant l’art du peintre allemand pornographique, et dépose une plainte (1937). Le couple s’enfuit et s’installe à Paris dans un appartement de la rue Jacob (quartier de Saint-Germain-des-Prés).
Leonora participe à l’Exposition internationale du surréalisme à la galerie des Beaux-Arts de Paris (1938). Elle vend sa première oeuvre à Peggy Guggenheim.

Ernst et Carrington déménagent dans le sud de la France, où la jeune femme achète une maison grâce à l’argent envoyé par sa mère. Bâtisse du XVIIe siècle qu’ils rénovent pendant des mois et décorent de leurs propres oeuvres, comme un dialogue à deux. Les chevaux sont omniprésents dans l’oeuvre de Leonora comme l’illustre cette fenêtre transposée dans l’exposition.

Les soucis commencent à l’entrée de la guerre. Ernst est interné par les autorités françaises en raison de ses origines. Leonora fuit en Espagne dans l’espoir d’atteindre Lisbonne pour traverser l’Atlantique. Mais elle est violée par des soldats franquistes à Madrid. S’ensuit une crise psychotique. Ses parents la font interner à Santander, où elle subit des injections de cardiazol, médicament qui provoque des crises d’épilepsie. Une expérience traumatisante qu’elle relatera dans le récit En Bas.
Libérée en 1941, elle épouse le diplomate et poète mexicain Renato Leduc. Ils s’installent à Mexico en 1942, où elle renoue avec Remedios Varo, dont l’amitié lui sera très importante tout au long de sa vie. Son mariage, lui, ne tient que deux ans.
En 1946, Leonora épouse à Mexico Chiki Weisz, dont elle aura deux fils. Sa première exposition individuelle se tient à la galerie Pierre Matisse à New York, puis à Paris (galerie Pierre Loeb).
L’artiste partage sa vie entre les États-Unis et Mexico, ville où elle sera inhumée à l’âge de 94 ans.

Ses oeuvres témoignent de son intérêt pour les savoirs ésotériques, l’iconographie du tarot, les croyances occultes. L’artiste se crée un panthéon personnel, inspiré de la peinture de la Renaissance italienne, de la littérature victorienne, de l’inconscient cher aux surréalistes, et de l’alchimie médiévale.
Leonora Carrington a cherché de tout temps à remettre la femme au coeur de la vie. « Si toutes les femmes du monde décidaient de contrôler l’explosion démographique, rejetaient la guerre la discrimination sexuelle ou raciale et forçaient les hommes à permettre la survie sur la planète, cela serait un vrai miracle. »
Une oeuvre singulière qui transcende les conventions et nous entraîne dans un voyage à la fois intime et universel.