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La mode du 18e siècle

Un héritage fantasmé

Jusqu’au 12 juillet 2026

Palais Galliera, 10 avenue Pierre Ier de Serbie, Paris 16e

Le XVIIIe siècle que l’on imagine suranné jouit en réalité d’un élan créatif marqué par l’exubérance des étoffes, des parures, des coiffures et une nouvelle perception du corps. Cette influence touche encore les designers contemporains, comme le dévoile la nouvelle exposition du Palais Galliera.

Marie-Antoinette le hameau de la reine © Pierre et Gilles

Le Siècle des Lumières révolutionne les idées politiques, économiques, sociales, jusqu’à la mode, qui s’inspire de son style dès le Second Empire et après la Seconde Guerre mondiale.

« La mode du XVIIIe siècle ne constitue plus uniquement une référence historique mais devient une esthétique à part entière », commente Pascale Gorguet Ballesteros (conservatrice générale du patrimoine), co-commissaire de l’exposition.

Le parcours présente 70 modèles de robes et accessoires, avec des spécimens d’étoffe disposés comme des toiles en contrepoint des robes. Il met en avant les différences entre les différents styles de robes (« à la française », « à l’anglaise », « à la piémontaise », « à la polonaise »). Le corset de Marie-Antoinette, très fragile, est exceptionnellement dévoilé. La dernière partie du parcours expose les créations contemporaines, inspirées de ce siècle qui a forgé l’élégance à la française.

Robe à la française, vers 1755-1765 © Palais Galliera- Paris Musées

La première robe exposée, éblouissante, donne le ton avec une robe aux motifs fleuris de 1755/65, en taffetas de soie vert et blanc, fils de soie colorés, doublée de lin, et ornée de rubans. Il s’agit d’une robe typique dite « à la française », reconnaissables à ses deux grands plis dorsaux qui partent du col.

À l’inverse, une robe « à l’anglaise » est serrée dans le dos au niveau du buste.
La robe « à la piémontaise » est un mélange des deux styles.
Tandis qu’une robe « à la polonaise » dispose de plis comme une robe à la française, mais ils sont relevés pour donner un effet bouffant et la jupe plus courte permet de se promener.

Corset de grand habit attribué à la reine Marie-Antoinette (1755-1793), vers 1770-1780 © Palais Galliera – Paris Musées

À partir du milieu du XVIIIe siècle, la silhouette féminine s’allonge. Une robe inspirée de la lingerie devient à la mode. De forme droite, elle s’enfile par la tête et se porte avec un léger corset. En atteste le portrait de Marie-Antoinette par Élisabeth-Louise Vigée Lebrun, qui fait scandale au Salon de 1783. La reine devient une icône de mode, de son vivant, et à titre posthume. Son corset, exposé en 1893 à la galerie Sedelmeyer, marque les esprits. Il est acquis en 1997 aux enchères de Drouot par le Palais Galliera, qui l’expose aujourd’hui.

Au milieu du XIXe siècle, la jupe ample fait son retour pour rappeler les robes posées sur des paniers (jupons élargis par des cercles d’osier) du XVIIIe siècle. Les couleurs pastels, les étoffes fleuries (dominance de la rose), les rubans, les dentelles, et les broderies, incarnent une élégance autant féminine que masculine.

Robe du soir Givenchy, collection Automne-Hiver 1957-1958 © Palais Galliera – Paris Musées

La mode française se tourne de nouveau vers le XVIIIe siècle, nostalgique des temps heureux, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les couturiers misent sur la richesse des étoffes. Ils alternent silhouettes au buste étroit, jupe ample, et celles bouffantes aux dos plissés (Robe du soir Givenchy, coll. A/H 1957-1958).

Robe CHANEL par Karl Lagerfeld, Haute-couture, automne-hiver 1992 © Patrimoine Chanel – Photo Antoine Dumont

La dernière galerie présente des modèles contemporains qui s’inspirent de la grâce des femmes des Lumières. Citons Ralph Rucci (Robe du soir « Watteau Infanta », haute couture A/H 2029-2020), Pierre-Louis Mascia (Robe « Kampur », prêt-à-porter P/E 2021) ou encore Maria Grazia Chiuri pour Dior (Ensemble robe et jupon, haute couture 2021, pour la série télévisée Marie-Antoinette, 2022). Splendide !

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