Oskar Kokoschka

Un fauve à Vienne

Jusqu’au 12 février 2023

#ExpoKokoshka
@MAM

Musée d’Art Moderne de Paris, 11 avenue du Président Wilson, Paris 16e

Le musée d’art moderne de Paris présente la première rétrospective parisienne consacrée à celui qui fut surnommé « l’enfant terrible de Vienne », Oskar Kokoshka (1886-1980). En raison de son goût pour la provocation et son talent à exprimer de manière intense l’âme intérieure de ses modèles.

Oskar Kokoschka, Autoportrait , 1917. Huile sur toile. Von der Heydt-Museum, Wuppertal / photo Patrick Schwarz © Fondation Oskar Kokoschka / Adagp, Paris 2022

Contemporain de Gustav Klimt (1862-1918) et d’Egon Schiele (1890-1918), Kokoshka se distingue par l’exubérance de ses couleurs, la déformation physique de ses personnages – en particulier leurs mains – et l’inventivité de ses compositions. Il est surnommé par la critique « Oberwilding », le plus sauvage d’entre eux.

« Sa soif d’indépendance l’a maintenu à l’écart des mouvements d’avant-gardes, ce qui explique sans doute une difficulté à l’intégrer dans les récits balisés de l’histoire de l’art », commente Fabrice Hergott (directeur du MAM).

Le seul adjectif qu’il acceptait était celui d’expressionniste « parce que je ne sais pas faire autre chose qu’exprimer la vie », disait-il.

Oskar Kokoschka, Les Garçons qui rêvent, 1908. Lithographie en couleur sur papier. Édité par la Wiener Werkstätte, les Ateliers viennois. Bibliothèque Nationale de France, Paris © Neue Galerie New York / Art Resource / Scala, Florence © Fondation Oskar Kokoschka / Adagp, Paris 2022

Kokoshka se révèle tout aussi extrême avec les mots qu’avec les pinceaux. Son premier poème Les Garçons qui rêvent (1908), dédié à Gustav Klimt, crée un scandale lors de son exposition à la Kunstschau de Vienne. Idem pour sa première pièce de théâtre Meurtrier, espoir des femmes (1909).

Si la critique le qualifie de fauve, il reçoit les compliments d’Adolf Loos, architecte qui oeuvre contre l’art purement décoratif, et par lequel il reçoit de nombreuses commandes de portraits de la société viennoise.

Kokoshka quitte Vienne et se rend à Berlin pour illustrer les pages de la revue Der Sturm, détenue par le galeriste Herwarth Walden (1878-1941). Suite à sa rupture avec la compositrice Alma Mahler, avec laquelle il entretenait une relation houleuse, il s’engage lors de la Première Guerre mondiale. Blessé, il retourne sur le front en tant que peintre de guerre. Ses dessins en noir et blanc témoignent de la violence des combats et des drames humains. Lui-même entre dans une phase de profonde dépression. Il est soigné dans un centre de convalescence à Dresde.

Oskar Kokoschka, Londres, petit paysage de la Tamise, 1926. Huile sur toile. Albertina Museum, Vienne – The Batliner Collection © Fondation Oskar Kokoschka / Adagp, Paris 2022

En 1919, Kokoshka obtient un poste de professeur à l’Académie des beaux-arts de Dresde qu’il occupe jusqu’en 1923. Il retourne à Vienne, où son art est toujours critiqué. Son galeriste, Paul Cassirer, l’envoie voyager à travers l’Europe, l’Afrique du Nord, l’Orient. Sa palette devient plus éclairée et les touches plus légères. Il séjourne de manière prolongée à Paris et à Londres. En 1931, le galeriste Georges Petit organise sa première exposition personnelle.

Oskar Kokoschka, Autoportrait en « artiste dégénéré », 1937
Huile sur toile. National Gallery of Scotland, Édimbourg. En prêt d’une collection particulière © Fondation Oskar Kokoschka / Adagp, Paris 2022

De retour à Vienne, Kokoshka s’engage publiquement contre le nazisme. Il émigre à Prague (ville natale de son père, où réside sa soeur). Il y rencontre Olda Palkovskà (1915-2004) qu’il épouse. Plus la menace fasciste se fait forte, plus ses couleurs se font chaudes. Neuf de ses peintures sont classées comme relevant de l’art dégénéré par les nazis dont ils font une exposition itinérante entre Berlin, Munich et Vienne. Il y répond en se portraiturant dans une nature luxuriante avec comme titre « Autoportrait en ‘artiste dégénéré' » (1937).

Après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, toutes ses toiles sont décrochées des collections publiques. Six cents oeuvres de l’artiste sont saisies des musées allemands. Certaines sont vendues aux enchères pour contribuer à l’effort de guerre allemand. D’autres, appartenant à des collectionneurs juifs, sont spoliées, revendues ou détruites.

Oskar Kokoschka, L’Œuf rouge, 1940-1941. Huile sur toile. National Gallery, Prague © Fondation Oskar Kokoschka / Adagp, Paris 2022

Kokoshka choisit le combat, s’impliquant dans diverses associations à Londres où il s’est exilé avec Olda. Avec Le Crabe, il débute une série d’oeuvres, dans lesquelles il satire les hommes politiques européens, représentés sous les traits d’animaux. En 1947, la Kunsthalle de Bâle lui consacre une grande rétrospective et valorise son rôle dans la reconstruction culturelle européenne. Deux ans plus tard, il sera invité au MoMA.

Opposé à l’art abstrait, il renoue avec la radicalité de ses toiles de jeunesse, recherchant dans les récits mythologiques et les tragédies grecques des moyens d’analyser la situation en Europe et d’en livrer une critique.

Une oeuvre singulière, ouvertement politique par le jeu des allégories. Des formes volontairement vulgaires, surtout en fin de carrière, mais des paysages aux couleurs chatoyantes, sublimes.

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