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« To mix or not to mix? »

Planète Métisse

Jusqu’au 19 juillet 20009

[fnac:http://plateforme.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/Musee-DROIT-D-ENTREE-AU-MUSEE-MBRAN.htm]

Musée du quai Branly, galerie suspendue Ouest, 27/37/51 quai Branly 75007, 01 56 61 70 00, 8,5€

Métissages. Choc des civilisations. Mondialisations. Le musée du quai Branly prend le taureau par les cornes pour aborder une problématique contemporaine majeure. Loin de proposer une exposition exhaustive sur le sujet, Planète Métisse vise à bouleverser les croyances du visiteur en confrontant des objets les uns aux autres.


A l’image de la campagne de publicité d’HSBC arborée dans de nombreux aéroports internationaux, Planète Métisse reflète la subjectivité de nos goûts et pensées. Si la publicité de la banque anglaise se rapporte à des comportements en matière de mode et de gastronomie (une paire de Converse pour le jour, une paire d’escarpins pour la soirée ou l’inverse), l’exposition du quai Branly confronte une robe bretonne à une robe exotique avec la question Folklorique ou Exotique?, une tenue Chanel à un mannequin Jean Paul Gaultier – Classique ou Ethnique? -, une statue antique à une primitive, etc..

Face à ces oppositions communes, le Codex Borbonicus, un calendrier divinatoire représentant les grandes cérémonies religieuses des anciens Mexicains brouille les pistes car il est un objet ni classique, ni primitif, ni ethnique, ni folklorique. Il appartient aux anciens Mexicains et aux conquérants espagnols. Si le calendrier est attaché à la culture mexicaine ancienne, la langue espagnole utilisée et sa mise en forme relèvent de la culture européenne. Il est donc lié aux deux mondes à la fois.
Cet objet illustre parfaitement la définition d’objet métis. « C’est l’expression d’une création humaine surgie à la confluence des mondes européens et des sociétés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique », explique Serge Gruzinski, commissaire de l’exposition (historien, directeur de recherches au CNRS, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales).

L’exposition repose dès lors sur un ensemble de confrontations entre un objet métis placé au centre d’une structure en demi-lune, et les différentes sources d’inspiration qui ont présidé à sa création. Telle la statue yoruba de la Reine Victoria (thématique du pouvoir). Cette statue est née du croisement des cultures européenne et africaine. Les Européens se sont appuyés sur les élites et les chefs locaux pour imposer la colonisation des terres africaines et américaines. L’Empire britannique s’est emparé de l’engouement pour la photographie, médium naissant au XIXe siècle (1826), pour asseoir son autorité dans les terres colonisées. Des effigies de la Reine Victoria (1819-1901) ont été déployées dans les terres soumises pour incarner le pouvoir britannique face à des locaux éloignés géographiquement de la Couronne. Un artiste yoruba a repris cette iconographie pour sculpter une statue de la reine dans la pure tradition africaine.

Si l’Europe chrétienne affronte d’autres civilisations, l’Asie islamique lui avait emboîté le pas et son expansionnisme se révèle tout autant intensif, avec des conquêtes s’étendant de la côte atlantique (Espagne et Maroc) à la Chine. Les objets métis qui découlent de ce « choc des civilisations » (cf. plats en céramiques turcs dits aux raisins) ne résultent pas systématiquement d’une confrontation violente. Les peintres moghols adaptent librement les motifs empruntés à la gravure européenne, arrivées sur leurs terres par l’Inde, sans qu’aucune pression coloniale ne soit entrée en jeu.

En retour, l’Afrique et aujourd’hui l’Asie, interfèrent activement avec notre civilisation occidentale. Comme en attestent les deux dernières installations de l’exposition.

Un arbre généalogique à musique fait entendre les diverses inventions sonores de l’époque coloniale à la fin du XXe siècle: lundu, samba, bossa nova, afro samba, rock…
« L’Europe notamment a introduit à partir du XVIe siècle les instruments les plus courants aujourd’hui: guitares, violons, violes, harpes, piano, orgue, trompettes, suivis au XXe siècle du bandonéon et de l’accordéon. Ils ont tous été apprivoisés très vite aussi bien par les élites que par les couches les plus humbles de la société. Les Noirs, arrivés sur le continent [américain] par la traite, ont imprimé à leur tour une marque très profonde, en imposant leurs structures rythmiques et en accentuant les contre-temps et les syncopes. Les Indiens, surtout dans la Cordillère des Andes, ont conservé leurs flûtes et leurs grelots, mais ils ont adapté à leurs mélodies les harpes et les violons, les guitares, l’orgue et les trompettes », commente Carmen Bernand (Université de Paris X-Nanterre, Institut Universitaire de France).

De même, au niveau cinématographique, l’Asie impose aujourd’hui sa production créative. Si les Européens du XIXe sicèle ont découvert les Amériques grâce aux témoignages et oeuvres rapportés/créées par les voyageurs et artistes de l’époque, les Européens du XXIe siècle perçoivent le continent américain à travers les films chinois. « Ang Lee explore les Etats-Unis depuis la Chine de Taïwan (cf. Le Garçon d’honneur, 1993, et Le Secret de Broke back Mountain, 2005) » précise Serge Gruzinski, tandis que « Wong Kar-wai observe et recrée l’Argentine depuis la Chine de Hong-Kong (cf. Happy Together, 1997) ». Dans cet atelier cinématographique, six écrans groupés deux par deux confrontent les influences des films d’un continent à l’autre.

Aujourd’hui notre regard se porte sur l’Asie, en particulier la Chine, en raison de son potentiel économique qui lui permet de se développer de manière fulgurante et de sa pression démographique. La question est de savoir si l’Europe et l’Amérique sauront accepter et incorporer cette influence pour répondre de manière créative à cette nouvelle source de métissage…

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