Jusqu’au 28 février 2027
Institut du monde arabe, 1 rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 5e
L’Institut du monde arabe réunit un ensemble exceptionnel de tenues de mariées marocaines, tunisiennes, et algériennes, datant des 19e et 20e siècles. Au-delà de la célébration de l’union de deux personnes, c’est tout l’enjeu du social et de la transmission d’une culture qui est mis en avant.
Mêlant pièces anciennes et oeuvres contemporaines, l’exposition présente l’ensemble de la procession du mariage dans les pays du Maghreb.
Broderies, velours, bijoux témoignent de la diversité du savoir-faire artisanal propre à chaque territoire de la région. Une tradition qui se perpétue avec des créateurs de mode tel Abdel Djalel Chib (né en 1992 en Algérie), engagé dans la slow fashion. Il crée pour l’exposition une pièce à mi-chemin entre le design, l’artisanat et l’architecture, composée d’accessoires artisanaux produits à la main.
Célébrer l’intime au cours d’une fête sociale demande des préparatifs pour la jeune fille, considérée jusqu’au 6e jour des noces dans une phase transitoire, réelle et symbolique, puisqu’elle passe d’un foyer à un autre. Au 6e jour de fête, elle reçoit une ceinture qui officialise ses noces. Chants et récit évoquent ce moment particulier, sujet à la joie (farah en arabe), aux émotions mais aussi à l’appréhension de la vie de couple.
Avant le jour J, la jeune fille bénéficie de soins (salon de coiffure, hammam, rite de l’henna) qui sont l’occasion pour elle, sa mère et ses amies, d’un temps spécial de partage, de communion entre femmes. Ces activités sont accompagnées de chants et de youyous (tzaghrit), ce cri-hululement multiséculaire, qui s’est répandu jusqu’au Moyen-Orient. Une vidéo de Amira Lamti (née en 1996 en Tunisie) illustre les préparatifs de la mariée. Tout comme son célèbre compatriote Abdelaziz Gorgi (1928-2008) dans une gouache sur papier.
Par le port de vêtements – parfois jusqu’à 6 couches ! – et de bijoux, la mariée incarne une mémoire collective et participe à la transmission d’une culture. Les tenues de noces des citadines sont composées de matières nobles comme la soie, le satin, le lin. Elles sont ornées de broderies aux motifs végétaux, animaliers, géométriques. Les bijoux (or en ville, argent dans le monde rural) jouent le rôle de protection contre le mauvais oeil (‘aïn), tout comme le maquillage dont les motifs lui assurent protection et fertilité.
du monde arabe. Donation Claude & France Lemand. © Ghizlane Sahli
Auparavant le mariage était une affaire de pérennité des traditions et de reproduction du groupe. Aujourd’hui, les jeunes gens peuvent chercher l’amour hors de leur communauté, ce peut provoquer l’incompréhension envers leurs aînés. Les artistes contemporaines évoquent la critique de la structure patriarcale à travers des oeuvres fortes. Telle Ghizlaine Sahli (née en 1973 au Maroc), passionnée de broderies, qui manie le fil de soie dans un univers à la fois poétique et radical, avec une oeuvre en référence à Courbet, La Mer(e), Origine du Monde (2020).
L’alternance de pièces anciennes et d’oeuvres contemporaines illustre à merveille l’importance que revêt cette fête, qui conjugue désir individuel et attentes sociales. Il manque juste un peu de son ; il n’y a qu’une seule vidéo de Dora Dalila Cheffi (Tunisian Dance Tutorial with Mamou, 2022) qui témoigne de l’importance de la musique dans cette fête universelle.