Holy

Carte blanche à Prune Nourry

Jusqu’au 18 septembre 2017

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Musée national des arts asiatiques – Guimet, 6 place d’Iéna, Paris 16e

Le musée Guimet donne carte blanche à la jeune artiste plasticienne Prune Nourry (née en 1985), dont les oeuvres « asiatiques » correspondent avec celles du musée. Le tout, sous la bienveillance d’un Bouddha géant (38 mètres !), démantelé et transpercé de bâtons d’encens qui rappellent des aiguilles d’acupuncture.

Entre 2010 et 2015, Prune Nourry choisit l’Asie comme terrain d’exploration. Elle aborde la question de la sélection prénatale du sexe de l’enfant à travers trois missions différentes localisées à New Delhi (projet Holy Daughters, 2010), Calcutta (projet Holy River, 2012), et en Chine (projet Terracotta Daughters, 2016).

Sont rassemblés ici une sélection de ces trois séries qui entrent en parallèle avec les oeuvres du musée. Squatting Holy Daughter (2010) – hybride de jeune fille et de l’animal indien sacré : la vache – interroge le monde par sa fragilité. Elle fait face à Yaksa (Inde, seconde moitié du 1er ou 2e siècle), génie atlante qui soutient le monde avec force.

Reflective Gloves (2012) représentent des mains gantées, chirurgicales, qui préservent ou sélectionnent la vie. Elles renvoient à Bhairava (Inde, 10e-11e siècle), forme terrible de Siva, qui libère de la mort.

Hand Machine (2012) pose la question du rapport de l’homme à la machine. En correspondance : un poignard du Vietnam (6e-1er siècle av. J.-C.).

Ganges’ Life line (2012) présente dans sa paume le tracé du fleuve sacré, telle une ligne de vie. Cette main est placée face à Siva (Thaïlande, 7e ou 8e siècle), seigneur de la montagne qui accueille les flots du Gange dans sa chevelure.

Tranfusion (2012) – une main dont les ongles rouges sont prolongés de branchages – semble transmettre les fluides de la vie (eau, sang, sève). Elle fait face à Bodhisattva Avalokitesvara (Vietnam, 18e siècle), symbole de la compassion, dont les mille bras lui permettent d’exercer sa générosité.

Porcelain Army (2016) est une armée de fillettes, qui ont toutes été tuées en Chine à leur naissance, en raison de leur genre. En miroir : trois  porteuses d’offrandes (Chine, fin du 6e – début du 7e siècle). Tout comme l’armée de soldats enterrés en Chine, ces fillettes – symbole de la gloire des puissants qui révèlent aujourd’hui des inégalités criantes – sont enterrées dans un lieu secret que l’artiste dévoilera prochainement en les déterrant.

Ce jeu de correspondances se poursuit à travers le musée, au fil des salles. On découvre au passage, telle une chasse au trésor, une partie des membres du Bouddha géant afghan (inspiré des bouddhas de Bamyan, détruits en 2001) jusqu’à atteindre dans la rotonde son énorme tête, creusée de l’intérieur telle une grotte, pour contenir des offrandes contemporaines réparatrices, reflétant l’ambiguité de notre monde entre consommation et spiritualité.

« Ce Bouddha est un message porteur d’équilibre car si on peut détruire un bouddha, on ne peut détruire une idée », commente l’artiste.

Une carte blanche audacieuse qui m’a fait découvrir une artiste contemporaine sachant combiner art et sciences. P. Nourry travaille en effet en collaboration avec des démographes et sociologues, apportant une visée anthropologique à sa démarche. D’où la profondeur qui émane de ses sculptures, particulièrement mises en valeur grâce à ces jeux de miroir pertinents.

 

 

 

 

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