Henri Cartier-Bresson
Jusqu’au 3 mai 2026
Fondation Henri Cartier-Bresson, 79 rue des Archives, Paris 3e
La Fondation Henri Cartier-Bresson revisite le livre photographique d’Henri Cartier-Bresson (1908-2004) Les Européens. L’exposition met en avant des images méconnues et replace son édition dans le contexte des années d’après-guerre.

Après la guerre, l’Europe, anéantie par les années de bombardement, est en reconstruction. Les photographes publient leurs images dans la presse magazine en plein développement ou chez des éditeurs qui commandent des livres de voyage pour redorer l’image de l’Europe, explique Clément Chéroux (directeur de la Fondation HCB), commissaire de l’exposition.

Henri Cartier-Bresson crée l’agence Magnum avec Robert Capa et quelques autres à New York (1947), dont il alimente la base de données avec ses images. Il en assemble près de 230 dans un recueil, Les Européens (1955), édité chez Verve, comme la suite d’Images à la Sauvette (1952). La couverture est illustrée par son ami Joan Miró.

Dans ce livre, le photographe porte son attention sur ceux qui incarnent l’Europe, et non les paysages. L’entité européenne est alors en pleine construction et lui-même est un Européen convaincu. « Comme il est un féru partisan du communisme – du moins jusqu’en 1956 -, d’où les photographies de Russes », commente C. Chéroux.

Dans ces photographies d’habitants d’Allemagne de l’Ouest, de Grèce, d’Italie, d’Espagne, de Géorgie, d’Irlande, de Grande-Bretagne, de France, …, on observe la puissance de son regard.

À la fois espiègle comme cette image d’un petit Français à la sortie de l’école rue Mouffetard, bombant fièrement le torse lorsqu’il se rend compte que le photographe s’intéresse à lui. Ou le troupeau de prêtres qui avance dans la campagne espagnole.

Ses images jouent du contraste entre la ville d’Hambourg dévastée, des soldats estropiés dans les rues, des millions de réfugiés et de chômeurs, et la vitrine d’une boutique de haute couture devant laquelle passe un couple fortuné. Son sens de l’ironie se retrouve également dans cette image de jeunes femmes qui suivent des cours dans une « école de charme » pour apprendre les soins de beauté, le maintien et la grâce.

Son regard artistique se déploie dans la photographie de deux vieillards attablés à un café dont la vitrine reflète les nuages qui se superposent sur la tête des deux hommes. Ou dans cette photographie de deux vieilles femmes grecques qui passent sous un portique rehaussé de statues antiques, presque à l’aplomb des deux femmes.
Une exposition qui pique notre curiosité et traduit toute la portée de l’oeuvre de Cartier-Bresson.