Site icon Artscape

Africa Fashion

Jusqu’au 12 juillet 2026

#AfricaFashion

Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Galerie Jardin, Paris 7e

Le musée du quai Branly – Jacques Chirac dévoile le dynamisme des designers africains, de la mode du quotidien à la haute couture. Avec son passé inexorablement lié à la colonisation, la mode africaine déjoue les codes vestimentaires européens en utilisant les traditions et les matières locales. Une mode à la fois flashy et élégante ; irrésistible !

MAXHOSA AFRICA (A/H 2015), IAMISIGO (été 2019), Imane Ayissi (P/E 2020) © Victoria & Albert Museum, London

Proposée par le Victoria & Albert Museum de Londres, l’exposition présente les collections de la célèbre institution londonienne aux côtés de pièces issues des archives et de photographies du musée parisien.

Collection Gods of the Wilderness, IAMISIGO, Kenya, printemps/été 2019. Avec l’autorisation de IAMISIGO. Photographie par Ines Valle

Le parcours englobe les pluralités de l’identité noire (Blackness), à la fois politique et sociale, celle du continent africain et de sa diaspora. L’exposition débute à la période des indépendances dans les années 1950, se poursuit avec les créations contemporaines, et se termine sur une sélection de tissus non signés, travaillés artisanalement par des mains anonymes.

La première oeuvre de l’exposition résume le style africain avec ce mélange de couleurs vives, de matières naturelles (soie, lin et raphia), et d’allure : un ensemble composé d’un pantalon et d’une cape à franges, imaginé par Imane Ayissi (né en 1968, au Cameroun) pour la collection A/H 2019. « Son travail échappe aux définitions à l’image de la mode africaine, tellement diversifiée et riche, qu’elle ne peut entrer dans aucune case », commente Christine Checinska (conservatrice en chef des textiles et de la mode d’Afrique et de la diaspora africain, V&A), co-commissaire de l’exposition.

La décolonisation s’accompagne d’un élan créateur, grâce au rôle de politiciens comme Kwame Nkrumah au Ghana ou Léopold Sédar Senghor au Sénégal, qui joue la carte de l’art et de la culture pour acter le rôle de l’Afrique sur la scène internationale. Arts visuels, littérature, musique et mode contribuent à affirmer l’identité africaine, révéler son dynamisme et sa modernité.

àdire, années 1970 © Victoria & Albert Museum, London

Certains tissus deviennent des marqueurs de l’indépendance comme l’àdire au Nigeria (tissu teint par réserve à l’indigo), historiquement fabriqué par les Yorubas. Les créateurs nigérians continuent d’utiliser ce tissu traditionnel, fabriqué à la main, pour leurs collections contemporaines.

Tissu commémorant Nelson Mandela et le Congrès national africain (ANC) Afrique du Sud, 1991 © Victoria and Albert Museum, Londres

Le tissu devient porteur de message, avec des reproductions des dirigeants mythiques comme Nelson Mandela ou les lettres ABC, indicatrices de l’importance de l’éducation pour la personne qui le porte. « Le tissu est à l’Afrique ce que les monuments sont à l’Occident », affirmait le sculpteur ghanéen El Anatsui à l’artiste Sonya Clark.

« Indigo » Couture 1997 par Kofi Ansah, Emmanuel Narh Gaduga « Taller » et Linda Tsirakasu – Photo © 1997 Eric Don-Arthur

Le parcours présente différents créateurs majeurs de la mode africaine, qui chacun à leur manière s’appuie sur les traditions locales mais avec en tête l’idée d’apporter une envergure internationale à leurs produits. Tel Kofi Ansah – « l’enfant terrible de la mode ghanéenne  » – ou le Malien Alphadi, créateur du Festival international de la mode africaine (FIMA), appuyé par l’UNESCO (1998).

Naïma Bennis (née en 1940 à Casablanca) imagine une mode inspirée des coupes traditionnelles marocaines mais elle utilise des tissus français de haute couture pour créer des silhouettes fluides et urbaines. Elle amplifie cette fusion des genres en empruntant le tissage de laine bzioui réservé aux vêtements masculins pour le transférer à ses modèles féminins. « Son oeuvre est tombée dans l’oubli et il nous a paru important de la remettre en avant », précise Christine Checinska.

Création de Chris Seydou, Grand-Bassam, Côte d’Ivoire, 1991 © Nabil Zorkot

Le Malien Chris Seydou attire une clientèle internationale grâce à son passage par Paris (1972-1990). De retour à Bamako (1990), il utilise le bògòlanfini, tissu de coton ou de laine, teint avec de la boue fermentée, fabriqué traditionnellement par les Bambaras. Normalement porté sans être coupé, lui ose le transformer en coupe ajustée.

Ensemble « Bjay » composé d’un bùbá, d’un ìró, d’un ìpèlé et d’un gèlè en aṣọ-òkè sányán et àlàárì brodés, coton et lurex, Shade Thomas-Fahm, Nigeria, années 1970.

La créatrice nigériane Shade Thomas-Fahm, étudie à Londres à la Saint Martin’s School of Art (devenue Central Saint Martins) avant de retourner à Lagos en 1960, année de l’indépendance du Nigeria. Elle utilise l’aso-oke, l’àdire, l’akwete et l’okene pour transformer les vêtements traditionnels nigérians et les adapter à la femme moderne cosmopolite. Sa clientèle comprend des membres de la royauté et des diplomates.

Ewe kente cloth, Ghana, c. 1940-60 © Victoria and Albert Museum, Londres

Le savoir-faire artisanal est au coeur de la mode africaine. Si nombre de tailleurs et de couturières sont restés dans l’oubli, leur héritage demeure. Comme en témoigne la dernière salle, exposant de splendides textiles des 19e et 20e siècles, issus des collections du musée du quai Branly.

En complément, ne manquez pas dans la galerie Marc Ladreit de Lacharrière, l’exposition temporaire « 1913-1923 : l’esprit du temps. Paris célèbre les arts d’Afrique et d’Océanie », ou comment le regard porté sur les objets extra-européens a radicalement changé dans cette décennie pour en apprécier leur valeur artistique (jusqu’au 20/09/26).

Enfin, notez que les 4 et 5 avril 2026, le musée du quai Branly sera ouvert à tous pour fêter l’anthropologie. Conférences, concerts, lectures et commentaires d’oeuvres seront au programme. Plus de détails sur le site du musée.

Quitter la version mobile